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Comment Safran choisit et investit dans des pépites technologiques

Photo de Michel Cabirol

Michel Cabirol

Publié le 16 octobre 2019 à 04:00 - Mis à jour le 16 octobre 2019 à 07:20

Safran investit de l'ordre de 600 millions d'euros par an dans en recherche et technologie (R&T), dont 500 millions d'euros en autofinancement.

Safran investit de l'ordre de 600 millions d'euros par an dans en recherche et technologie (R&T), dont 500 millions d'euros en autofinancement.

Safran

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Doté de 80 millions d'euros, le fonds Safran Corporate Ventures est un complément à la politique d'innovation du groupe Safran. Il a déjà un très beau portefeuille de pépites technologiques.

Krono-Safe (ingénierie logicielle) en 2015 ; Diota (logiciels de réalité augmentée) en 2016 ; Safety Line (optimisation du carburant), Kalray (processeurs intelligents), Prodways (fabrication additive), CaiLabs (technologie optique), Turbotech (turbopropulseur bas coût) en 2017 ; Oxis Energy (batterie) en 2018 ; et, enfin, EP Systems (batterie) et un investissement encore confidentiel en 2019. Ce sont toutes les prises de participations dans des startup réalisées par Safran Corporate Ventures, le fonds de Safran créé en mars 2015 et présidé par Florent Illat depuis juin.

Avec quels objectifs pour Safran ? Doté de 80 millions d'euros (50 millions d'euros initialement), ce fonds "n'est pas un business financier mais le complément naturel de notre politique d'innovation dans un groupe technologique", a expliqué devant la presse le directeur financier de Safran, Bernard Delpit. Safran investit de l'ordre de 600 millions d'euros par an en recherche et technologie (R&T), dont 500 millions d'euros en autofinancement. En revanche, la question de la souveraineté des technologies convoitées par Safran Corporate Ventures ne fait pas partie des objectifs stratégiques prioritaires.

Investir dans la R&T

Très clairement, Safran Corporate Ventures n'investit que dans des sociétés qui amènent de nouvelles technologies pour le groupe dans cinq domaines : environnement, aviation connectée et autonome, nouveaux usages, expérience passager et industrie 4.0. "Safran ne pouvait pas être absent dans ce domaine-là", estime Bernard Delpit. Le principe de base de ce fonds, qui n'a pas d'objectif de retour sur investissement sur le court terme mais qui est rentable, est d'investir dans la R&T. "On regarde si on peut capturer des technologies uniques", confirme Florent Illat.

Toutefois, le fonds de Safran, qui ne souhaite pas étouffer les startup sélectionnées, participe à des tours de table à hauteur de montants compris entre un et cinq millions d'euros. Pas plus, car "la bonne hygiène est d'investir avec d'autres partenaires dans ce domaine", estime le directeur général de Safran Corporate Ventures. Soit des participations qui n'excèdent pas 15% du capital d'une startup. "Nous avons un double intérêt : un alignement sur le développement de la startup et sa réussite", souligne-t-il. C'est pour cela que Safran Corporate Ventures investit dans un premier, puis un second tour de table pour financer la R&T de la startup.

In fine, Safran souhaite récupérer, au pire, le montant de son investissement. Ce n'est pas encore le cas, y compris pour Krono-Safe, spécialisée dans l'ingénierie logicielle et des systèmes temps réel pour électronique, qui est le premier investissement du fonds en 2015. "On va continuer à les accompagner", assure Bernard Delpit. Si l'objectif est de faire respirer le portefeuille des sociétés, Safran "n'en est pas encore là, estime le directeur financier de Safran. Nous sommes encore dans une phase de maturité". Par conséquent, pas de cession en vue. Safran Corporate Ventures souhaite garder en moyenne cinq à six ans ses participations.

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600 startup analysées par an

Chaque année, la petite équipe "extrêmement agile" (sic) de Safran Corporate Ventures analyse 600 startup. Elle en rencontre 200, puis examine une centaine de projets d'investissement avec l'aide de l'ensemble du groupe Safran. Au final, une vingtaine de dossiers sont complètement "désossés" en vue d'un possible investissement. "Nous sommes très sélectifs et très exigeants, assure Bernard Delpit. Nous avons une enveloppe fermée". Une enveloppe qui a été toutefois augmentée récemment : le plafond du fonds est passé de 50 à 80 millions d'euros. Safran Corporate Ventures devrait atteindre son plafond d'ici 18 à 24 mois, selon Bernard Delpit. Il est d'ailleurs en train de finaliser un investissement encore confidentiel dans le domaine du véhicule autonome (LIDAR). Cela pourrait être la 

startup française Outsight.

La croissance du fonds va permettre à Safran d'augmenter ses prises de participations à l'international. D'où la nomination de Florent Illat en remplacement de Grégoire Aladjidi début juin. Le fonds a déjà pris deux participations dans deux sociétés spécialisées dans les batteries, la britannique Oxis Energy (batterie lithium-soufre) et l'américaine Electric Power Systems (batterie lithium-ion). En 2019, il a également investi dans le fonds allemand btov pour internationaliser son portefeuille de façon à repérer plus efficacement les pépites allemandes, autrichienne et suisses.

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Enfin, Safran étudie également un investissement dans un fonds américain. Outre l'internationalisation de son portefeuille, ces investissements dans des fonds étrangers pour un montant de 10 à 12 millions d'euros vont lui permettre d'accéder à un plus grand nombre de startup. "Cela va nous permettre d'augmenter le deal-flow (flux d'opportunités d'investissement, ndlr) et de passer de 600 à 800 dossiers supplémentaires grâce à ces fonds", estime Bernard Delpit. Et progressivement et prudemment, Safran prend goût à son nouveau métier.

Michel Cabirol

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