Ledger lève 380 millions de dollars et devient la première licorne française dans les cryptomonnaies

Ledger, plateforme française de gestion de cryptoactifs, a annoncé jeudi avoir finalisé une levée de fonds de 380 millions de dollars (312 millions d'euros), valorisant la société à plus de 1,5 milliard de dollars. Ledger compte bien en profiter pour augmenter ses parts de marché, tandis que l'usage de posséder ces actifs, tels le bitcoin ou l'ethereum, gagne en notoriété. Dans un contexte post-Covid, les investisseurs font en effet le pari d'un regain d'intérêt pour ces nouveaux placements échangés en dehors du système monétaire traditionnel. Bernard Arnault fait son entrée au capital.
Jeanne Dussueil

5 mn

Pascal Gauthier, CEO de Ledger
Pascal Gauthier, CEO de Ledger (Crédits : dr)

L'engouement pour les cryptomonnaies et leur notoriété grandissante se vérifient aussi dans l'activité du capital-risque. Surfant sur cette tendance, Ledger, jeune pousse française créée en 2014 par le fondateur de La Maison du bitcoin, vient de boucler sa troisième levée de fonds, d'un montant de 380 millions de dollars (312 millions d'euros), faisant entrer cette société de gestion de crypto-actifs dans le club des licornes tricolores, ces startups non cotées valorisées à au moins 1 milliard d'euros. Sa valorisation dépasse en effet de 1,5 milliard de dollars (1,23 milliard d'euros).

Déjà intéressé par la technologie blockchain sur laquelle reposent les cryptomonnaies avec son groupe LVMH, Bernard Arnault entre au capital pour ce tour de table avec Financière Agache, la holding de la famille Arnaud. Ce dernier rejoint les investisseurs déjà présents, (parmi lesquels Samsung, Draper Dragon, Boost VC, XAnge, Korelya Capital, Cathay Innovation), tous séduits par l'objectif de passer « du statut de principale société de sécurité des actifs numériques à celui de passerelle sécurisée vers l'ensemble de l'écosystème des actifs numériques », indique Pascal Gauthier, PDG, dans un communiqué.

Fondée par Eric Larchevêque avec un ancien d'Oberthur et un ex de Criteo, Ledger s'est notamment faite connaître par son produit Nano S, un coffre-fort, qui ressemble à une clef USB, dédié à la sécurisation de ces cryptomonnaies, et dont elle a écoulé 1,5 million d'exemplaires après avoir connu une croissance fulgurante. Aujourd'hui, elle affirme sécuriser environ 15% de tous les actifs de cryptomonnaies, tel le bitcoin, dans le monde.

Financer la conquête de nouveaux marchés

La précédente levée de fonds de cette société basée à Paris et Vierzon (centre de production) remonte à 2019, lorsque le sud-coréen Samsung Ventures a pris une participation au capital. Elle était alors valorisée 260 millions d'euros. Auparavant, en 2018, elle avait levé 75 millions de dollars (61 millions d'euros), portant l'investissement total, avec cette série C, à 633 millions d'euros.

Pour sécuriser les échanges de cryptomonnaies, les investissements sur le hardware, (sur lequel elle s'était positionnée avant de basculer sur le modèle de logiciel en SaaS avec « The Vault » pour les entreprises), sont colossaux. D'autant que la compétition mondiale est amenée à s'intensifier, avec face à elle, les autres porte-monnaies en B2B ou B2C, tels le géant Coinbase, Trezor ou la solution ZenGo.

Pour se financer, l'entreprise, qui est également présente à New York, San Francisco et Hong Kong, avait même envisagé une introduction en Bourse pour 2021. Elle aura finalement opté pour les fonds moins aléatoires du capital-risque pour assurer sa croissance. « Nous pensons qu'à un moment ou un autre, passer par une IPO aura beaucoup de sens, surtout si nous pouvons nous coter sur des marchés crypto », avait indiqué à l'époque Eric Larchevêque lors de l'événement La Tribune Blockchain Summit.

Porté par la notoriété fulgurante du bitcoin, en pleine crise Covid-19

Si Ledger devient une nouvelle licorne, c'est aussi parce que l'intérêt pour ces nouveaux actifs numériques a considérablement augmenté. Rien que sur le bitcoin, la cryptomonnaie la mieux valorisée parmi plus de 10.000 crypto-actifs, celle-ci a vu son cours croître de près de 800% entre le début de l'année 2020 et son pic à 64.870 dollars l'unité, en avril 2021. Le bitcoin reste certes volatile (-50% depuis avril) mais l'intérêt des institutionnels pour cet actif telles les banques Goldman Sachs ou BNY Mellon, ou encore un État, le Salvador, en passe de légaliser ses échanges, viennent lui offrir de nouvelles perspectives en matière d'usage.

Mais cet engouement pourrait, à l'inverse, être rapidement freiné en cas de nouvelles législations sur ces échanges. Des Etats, tels la Chine ou encore l'Inde, ont récemment montré leur volonté d'interdire ou de réguler les cryptomonnaies.

Lire aussi 7 mnLa République du Salvador fait du bitcoin une monnaie d'échange légale

Pour l'heure, cela ne freine pas le capital-risque. Sur son site, le fonds 10T Holdings qui a mené le tour de table explique parier sur une adoption de plus en plus importante des porte-monnaies en crypto par le grand public, à seulement « environ 1% de la population mondiale » à ce jour. Cette adoption se situe à « l'année 1996 », par comparaison avec celle de l'Internet aujourd'hui, selon lui. Il donne également un autre contexte selon lui porteur, celui de l'après Covid-19 qui déverse dans l'économie des milliards de dollars. « La plus grande expansion monétaire de l'ère moderne », note-t-il, suggérant qu'un basculement vers des nouveaux actifs numériques sécurisés et hors du système de planche à billets pourrait avoir un intérêt pour de nouveaux investisseurs.

« Grâce à cette levée de fonds de série C, Ledger, qui est en pleine croissance et rentable, sera en mesure de consolider sa position de leader de la sécurisation des cryptoactifs pour devenir la plateforme de gestion de référence de l'ensemble de l'écosystème des cryptoactifs », écrit Ledger.

Première société des cryptomonnaies dans le club des licornes

A date, la France compte donc désormais, avec Ledger, 15 licornes, ce qui la place encore nettement derrière le Royaume-Uni (37 à la fin 2020) ou l'Allemagne (16). Mais l'arrivée de cette technologie de portefeuilles numériques est la première société de ce nouveau secteur des crypto-actifs à rejoindre le club restreint. Il était jusqu'ici représenté par d'autres secteurs tels l'assurance (Alan, Shift Technology), l'e-commerce (ManoMano, Black Market, Vestiaire Collective), logiciels B2B (Mirakl, ContentSquare), jeu vidéo (Voodoo), IA (Meero), fintech (Ivalua), santé (Doctolib), ou encore, parmi les plus connues du grand public, Blablacar, Deezer et l'hébergeur OVHCloud.

Jeanne Dussueil

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Commentaires 2
à écrit le 10/06/2021 à 22:13
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Manifestement l'affaire Wirecard fait des e-mules...

à écrit le 10/06/2021 à 13:18
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Face à une nouvelle avalanche de dettes qui pourrait bien être la dernière, les monnaies nationales appartenant dorénavant aux banques privées n'ont plus beaucoup d'intérêt puisque tout ce qu'achètent les marchés financiers perd tacitement de sa vale...

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