La gestion d'UBS mise en cause par son ex-trader londonien

Kweku Adoboli, actuellement jugé à Londres pour fraude, a mis en avant la pression de ses supérieurs pour prendre plus de risques et comment d'un trader «nounours», il est devenu un trader «sanguin».

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Copyright Reuters (Crédits : BLOOMBERG NEWS)

«Fin juin, notre équipe enregistrait un bénéfice de 120 millions de dollars. Fin juillet, la perte s'élevait à environ 1 milliard, puis le 11 août à 2,2 milliards.» L'ancien trader londonien d'UBS Kweku Adoboli, actuellement jugé à Londres pour fraude, a raconté mardi sa descente aux enfers, et comment il a fait perdre, avec son équipe et sous la pression de ses supérieurs, plusieurs milliards à la banque suite à d'énormes prises de position sur les marchés.

«Le 1er juillet a été un tournant, j'ai totalement perdu contrôle», admet-il d'une voix lente. « Si j'avais tenu un jour de plus face à la pression répétée de mes supérieurs, ces pertes n'auraient jamais eu lieu.» Réputé pour être un trader attentif, il est même caricaturé en «nounours», il est jusqu'alors persuadé depuis des mois que le marché boursier va s'effondrer. Malheureusement pour lui, il est l'un des rares de cet avis à UBS et ses supérieurs le poussent à changer d'avis et à prendre plus de risques. «J'étais sous pression, et comme je l'ai écrit par email à ma petite amie, j'avais peur d'avoir tort.»

Lundi, Kweku Adoboli avait rappelé le slogan déployé par Oswald Grübel, l'ancien président d'UBS à son arrivée à la banque en 2009: «nous ne nous reposerons pas», sous entendu tant que vous, nos clients, ne serez pas satisfaits. «Avec cette culture du «nous ne reposerons pas», on a tous pensé que cette institution, après avoir été si proche de l'échec, montrait la nécessité d'être plus innovante, de prendre plus de risques», raconte-t-il. «Nous devions donc contribuer encore plus au succès de la banque.» L'arrivée courant 2010 de nombreux dirigeants venus de Deutsche Bank a aussi marqué un tournant. «Il y a eu un changement culturel à l'arrivée de ces traders expérimentés qui avaient gagné 1, 2 ou 3 milliards de dollars. (Pour eux), nous ne gagnions du coup plus assez, on ne prenait pas assez de risques.» En ce mois de juillet 2011, il change alors radicalement de stratégie, se met à jouer des sommes folles. «On nous a dit de trouver nos limites, nous les avons trouvés, nous sommes tombés et j'ai été arrêté», soupire-t-il.

Lorsque le jury lui demande pourquoi il a utilisé un compte secret pour gérer une partie de ses opérations, il met en cause les procédures de sa banque. «Tout le monde connaît les directives mais nous savons tous que pour atteindre les objectifs fixés par la direction nous devons mettre en place des procédures différentes», assure-t-il. «Les banques d'investissements sont là pour faire de l'argent. D'ailleurs, regardez UBS: ils disent qu'ils suivent ces directives mais en même temps ils sont engagés dans le scandale du Libor, ils font de l'évasion fiscale et ils ont enregistré des pertes dans les subprimes...»

Le trader ne nie pourtant pas avoir menti à plusieurs reprises à des collègues chargés de vérifier le risque opérationnel. «Je devais le faire car si je leur révélais les pertes encourues, ils auraient prévenu leurs supérieurs hiérarchiques qui auraient alors fermé nos positions et je n'aurais alors pas pu tenté de récupérer un peu de l'argent perdu», justifie-t-il. «D'ailleurs, entre le 11 août et le jour de mon arrestation le 14 septembre, j'ai réussi à réduire nos pertes à 1,9 milliard.» Ses supérieurs font pourtant une erreur: ils font arrêter leur employé au milieu de la nuit, avant d'avoir vendu leurs positions; une fois la nouvelle connue, le marché se retourne contre UBS, qui perd plus de 300.000 dollars dans la journée.

A la fin de son témoignage, la procureur, qui collabore étroitement avec les représentants d'UBS présents au procès, a entamé l'interrogatoire de Kweku Adoboli, qui s'achèvera jeudi midi. Son objectif est très clair: démontrer que celui-ci est un «menteur» et qu'il est le seul responsable de toutes les illégalités commises depuis trois ans au sein de la banque.

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