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Entreprises & FinanceAéronautique & Défense

Pourquoi l'opération d'échange d'actifs entre Thales et Safran a capoté

Michel Cabirol

Publié le 14 novembre 2011 à 07:33 - Mis à jour le 14 novembre 2011 à 07:35

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L'équipementier a plus d'appétit pour une fusion avec le groupe d'électronique. Il aurait proposé un prix de rachat de la participation de Dassault Aviation, qui a refusé d'en discuter.

Chronique d'un échec annoncé. L'opération d'échan-ges d'actifs entre Thales et Safran, exigé depuis plus de deux ans par le gouvernement, est le symbole de l'impuissance de l'Etat, pourtant actionnaire des deux groupes, mais privé de vote sur ce dossier aux deux conseils d'administration pour éviter tout conflit d'intérêt. Et surtout un joli cas d'école sur comment saboter un projet tout en feignant de jouer le jeu. Thales et Safran s'y sont essayés tour à tour avec succès. L'Etat a tenté de tordre en vain à plusieurs reprises le bras des deux groupes, qui n'ont dès le départ jamais voulu de cette opération. Elle consiste à regrouper toutes les activités de navigation inertielle et de génération électrique chez Safran et toutes celles d'optronique (optique et électronique combinées) chez Thales pour en faire des leaders de taille mondiale. Ce qui avait du sens pour l'Etat mais pas forcément pour les deux industriels. Et au plus haut niveau du ministère de la Défense, pointe un ras-le-bol et une exaspération devant l'intransigeance des industriels.

"Grand écart"

"Quelles que soient les modalités - joint-venture, échanges d'actifs ou cession -, cela ne change rien au problème. On en revient toujours à la valorisation", avait expliqué dès septembre à La Tribune un proche du dossier, qui déjà ne croyait plus aux chances de succès. Bien sûr, les deux industriels ont joué le jeu quand l'Etat a imposé un médiateur Aldo Cardoso. Bien sûr, ils ont aussi été de bons élèves pour se mettre d'accord sur les grands principes de l'opération. Et cela était d'autant plus facile que cet accord n'était pas engageant, rappelle un industriel. Mais, Thales et Safran n'ont jamais eu de négociations approfondies sur la valorisation de leurs actifs concernés. Ils se sont contentés d'échanger seulement quelques indications chiffrées. Et Aldo Cardoso a constaté le "grand écart". D'où l'idée du médiateur pour minimiser les divergences de constituer deux joint-venture sur une période "de cinq à dix ans pour voir ce que cela donne", précise-t-on. Mais sans parler de soulte, un mot qui fâche.

Depuis plusieurs mois, c'est Safran qui bloque en douceur les négociations. Non pas à cause des salariés de Sagem (où sont logées les activités d'optronique censées rejoindre Thales), qui sont vent debout contre cette opération. Certes, la situation est délicate (les salariés disposent de 25% des droits de vote chez Safran) mais c'était assurément un bon prétexte pour le PDG de Safran, Jean-Paul Herteman, de réclamer une pause sur ce projet non désiré. Car l'équipementier aéronautique a une autre idée en tête depuis le printemps. Un projet bien plus séduisant qu'un simple échange d'actifs : une fusion entre Thales et Safran, selon plusieurs sources concordantes. "C'est là le vrai sujet de Safran", confirme-t-on chez Thales. Le groupe présidé par Jean-Paul Herteman, qui se sent fort et qui dispose de cash, aurait même convaincu le ministre de la Défense Gérard Longuet de la pertinence de ce projet. En revanche chez EADS, on note qu'une telle opération devra se faire avec son accord, Thales et Safran étant des fournisseurs majeurs pour le groupe européen. Pour se faire entendre, EADS n'hésitera pas à aller devant Bruxelles.

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Mais il y a un véritable problème pour Safran : "cette opération ne pourra pas se faire tant qu'il y aura Charles Edelstenne [le PDG de Dassault Aviation, Ndlr], qui est totalement opposé à ce deal", expliquent plusieurs sources. Et pourtant, Safran aurait même tenté de l'amadouer, mais en vain, en lui proposant avant l'été de racheter la participation de Dassault Aviation dans Thales au prix de 38 euros par action. Soit le montant que l'avionneur a payé pour racheter la participation d'Alcatel fin 2008. Charles Edelstenne aurait refusé d'en discuter avec Jean-Paul Herteman. "Faute de discussions, la situation est aujourd'hui est sous contrôle", se réjouit-on chez Thales. Mais quelle ironie du sort : en 2007 c'est Thales qui se voyait en prédateur. Aujourd'hui, c'est Safran.

Michel Cabirol

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