Pourquoi le Bitcoin a franchi la barre des 1.000 dollars

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Les bitcoins peuvent servir de refuge pour les économies dans certains pays où l'inflation devient intenable pour la population.
Les bitcoins peuvent servir de refuge pour les économies dans certains pays où l'inflation devient intenable pour la population. (Crédits : © Benoit Tessier / Reuters)
En six mois, la cryptomonnaie a doublé de valeur, franchissant la barre symbolique des 1.000 dollars (962 euros). Pour certains analystes, ce simple fait va remettre au premier plan cette monnaie virtuelle sur les marchés.

>> Mise en ligne 3 janvier 2017 à 7h14 - Mise à jour 3 janvier 2017 à 12h14

Le bitcoin, monnaie virtuelle servant pour les transactions en ligne, a franchi la barre des 1.000 dollars dimanche, une première depuis trois ans. La monnaie numérique, qui avait déjà culminé à plus de 1.000 dollars à l'automne 2013, poursuivait sur sa lancée lundi en cours d'après-midi, atteignant un peu plus de 1.024 dollars à 16h31 selon les chiffres de l'agence Bloomberg.

La poussée du bitcoin, qui ne valait que quelques centimes lors de son lancement en 2009, s'inscrit dans un contexte économique incertain, avec notamment la chute de la monnaie chinoise. Pour Wall Street, qui a enchaîné les records depuis l'élection début novembre de Donald Trump à la présidence américaine, 2016 s'achève dans l'euphorie. Le Bitcoin qui a doublé de valeur en six mois termine lui aussi l'année en beauté. Ce bond s'explique aux Etats-Unis non pas par le dynamisme des marchés mais bien plutôt par les craintes face à la hausse des taux de la Fed. Cependant, d'autres phénomènes, ailleurs dans le monde -en Inde, en Chine, au Vénézuela...- expliquent également cette envolée de la monnaie virtuelle.

Une valeur multipliée par 2 depuis six mois

Après la débâcle de la plate-forme japonaise MtGox en 2014, le cours et les encours du Bitcoin avaient plongé. Mais, début 2017, en passant le plancher des 1.000 dollars, la monnaie virtuelle est presque revenue à son plus haut historique de fin-novembre 2013.

Le cours de la cryptomonnaie a été très volatil ces dernières années, s'envolant jusqu'à 1.100 dollars en 2013 pour s'effondrer à 150 dollars environ début 2015. Il s'est depuis stabilisé, se maintenant au-dessous de 500 dollars au cours des six derniers mois.

Le récent engouement pour la cyptomonnaie coïncide avec, d'une part une très forte influence de la Chine sur ce marché naissant, et d'autre part une perte de confiance des populations vis-à-vis des gouvernements et des banques centrales. Le Bitcoin comme alternative au cash permet d'effectuer des mouvements de fonds de manière rapide et anonyme partout dans le monde et sans que les transactions transitent par une autorité centrale. Il a affiché une progression de plus de 85% en 2016 après une hausse de 35% en 2015.

Contrairement aux devises physiques telles que l'euro ou le dollar, le bitcoin n'est régi par aucune banque centrale ni aucun gouvernement, mais par une vaste communauté d'internautes, et ne peut donc être soumis à la tentation de la "planche à billets", arguent ses partisans. Mais les critiques soulignent son extrême volatilité, dénonçant la création d'une bulle spéculative.

Le Bitcoin comme "valeur refuge"

Les bitcoins peuvent servir de refuge pour les économies dans certains pays où l'inflation devient intenable pour la population. Au Venezuela, pays souffrant actuellement du plus fort taux d'inflation au monde, l'usage de la cryptomonnaie est une réalité depuis fin 2016. La monnaie numérique n'est limitée par aucun contrôle bancaire ou gouvernemental, et des utilisateurs vénézuéliens y voient une alternative sécuritaire dans un cadre économique où le gouvernement sanctionne vertement les échanges en devises étrangères, tandis que l'inflation atteindrait les 500%.

Mi-décembre, les Vénézuéliens se sont dépêchés de changer leurs billets de 100 bolivars - la plus importante coupure - après que le gouvernement eut annoncé mercredi que ceux-ci seraient retirés de la circulation dans ce qui a été présenté comme une démarche contre l'enrichissement illicite. Bien que les utilisateurs de bitcoins ne représentent encore qu'une minorité réduite, certains estiment que la devise deviendra plus populaire au Venezuela au fur et à mesure qu'augmentera l'incertitude économique.

