Pourquoi le géant chinois Tencent parie sur Lydia, la plus célèbre des Fintech françaises

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(Crédits : Lydia)
L'appli de paiement entre amis Lydia et ses 3 millions d'utilisateurs en France ont séduit Tencent. C'est la première fois que le géant chinois, derrière l'appli mobile Wechat Pay qui compte plus d'un milliard d'utilisateurs, investit dans une startup française de la finance. Signe que l'écosystème Fintech tricolore a atteint une certaine maturité.

L'écosystème de la Fintech tricolore commence l'année 2020 sur les chapeaux de roue. Lydia, l'appli mobile de paiement entre amis, a annoncé mercredi 15 janvier avoir finalisé un tour de table conséquent de 40 millions d'euros.

Si le montant reste inférieur à certaines opérations majeures comme les levées de fonds de Wynd (72 millions d'euros), Payfit (70 millions), Younited Credit, (65 millions) ou encore Shift Technology (60 millions), l'opération se distingue par l'identité de son investisseur principal : le géant chinois Tencent, derrière l'application de paiement Wechat Pay, utilisée par plus d'un milliard de personnes dans le monde.

"C'est la première fois que Tencent investit dans une Fintech française", souligne Mikaël Ptachek, président de l'Observatoire de la Fintech. Très peu présent au capital des startups européennes de la finance, le mastodonte chinois a néanmoins déjà parié sur une autre pépite du secteur : la néobanque allemande N26, qui compte 3,5 millions d'utilisateurs sur le Vieux Continent et dont la valorisation atteint 3,5 milliards de dollars. De quoi alimenter les aspirations de Lydia, qui entend passer la barre des 10 millions d'utilisateurs en France d'ici la fin 2021, contre un peu plus de 3 millions aujourd'hui.

Tencent : un appétit insatiable pour les Fintech

Ailleurs dans le monde, l'appétit de Tencent pour les Fintech est insatiable.

"Au cours des cinq dernières années, Tencent a réalisé 27 prises de participation dans des startups de finance. Il a notamment investi dans la néobanque brésilienne Nubank, valorisée 10 milliards de dollars. C'est le plus actif des BATX (pour Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi)", indique Mikaël Ptachek, qui constate l'avance qu'ont pris dans ce domaine la
les géants de la tech chinoise par rapport aux poids lourds américains, les Gafa."Côté BATX, on dénombre, en effet, 48 prises de participation dans les Fintech au cours des cinq dernières années, contre 15 pour les Gafa", expose-t-il.

Pourquoi Tencent s'est donc intéressé à Lydia ? La pépite française présente plusieurs atouts. D'abord, elle a su imposer de nouveaux usages. Aujourd'hui, "25% des Français âgés de 18 à 30 ans ont un compte Lydia", fait valoir la Fintech. Encore plus révélateur, la phrase "Je te fais un Lydia" a fait son entrée dans les échanges du quotidien.

De la viralité à un modèle de "plateforme"

Ensuite, son modèle de paiement entre particuliers est, par nature, viral puisque le détenteur d'un compte Lydia est amené à recommander l'application à ses amis pour pouvoir les rembourser plus facilement."Lydia compte 150.000 nouveaux utilisateurs chaque mois", assure ainsi Alain Clot, le président de l'association France FinTech. Si cette fonctionnalité, la plus emblématique de Lydia, est gratuite, la startup s'emploie à monétiser son activité en développement une place de marché de services financiers, en distribuant notamment du crédit, des assurances ou encore des cartes de paiement. Une logique de "plateforme", pleinement assumée par ses fondateurs. "Notre ambition est de devenir l'interface principale pour toutes les démarches financières", explique Cyril Chiche, le directeur général de Lydia.

Selon Laurent Nizri, l'organisateur du Paris Fintech Forum, grand-messe du secteur dont la cinquième édition se tient les 28 et 29 janvier prochains, le soutien d'un acteur comme Tencent était indispensable.

"Une application de paiement ne peut pas marcher seule. Des volumes massifs sont nécessaires et elle doit s'intégrer dans un parcours beaucoup plus large. Si les applications Wechat Pay (Tencent) et Alipay (Ant Financial) sont devenues incontournables pour les consommateurs chinois c'est parce qu'elles sont intégrées au sein de larges écosystèmes proposant une multitude de services", explique-t-il.

