Le PDG d'Eurocopter dans les turbulences

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Le départ du directeur de la recherche et du développement (R&D) a alimenté un malaise grandissant des salariés de la filiale hélicoptériste d'EADS. Bien que Lutz Bertling a pris la mesure de ces inquiétudes, il reste sous surveillance.

Le PDG d'Eurocopter, Lutz Bertling, s'est évité une sérieuse crise de nerfs des salariés français. En choisissant finalement et de façon raisonnable un Français Jean-Brice Dumont comme directeur de la recherche et du développement, comme l'a révélé « Les Echos », pour remplacer le franco-allemand Jean-Michel Billig, en partance vers Renault, il a su désamorcer un malaise grandissant chez Eurocopter France. Mais pour combien de temps ? Car Lutz Bertling reste sous surveillance.

Les syndicats s'inquiètent effectivement des très nombreux changements à la tête de la direction de la R&D, et surtout au comité exécutif depuis l'arrivée du PDG allemand. "Eurocopter peut-il se permettre trois changements de directeurs techniques en six ans alors que la R&D est, par définition, une activité de long terme et peut-il se permettre un changement à la tête de sa R&D alors que les programmes X3, X4, X6, EC145 T2, EC130 sont en pleine effervescence ? », s'interroge le CGC-CFE. Chez FO, même son de cloche : "trois directeurs, quelques ingénieurs de haut vol ont quitté Eurocopter en même pas cinq ans. Peut-on se payer le luxe d'un tel gaspillage ? Comment impliquer le personnel sur le long terme alors que soit même on donne l'impression de naviguer à vue et parfois de quitter le navire ?". Ambiance chez Eurocopter.

Neuf départs au comité exécutif

La CFDT va un pont plus loin. "La démission du patron du bureau d'études, Jean-Michel Billig, c'est un nouveau départ d'un membre du comité exécutif d'Eurocopter et ce n'est pas anodin". Depuis l'arrivée de Lutz Bertling à la tête d'Eurocopter, neuf membres du comité exécutif, selon un décompte de "latribune.fr", ont effectivement quitté la filiale d'Eurocopter pour des raisons qui ne sont pas toutes liées à la personnalité de Lutz Bertling. Et la CFDT d'enchaîner sur le remplacement de Jean-Michel Billig : "Pour la CFDT le respect des équilibres franco-allemands à Eurocopter comme au niveau d'EADS est le gage de la stabilité de l'entreprise comme de la motivation et l'engagement de ses salariés". Lutz Bertling a su répondre à l'inquiétude des salariés français sur la question des nationalités, si particulière au groupe EADS et à ses filiales.

Mais pourquoi donc le départ de Jean-Michel Billig a-t-il mis le feu aux poudres ? Si officiellement Eurocopter présente son départ comme une formidable opportunité de carrière qu'il ne pouvait pas refuser - et c'est certainement vrai -, d'autres raisons semblent avoir poussé le très respecté Jean-Michel Billig au sein d'Eurocopter à regarder ailleurs, comme le suggère FO : " Lorsqu'on l'avait rencontré, il avait l'air viscéralement attaché, si ce n'est à son entreprise, au moins à EADS, groupe où il aura fait sa carrière".

"On ne s'occupe pas de regarder les jolies filles quand on aime sa femme", décrypte-t-on chez Eurocopter. Sous-entendant que Jean-Michel Billig n'aurait jamais regardé le marché s'il s'était toujours senti aussi bien chez Eurocopter. "Les relations avec Lutz Bertling ne sont pas simples", explique-t-on de façon soft à "latribune.fr". Et c'est bien là la raison du départ de Jean-Michel Billig et du malaise latent chez Eurocopter... qui pour l'heure ne se répercute pas sur la bonne santé commerciale du groupe en phase de redécollage.

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a écrit le 30/04/2012 à 17:32 :
Je trouve cela très "amusant". Des études montrent que les salariés d'Eurocopter sont les plus heureux du monde (le DRH a même reçu un prix), Eurocopter l'entreprise la plus attractive, ....
Il y a forcément du vrai, car c'est une entreprise fleurissante, en croissance (bien que ce soit plus facile quand une partie des ventes est liée aux états), qui embauche (et qui débauche aussi ?)...
Comme quoi ! Il y a l'image (et l'imaginaire) et la vie intérieure.
Mais ce n'est pas très grave; le partant a trouvé une belle place et ils ont eu aucun mal a trouvé un remplaçant. Et Eurocopter signe toujours des contrats !
a écrit le 30/04/2012 à 10:51 :
Termal a raison. Le Pentagone pratique massivement le protectionnisme, et la subvention directe dans ses budgets. Le japon refuse l'ouverture de la plupart de ses marchés aux entreprises européennes. Pourquoi devrions nous jouer les bons samaritains industriels en pratiquant le transfert technologique à tout prix vers les émergents ou de manière hypocrites en jouant sur les coûts salariaux des ingénieurs (pour avoir un groupe EADS dont la portion européenne se réduirait à ses dirigeants et cadres-dirigeants, l'ensemble des ingénieurs ayant été délocalisé en Inde, au Brésil et en Chine pendant que Boeing et Lockheed-Martin renforcent leurs effectifs ingénieurs sur le sol américain?), et en ne s'armant pas des armes stratégiques d'investissement et de protection de la recherche que possèdent tous les grands pays industrialisés (le FSI doit être exclusivement industriel et arrêter de financer les projets de service des copains du pouvoir).
Sur des projets de cette taille, le "marché" ne veut rien dire. Tout est et a toujours été géré par un duo Etat-groupes industriels dont la similitude des offres et des coûts d'investissements faramineux ne permet absolument pas de parler de "lieu de rencontre optimal de l'offre et de la demande. Il faut être sacrément aveuglé par sa foi dans le "libéralisme" économique pour croire que le marché de la tulipe et des hélicoptères soient comparables. D'ailleurs pour se convaincre du contraire, il suffit simplement de regarder les acteurs en présence et comment ils se protègent. Je ne pense pas que les millions de Lobbying d'IBM sont dépensés pour convaincre la maison Blanche de la nécessité d'ouvrir le marché de fourniture des supercalculateurs américains aux Taïwanais, ou alors IBM est dirigé par des sado-masos. Surtout alors que le Pentagone augmente son budget annuel depuis 15 ans.
Le problème avec les libéraux c'est qu'ils pensent qu'un concurrent à l'A380 peut être fabriqué par des "petits génies" dans un garage de la Banlieue de Toulouse.
a écrit le 29/04/2012 à 10:05 :
peut-être par ce qu'il rempli mieux la specification? arretez de vous enfoncer dans le protectionisme et de vouloir vivre comme des fonctionnaires si vous aimez votre pays. ce sont des gens avec des idees pareilles qui font le declin de la france. l'allemagne a besoin d'un partenaire fort. alors faites un effort! mon dieu.
a écrit le 28/04/2012 à 14:45 :
Il ne fait de mystère dans la France d'en haut, à l'Élysée je pense, que les allemands aimerait bien bouffer EADS et Eurocopter pendant qu'ils y sont.

Plus grave, comment cette direction actuelle d'Eurocopter a t elle pu choisir pour son nouvel hélicoptère qui remplacera le Dauphin (création à succès française), un moteur US de chez Pratt&Wittney au lieu du français Turbomeca qui était pourtant bien placé?

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