Mi-2014, 1 bitcoin valait environ 40.000 bolivars. Selon le site Surbitcoin.com, 1 bitcoin vaudrait plus de 2 millions de bolivars fin 2016.

    >> LIRE AUSSI | Malgré son manque de liquidités, le Venezuela démonétise le billet de 100 bolivars

Le Bitcoin dopé par le retrait des grosses coupures en Inde

Récemment, l'Inde a également découvert les avantages de la devise numérique. Début novembre, le Premier ministre indien Narendra Modi avait pris une décision choc en annonçant le retrait de toutes les coupures 500 et de 1.000 roupies, d'une contrevaleur de 256 milliards de dollars, au motif qu'elles alimentaient la corruption, favorisaient le faux-monnayage et contribuaient au financement d'attaques de militants contre l'Inde.

Cette opération de démonétisation d'une grande partie des billets de banque indiens a cependant entraîné le chaos dans le pays, une chute du cours de la roupie, et une perte de confiance dans la monnaie indienne, alimentant une forte hausse de la demande de bitcoins.

     >> LIRE AUSSI | En Inde, ruée vers les guichets de banque pour échanger les billets démonétisés

Vers un bitcoin à 3.000 dollars pour 2017 ?

«L'annonce de la hausse des taux de la Fed a probablement effrayé beaucoup d'investisseurs sur les marchés émergents, en particulier celui de la Chine, qui considère le Bitcoin comme refuge contre les actifs faibles en monnaie fiduciaire», a déclaré Thomas Glucksmann, responsable du marketing chez Gatecoin.

La Chine s'est imposée comme la patrie d'adoption du Bitcoin, d'une part parce que les sociétés de "minage", qui valident les transactions, y sont généralement basées, mais aussi parce que les particuliers chinois se sont rués sur la devise virtuelle, à la recherche de placements spéculatifs plus juteux que les marchés boursiers après la chute de plus de 7% de la monnaie chinoise, le yuan renminbi, chute qui c'est accéléré depuis l'élection de Trump.

«L'instabilité mondiale a en partie dirigé les fonds sur le marché du Bitcoin», déclare à Bloomberg, Le Xiaotian, analyste chez Huobi. «Les attentats terroristes en Europe et l'élection de Trump aux États-Unis ont stimulé la demande de valeurs refuges sur les marchés financiers.»

Pour l'investisseur Vinny Lingham, l'année 2017 sera l'année du Bitcoin et il prédit que la cryptomonnaie finira aux alentours de 3.000 dollars d'ici un an.

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Commentaires
a écrit le 10/01/2017 à 10:34 :
c'est une machine a evasion fiscale invente par la finance
sur le dos d'un quidam
qui n'a jamais ete refuse par qui que ce soit
cherche a qui profite la plus grosse frode aux monde
a écrit le 05/01/2017 à 6:58 :
Les fonctions essentielles d'une monnaie (instrument d'échange et réserve de valeur) sont absentes du bitcoin ....et des monnaies de pays rongés par une forte inflation. Dans ces pays il faut choisir entre deux maux...en priant, dans les deux cas, pour que l'extrême volatilité et le risque d'effondrement ne fasse disparaître les avoirs des détenteurs.
a écrit le 03/01/2017 à 17:46 :
La spéculation sur les devises minent les économies. Pourquoi personne ne veut faire tomber Bretton-Woods une bonne fois pour toute ?
1 dollar=1 rouble=1 roupie=1peso=1 yen
Tout le monde paye sa dette et chacun s'arrange chez soi pour le cout de la vie.
Aux économes Bac +20 d'y plancher dessus...
a écrit le 03/01/2017 à 13:43 :
On achète des bitcoins comme n'importe quelle autre monnaie, sur des plateformes spécialisées (bourses d'échange) :
- paymium (basé en France)
- bitstamp (basé en Europe)
- Kraken (basé aux USA)
- bitfinex (basé à HK)
- ...
Ces plateformes sont soumises à régulation (KYC)
Réponse de le 03/01/2017 à 20:04 :
@Satoshi: t'as combien de commission pour la pub ? 1) On achète en France que des euros et 2) à l'heure actuelle, ni la France, ni l'Europe ne garantissent cette monnaie virtuelle. 3) En cas de problème, tu t'adresses où et à qui pour récupérer ton argent, au Père Noel ? Sûr que le système bancaire a besoin d'être réformé en profondeur, mais pour l'instant, il n'a pas de remplaçant fiable :-)
Réponse de le 03/01/2017 à 23:41 :
@Patrickb J'ai simplement répondu à GNED en donnant une liste de plateforme concurrentes entre elles.