Un investissement symbole d'un écosystème mature...

De son côté, Lydia précise qu'aucun partenariat stratégique n'accompagne cet investissement. Toutefois, elle espère bénéficier de l'expertise de Tencent pour changer d'échelle. Grâce à cette augmentation de capital, la Fintech parisienne entend rapidement devenir une application paneuropéenne. Lydia a déjà testé l'appétit des utilisateurs au Royaume-Uni, en Irlande, en Espagne, au Portugal et en Belgique et dit vouloir se lancer dans une batterie d'autres pays d'ici la fin 2021. La startup, qui emploie un peu moins de 90 personnes aujourd'hui, prévoit ainsi le recrutement de 50 à 60 nouveaux collaborateurs au cours des douze prochains mois.


Plus largement, la prise de participation d'un grand investisseur chinois illustre une certaine maturité de l'écosystème français. "Les investissements dans les startups Fintech ont doublé en 2019 par rapport à 2018 pour atteindre 699 millions d'euros. Le ticket moyen s'établit désormais à 11 millions d'euros, contre 5,6 millions il y a un an et nos 'bébés' se placent dans les classements de référence. Nous comptons quatre Fintech dans le top 100 mondial réalisé par KPMG et sept dans le Next 40", se félicite Alain Clot, qui s'attend à d'autres investissements majeurs dans les mois à venir.

...et source de craintes

"Ce tour de table a une portée plus large que la seule croissance de Lydia. Il est le symbole que la France devient une grande terre de la Fintech", affirme pour sa part Cyril Chiche. "Il y a eu deux événements majeurs dans la Fintech cette semaine :. l'investissement de Tencent dans Lydia et le rachat de Plaid par Visa pour 5,3 milliards de dollars", rappelle toutefois Laurent Nizri, soulignant le vaste écart entre les deux nations.

Par ailleurs, l'arrivée d'un investisseur chinois peut soulever quelques craintes. D'abord chez les utilisateurs. Certains s'inquiétant de la protection de leurs données personnelles. "Aucun de nos investisseurs n'a accès aux données de nos utilisateurs", rétorque l'entrepreneur. C'est aussi le risque de voir une pépite tricolore passer, à terme, sous pavillon étranger.

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Commentaires
a écrit le 19/01/2020 à 20:26 :
nous n'avons aucun géant mondial dans les échanges électroniques, que ce soit financier (genre VISA), réseau social, commerce en ligne. Si une entreprise française veut se développer, elle est obliger pour y renter de s'associer avec un géant. Sinon, elle sera dépassée au niveau mondial et finira par disparaitre écrasée par un poids lourd genre amazon, facebook, ou autre, qui s'imposera de tout son poids.

Donc oui, rentrer dans l'écosystème d'un gros est une obligation. Microsoft en son temps n'a pu se développer qu'en étant sélectionné par IBM pour équiper ses PC avec Windows.

Pour ce qui est d'être ensuite racheté ou de rester indépendant, c'est le rôle de la BPI de rentrer dans le tour de table de ces fintech et d'être un actionnaire français.

Pour ce qui est des EPR, les seuls qui sont en services sont justement ceux construits en Chine. On ne peut pas dire que le savoir-faire français fasse des étincelles sur ce sujet.
a écrit le 17/01/2020 à 14:01 :
On vend son âme à Tencent, l'un des bras armés des ambitions suprémacistes de la Chine sur le front numérique, et on se plaît d'être une start up tricolore. Comme quoi, quand on parle de gros sous, les valeurs peuvent passer à la trappe
Réponse de le 17/01/2020 à 19:21 :
Les start up sont des entreprises qui vivent, brièvement la plupart du temps, de subventions et investissements hasardeux . Et qui, quand parfois elles survivent, feront les beaux jours de géants Us ou Chinois.
a écrit le 17/01/2020 à 10:22 :
pour quelques millions, ils vont demander les transferts de technologie, puis rapatrier ca chez eux ou il feront la meme chose puis couleront le projet concurrent pour pas cher, tout en etant en avance sur tout le monde
comme avec les epr, quoi

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