L'appli Bankin' lève 20 millions d'euros et se mue en coach financier

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La Fintech profite de ce tour de table pour dévoiler une nouvelle fonctionnalité baptisée Opportunités.
La Fintech profite de ce tour de table pour dévoiler une nouvelle fonctionnalité baptisée Opportunités. (Crédits : Bankin')
La Fintech parisienne fait évoluer son offre vers un coach budgétaire, mêlant algorithmes et conseillers humains, et espère séduire 10 millions d'utilisateurs. En parallèle, elle développe son activité B2B sous la marque Bridge. Vingt recrutements sont prévus dans le courant de l'année.

« Nous visons plus de 10 millions d'utilisateurs d'ici trois ans », lance Joan Burkovic, fondateur et directeur général de la startup parisienne Bankin', qui revendique aujourd'hui 2,9 millions d'utilisateurs. Pour se donner les moyens de ses ambitions, l'application qui s'est fait connaître pour sa fonctionnalité d'agrégation de comptes bancaires officialise, ce jeudi 18 avril, une levée de fonds de 20 millions d'euros. Cette nouvelle augmentation de capital porte le montant total des fonds levés par la startup à 28,4 millions d'euros depuis sa création en 2011.

L'identité du nouvel investisseur, qui n'a pas officiellement été révélée, est un secret de polichinelle et tous les indices tendent à confirmer les informations de nos confrères du site spécialisé Mind Fintech, qui rapportait en janvier dernier une entrée au capital de Casino. Contacté par la rédaction, le groupe de grande distribution n'a pas souhaité commenter ces informations.

« Cet investissement est une prise de participation minoritaire et tous les actionnaires historiques de Bankin' restent au capital », se contente d'indiquer Joan Burkovic ne précisant pas si ces derniers participent également à la levée de fonds.

Bankin' avait précédemment levé 8,4 millions d'euros à l'occasion de plusieurs tours de tables réalisés auprès de business angels, du fonds Omnes Capital, de Generation NewTech, un fonds détenu à 100% par le groupe financier Oddo BHF, et de CommerzVentures, le bras capital-risque de la banque allemande Commerzbank.

Casino : déjà un pied dans le monde du paiement

Quel intérêt pour un distributeur d'investir dans une Fintech ? Les enjeux autour du paiement rapprochent ces deux mondes, comme l'atteste le partenariat entre l'application Lydia et les magasins Franprix (détenus par le groupe Casino) noué en 2017 ou encore l'application de paiement Lyf Pay, soutenue par BNP Paribas, Crédit Mutuel, Carrefour, Auchan, Total et... Casino, qui a pris une participation de 5% en novembre dernier. Le distributeur a également signé un partenariat, en décembre dernier, avec Natixis Payment (groupe BPCE) en vue de créer un portefeuille électronique pour l'e-commerçant Cdiscount, dont il est propriétaire, et d'autres sites marchands, rappelle le site Mind Fintech.

Bankin' n'est certes pas une application de paiement, mais ses utilisateurs peuvent initier des virements, qui pourront être utilisés comme moyen de paiement grâce au déploiement de l'Instant payment, qui rend les virements quasi immédiats, de plus en plus adopté par les grandes banques françaises. Le groupe bordelais, coté en Bourse, pourrait aussi se montrer intéressé par la connaissance fine des habitudes de consommation que Bankin' détient de ses utilisateurs.

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Ces possibles synergies seraient d'autant plus stratégiques que le groupe Casino, qui est également derrière l'enseigne Monoprix, est aussi actionnaire de Banque Casino, au côté du Crédit Mutuel CIC. Cette filiale, en forte croissance, est spécialisée dans les moyens de paiement auprès des acteurs du e-commerce et des particuliers.

Un coach hybride

De son côté, Bankin' entend utiliser cet argent frais pour se positionner comme un coach budgétaire et se débarrasser de son étiquette d'agrégateur de comptes bancaires. « En réalité, 80% de nos utilisateurs ne connectent qu'une seule banque à notre application », indique Joan Burkovic.

La Fintech profite de ce tour de table pour dévoiler une nouvelle fonctionnalité baptisée Opportunités.

« Nous avons développé des algorithmes intelligents qui permettent de pousser des suggestions aux utilisateurs, comme la possibilité de renégocier un crédit immobilier ou une assurance emprunteur, de se constituer une épargne de précaution ou de souscrire à d'autres produits financiers pour se doter d'une épargne de plus long terme. Ces algorithmes permettent de déployer à très grande échelle des messages personnels en fonction de la situation financière de chacun », explique l'entrepreneur.

Cette approche automatique est couplée à l'intervention de conseillers humains. « La renégociation d'un crédit est un acte d'engagement où l'utilisateur a besoin d'interagir avec un humain. Nous avons donc constitué une équipe de dix personnes, qui dialoguent par chat avec nos utilisateurs à travers l'application », détaille Joan Burkovic.

Ces nouvelles fonctionnalités sont proposées gratuitement aux utilisateurs, Bankin' prévoyant de se rémunérer en tant qu'apporteur d'affaires. « Si un utilisateur souhaite renégocier son crédit, nous le mettons en contact avec un courtier et nous prélevons une commission dans le cas où il souscrit à un nouveau crédit », détaille l'entrepreneur. À moyen terme, Bankin' entend décliner ce concept sur d'autres verticales qui ont un impact sur le budget quotidien des utilisateurs. La startup songe à s'attaquer aux dépenses télécoms, énergétiques ou celles liées à l'assurance automobile.

Bankin' dit ne pas marcher sur les plates-bandes d'autres acteurs spécialisés dans le coaching financier, comme l'application Grisbee, soutenue par Arkéa, ou le belge Gambit Financial Solutions, racheté par BNP Paribas, en s'adressant à une cible beaucoup plus large. « Nous sommes positionnés sur la gestion de la finance au quotidien, pas sur la gestion de patrimoine », insiste Joan Burkovic.

Une vingtaine de recrutements

Outre cette offre destinée au grand public, qui demande de mobiliser d'importantes ressources pour gagner en notoriété, la Fintech a développé une offre à destination des établissements bancaires et des métiers de la finance sous la marque Bridge, comme l'a fait le suédois Tink qui a récemment levé 56 millions d'euros. Bankin' compte aujourd'hui plusieurs dizaines de clients, dont des géants de la comptabilité comme Sage, mais aussi des banques comme Milleis (ex-Barclays France) et Oddo BHF Banque privée, ainsi que plusieurs fintech à qui elle propose d'automatiser certaines tâches grâce à la donnée bancaire qu'elle est capable de récupérer (en capturant des données d'écran ou en passant par des API), de nettoyer et d'enrichir en la catégorisant.

La startup entend multiplier par trois le chiffre d'affaires généré par cette activité, qui représente aujourd'hui une source de revenus significative, mais non majoritaire.« Notre ambition est de devenir le point d'accès unique de l'open banking », affirme l'entrepreneur. Ce dernier souhaite surfer sur l'ère de la banque ouverte, promise par la directive européenne sur les services de paiement (DSP2) et qui oblige les banques à ouvrir leurs données bancaires à des acteurs tiers via de nouvelles interfaces de connexion (API).

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Pour enrichir son offre grand public et accélérer sur le B2B, la jeune pousse parisienne prévoit le recrutement de 20 personnes et devrait ainsi employer 70 collaborateurs d'ici la fin de l'année. Bankin' entend aussi muscler son activité en Allemagne, en Espagne et au Royaume-Uni où elle est déjà présente, puis s'attaquer dans un second temps à d'autres pays européens.

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