Après des années de croissance, le financement participatif trébuche en 2023, une première

En 2023, la baisse globale de la collecte dans le crowdfunding a atteint -11,3 %.
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En 2023, la baisse globale de la collecte dans le crowdfunding a atteint -11,3 %.
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En hausse constante depuis plus de dix ans, le marché du financement participatif français a marqué le pas en 2023. « Une première depuis 2014, date du premier cadre réglementaire du secteur en France », précise d'emblée Florence de Maupeou, directrice générale de l'association Financement Participatif France (FPF) qui, avec le cabinet de conseil financiers Mazars, a publié le 8 février son dernier baromètre sur l'état du marché. L'année passée, la baisse globale a donc atteint -11,3 %, pour un total de 2,089 milliards d'euros de fonds collectés. En comparaison, 2022 avait vu la collecte atteindre le record de 2,3 milliards d'euros.
Ceci étant dit, cette tendance baissière n'éclipse pas la bonne dynamique du financement participatif dans l'Hexagone, selon l'étude, qui a interrogé 150 plateformes du secteur. Depuis 2015, le volume des fonds récoltés a en effet été multiplié par 12, cumulant plus de 9 milliards d'euros, tout modèle transactionnel confondu (don, prêt, investissement).
« Cela confirme la tendance de fond en faveur du crowdfunding comme solution de financement à part entière, largement plébiscitée par les Français », interprète FPF et Mazars. En témoigne, d'après leurs chiffres, la hausse significative du nombre de projets avec 157.535 projets financés en 2023, contre 120.107 en 2022 (+31 %).
Qu'est-ce qui explique ce premier recul en dix ans ? Le fautif n'est autre que le secteur immobilier, qui aujourd'hui, tire environ deux tiers des transactions en France. En 2023, la collecte (qui se fait essentiellement en prêt obligataire) y est en net repli (-28 %), totalisant 1,161 milliard d'euros collectés (un niveau similaire à 2021), contre 1,607 milliard d'euros en 2022. De sorte que dans l'ensemble du secteur, l'immobilier ne représente plus que 55,6 % de la collecte, contre 68,2 % en 2022. Enfin, l'étude indique que le nombre de projets immobiliers financés (en grande partie des logements résidentiels) passe de 1.628 en 2022 à 1.237.
Autre phénomène qui entame, à la marge, la collecte fléchée au logement : la mise en application, depuis trois ans, d'un agrément unique et obligatoire pour la plupart des plateformes de crowdfunding (désormais désignées « Prestataire de Services de Financement Participatif »). « On a vu une dizaine d'acteurs arrêter leur activité car le coût de mise en conformité avec ce nouveau règlement était trop élevé pour eux », explique à ce sujet Florence de Maupeou. Il faut compter, selon elle, « entre 30.000 et 40.000 euros de frais d'avocat » et le délai d'obtention, « jusqu'à neuf mois », peut s'avérer trop long pour certains acteurs.
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Si en volume, l'immobilier tire vers le bas le marché tricolore du financement participatif, le baromètre met en lumière des tendances plus encourageantes. La première est l'augmentation de la collecte pour les projets d'énergies renouvelables (EnR), qui enregistre une progression de 11,5%. En 2023, l'étude en dénombre 351, contre 305 en 2022. Si bien que les EnR pèsent désormais 17,6% de la collecte globale (contre 14% l'an dernier), pour un total de 368 millions d'euros levés.
« Les opérations portent majoritairement sur des projets d'énergie solaire (79 %) qui devance largement l'éolien (10 %), le biogaz (7 %) et l'hydroélectricité (1 %) », détaille l'enquête. Et le « niveau de risque y est proche de zéro », ajoute-t-elle, avec très peu de retard dans les remboursements.
Florence de Maupeou va plus loin : « Il y a par ailleurs un engouement car les EnR ont du sens pour les investisseurs particuliers, par rapport aux enjeux de la transition écologique. C'est aussi un actif proche des territoires, soutenus par le gouvernement et moins risqué que l'immobilier. Je pense qu'il y a eu un report là-dessus. »
Les plateformes qui financent des projets par le don (avec ou sans récompenses), segment originel du crowdfunding, profitent aussi d'un plus grand plébiscite en 2023. Les volumes collectés s'y élèvent à 160,5 millions d'euros, contre 106,7 millions en 2022. Pas moins de 150.000 projets financés, et un peu plus de trois millions de financeurs sont recensés par FPF et Mazars.
Le premier secteur à bénéficier de ce mode de financement est la culture (en majorité les arts plastiques et le spectacle vivant), avec 86,2 millions d'euros levés. Le secteur associatif de la solidarité est le deuxième grand gagnant avec 48,9 millions d'euros récoltés. Bien derrière, les projets purement économiques, en majorité l'entrepreneuriat, ne captent que 25,4 millions d'euros.
Enfin, le baromètre met l'accent sur « la forte croissance » des transactions en actions capitalistiques via des « plateformes d'equity crowdfunding ». L'année 2023 a en effet vu 267,2 millions d'euros collectés (en part de capital ou en royalties), contre 150 millions en 2022.
Selon l'étude, ce type d'investissement est dopé par un écosystème de l'innovation « plus favorable en France », et donc l'émergence de plus en plus de start-ups. L'Etat, avec son label « French Tech », illustre bien cet élan. Autre raison évoquée par l'enquête : l'investissement dans les jeunes pousses est davantage popularisé par les médias grand public. Notamment à travers des émissions comme « Qui veut être mon associé » sur la chaîne M6.
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Enfin, selon Florence de Maupeou, « le contexte fiscal va jouer en la faveur de ce genre d'investissement ». Depuis le 1er janvier 2024, lorsqu'un particulier investit dans une société labellisée par l'Etat comme « jeune entreprise innovante » (les dépenses en R&D doivent y représenter au moins 15 % des charges globales), il bénéficie d'un taux de déduction d'impôt sur son revenu de 30 % du montant investi.
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