Commerce international : la Fintech Verifeasy dépoussière l’un des plus vieux moyens de paiement

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Aujourd'hui, le crédit documentaire est régi par les Règles et usances uniformes (RUU) de la Chambre de Commerce Internationale (CCI).
Aujourd'hui, le crédit documentaire est régi par les Règles et usances uniformes (RUU) de la Chambre de Commerce Internationale (CCI). (Crédits : Juliette Raynal)
Cette startup strasbourgeoise a développé un outil pour automatiser l'examen de conformité des documents liés à un crédit documentaire, l'un des moyens de paiement les plus utilisés dans le commerce international et qui a vu le jour au Moyen Âge.

Basée à Strasbourg, la Fintech Verifeasy entend mettre fin au casse-tête du traitement du crédit documentaire, l'un des plus vieux moyens de paiement à distance, encore largement utilisé aujourd'hui pour faciliter les transactions du commerce international.

"Aujourd'hui, beaucoup de consortiums autour du commerce international se tournent vers la Blockchain pour digitaliser les transferts des données. Mais, l'analyse du crédit documentaire doit toujours être effectuée et, pour l'heure, elle reste manuelle et fastidieuse", explique Arnaud Doly, le fondateur de la jeune pousse.

Le crédit documentaire est l'opération par laquelle une banque (banque émettrice) s'engage, à la demande et pour le compte de son client importateur, à régler à un tiers exportateur, dans un délai déterminé, un certain montant contre remise des documents strictement conformes et cohérents entre eux, justifiant de la valeur et de l'expédition des marchandises ou des prestations de services, expose sur son site Société Générale.

Utilisé dès le Moyen Âge

Il est utilisé, dans une forme ancienne, dès le Moyen Âge, notamment par les marchands et les templiers. Ces derniers souhaitaient limiter la somme d'argent qu'ils emmenaient avec eux pendant leur voyage et pèlerinage afin de réduire les risques de se faire dépouiller. Ainsi en se présentant aux différentes commanderies, et sous réserve d'être le détenteur ou le mandataire  des documents, ils se voyaient remettre une somme d'argent convenue, ou la marchandise.

Aujourd'hui, le recours à cet instrument financier, qui permet d'apporter à l'importateur la garantie d'être livré et à l'exportateur la garantie d'être payé, est régi par les Règles et usances uniformes (RUU) de la Chambre de Commerce Internationale (CCI).

Si le crédit documentaire, ou credoc dans le jargon, présente un certain nombre d'avantages (efficacité, reconnu et utilisé partout dans le monde, soumis à des règles internationales très précises, couverture des risques), il a également son lot d'inconvénients. Il s'agit d'une procédure complexe, qui exige beaucoup de rigueur et de formalisme pour respecter les clauses et les délais. Son traitement fastidieux contribue, par ailleurs, à un coût élevé par rapport aux autres modes de paiement.

Automatiser l'examen de conformité

"Pour chaque transaction, il faut vérifier qu'il n'y a pas de discordance entre les documents et qu'ils sont bien conformes aux informations précisées dans le crédit et aux règles internationales. Il faut environ une heure pour examiner un jeu de documents.

En 2018, environ 4,2 millions de transactions en crédit documentaire ont été effectuées, avec en moyenne dix documents par transaction. 70 % des documents ont été rejetés par les banques lors de leur première présentation à cause d'erreurs, dans l'orthographe d'un nom ou dans le montant d'un prix par exemple.

Cela a un coût immédiat pour l'exportateur dont la marchandise va se retrouver bloquée. Par ailleurs, chaque amendement au crédit documentaire est payant", détaille Arnaud Doly.

Pour surmonter ces écueils, Verifeasy, créée officiellement à l'été 2018, a développé une solution permettant d'automatiser l'examen de conformité des documents, une fois que ces derniers ont été scannés. Elle est basée sur des technologies de reconnaissance optique de caractères et d'apprentissage automatique ainsi qu'un algorithme qui intègre les règles internationales en vigueur.

"De une heure de travail, notre module de conformité permet de passer à moins de trois minutes. Concernant le coût opérationnel, évalué à 75 euros pour l'examen d'un jeu de documents, nous pensons pouvoir le diviser par deux", assure l'entrepreneur.

En test chez plusieurs banques

Quid de l'avenir du métier d'analyste de crédits documentaires ?

"C'est une main d'oeuvre très difficile à trouver et l'objectif n'est pas de supprimer ce travail mais d'apporter un outil d'aide à la décision permettant de dégager du temps supplémentaire aux collaborateurs", affirme Arnaud Doly.

La solution de Verifeasy sera lancée officiellement en octobre prochain. Elle est aujourd'hui testée par des banques locales et des discussions sont en cours avec deux banques nationales. Accompagnée par l'incubateur Semia, la startup strasbourgeoise ne compte pour l'heure que deux salariés. Elle cherche à lever 500.000 euros et prévoit de se rémunérer en commercialisant sa solution auprès des banques, mais aussi des entreprises exportatrices. Dans l'Hexagone, quelque 100.000 transactions par crédit documentaire sont effectuées chaque année, selon les estimations de la startup. Ce qui représente environ un million de documents.

"Nous visons la France en priorité, mais 77% de notre marché s'effectue en Asie. Hong Kong et Singapour constituent donc des gros objectifs pour nous", indique Arnaud Doly.

À moyen terme, Verifeasy entend diversifier son activité en déclinant son module de conformité à d'autres applications, comme le métier d'assistant de notaire par exemple.

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Commentaires
a écrit le 17/08/2019 à 22:17 :
@semia - Il serait intéressant qu’une telle solution soit déployée sous forme d’API pour l’installer sur les plateformes dédiées à l’export.
Alibaba.com utilise un système similaire mais il est propriétaire et dédié à leur plateforme.
Des acteurs comme la caisse d’Epargne devraient s’emparer du sujet.

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