Si vous pensez que l'Europe ou la France garantiront vos dépôts en cas de problème, c'est vous qui croyez au Père Noël :-)
Réponse de le 05/01/2017 à 17:45 :
@Satoshi: encore une preuve que tu ne sais pas très bien de quoi tu parles. Les dépôts sont garantis dans beaucoup de pays. En France, c'est 100 000 euros (http://droit-finances.commentcamarche.net/contents/975-la-garantie-des-depots-bancaires-en-cas-de-faillite).
a écrit le 03/01/2017 à 13:24 :
L'instrument de spéculation sur du vent par excellence : ou comment critiquer la monnaie en disant qu'elle n'est basée sur rien en la remplaçant par le néant absolu... ( et je ne parle même pas du blanchiment). Sinon, il est faux de dire que le bitcoin est indépendant des systèmes de banques centrales : à un moment ou un autre, tout ce beau monde reconverti en monnaie reconnue et garantie par les banques centrales. seconde remarque : ce n'est pas la première fois que le bitcoin atteint les 1000 et les dépasse largement. Comme en bourse, il y a des perdants au jeu de la spéculation.
Réponse de le 03/01/2017 à 15:16 :
D'accord avec vous, le bitcoin est clairement un instrument spéculatif à ce stade de son développement.

En revanche la critique formulée par les partisans du bitcoin à l'encontre des monnaies "banque centrale" est plutôt :
- qu'elles sont dévaluées en permanence (politiques QE/planche à billets)
- que les fonds détenus dans des banques ne sont pas réellement sous le contrôle des épargnants (bail-ins, garantie des dépôts 100k€)
- etc.
En comparaison, on ne peut pas "imprimer" à volonté des bitcoins: leur émission est régie par un algorithme, selon une règle connue à l'avance et qui ne changera pas. Quant aux bitcoins on ne peut pas vous les saisir ou vous empêcher de les utiliser. Ces caractéristiques sont intangibles mais bien réelles, ce sont elles qui donnent sa valeur actuelle au bitcoin, l'article explique très bien pourquoi.

Vous dites enfin que bitcoin dépend des banques centrales puisqu'on peut à tout moment vendre des bitcoins contre des euros ou des dollars. Mais ce raisonnement est valable pour n'importe quel bien ayant une valeur de marché (métaux précieux, actions, immobilier)...
a écrit le 03/01/2017 à 10:03 :
pratiquement est ce qu'un particulier peut en acheter , ou , et comment ???
existe-t-il des fonds d'investissement basés sur le bitcoin ???
Réponse de le 03/01/2017 à 13:52 :
On achète des bitcoins comme n'importe quelle autre monnaie, sur des plateformes spécialisées (bourses d'échange) :
- paymium (basé en France)
- bitstamp (basé en Europe)
- Kraken (basé aux USA)
- bitfinex (basé à HK)
- ...

Ces plateformes sont soumises à régulation (KYC)
a écrit le 03/01/2017 à 8:45 :
Le bitcoin qui devait passer par delà les institutions financières classiques au final s'est fait avaler, et rapidement, par les institutions financières classiques.

Aucun intérêt du coup le mépris général du concept de la part de la grande majorité des gens est parfaitement compréhensible.
Réponse de le 03/01/2017 à 13:51 :
Rassurez-vous c'est toujours le cas. Une fois que vous avez fait l'acquisition de bitcoins et que vous les rapatriez sur votre porte-monnaie électronique, vos bitcoins sont entièrement sous votre contrôle, ils ne peuvent être saisis/gelés comme c'est le cas pour un compte bancaire. C'est comme si vous aviez des lingots d'or électroniques.

Cela revient à être sa propre banque. En contrepartie il faut veiller soi-même à la sécurité de ses fonds, il y a donc un minimum de précaution à prendre pour éviter le piratage (voir les solutions Ledger, made in France).
Réponse de le 03/01/2017 à 15:45 :
Ok, merci pour l'info, j'aimerais tellement que vous ayez raison, mais vu les capacités destructrices qu'elle a, quand la finance s'empare de quelque chose il vaut mieux se méfier.

Je comprends le principe et votre optimisme mais nous avons eu tellement souvent des espoirs de ce genre immédiatement avalés par le dogme néolibéral...

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