ENTRETIEN - Dans un entretien accordé à La Tribune, Alain Bokobza, directeur de l’Allocation d’Actifs Global, et membre du comité exécutif de la recherche de Société Générale, explique pourquoi la hausse des marchés actions est tout à fait rationnelle, sans euphorie, compte tenu de la configuration exceptionnelle dans laquelle se trouvent les grandes entreprises, de la reprise de l’activité attendue dans le monde et du début d’un nouveau cycle de baisse des taux. Selon lui, le message est clair, il est trop tôt pour sortir des actions, comme il était déjà trop tôt de le faire en début d’année.L'action militaire de l'Iran contre Israël fait craindre un nouvel embrasement du conflit au Moyen-Orient. Pourtant, à l'ouverture des marchés, l'impact de cette nouvelle crise sur les marchés financiers semble contenu. Les indices boursiers européens étaient, en effet, en nette hausse ce lundi à mi-séance alors que les marchés américains ouvraient également dans le vert après, il est vrai, une consolidation vendredi.
La semaine à venir pourrait s'avérer comme un test de résistance pour les marchés actions, notamment aux Etats-Unis, alors que les perspectives de baisse des taux de la Réserve fédérale (Fed) sont sérieusement révisées à la baisse. Directeur de l'Allocation d'actifs global de Société Générale, dont le rôle est de conseiller les grands clients institutionnels de la banque sur leur allocation, Alain Bokobza explique pourquoi les marchés actions sont si résilients, et pourquoi ils devraient même le rester une grande partie de l'année.
LA TRIBUNE - Les marchés sont- ils excessivement optimistes ?
ALAIN BOKOBZA - Non, ils ne le sont pas. Nous avons connu depuis plusieurs trimestres une croissance vigoureuse des profits des entreprises, avec une discipline extrême dans l'utilisation de ces marges et profits, comme rarement vu dans les précédents cycles économiques. Les entreprises se sont plutôt désendettées, mais elles ont également augmenté les salaires, ce qui est nouveau depuis deux décennies, elles ont largement investi et elles ont assuré une croissance élevée des dividendes et des rachats d'action, ce qui témoigne d'une maîtrise certaine dans l'utilisation du capital.
Et contrairement aux années de bulle, il y a peu d'opérations de fusions & acquisitions, les entreprises cherchant davantage à se protéger qu'à prendre des risques inouïs. Tous les grands krachs boursiers ont été précédés par un pic de fusions & acquisitions. La baisse des taux de financement des entreprises, mesurée par le spread de crédit (écart entre le taux risqué et le taux sans risque, NDLR), est également le reflet de cette bonne gestion du capital par les entreprises. C'est donc bien cette configuration exceptionnelle pour les entreprises qui fait progresser les marchés actions. A ce cycle très favorable s'ajoute la fin des hausses des taux. Aujourd'hui, le débat porte sur le calendrier de la baisse des taux et non l'inverse !