Spatial : la guerre des constellations en Europe

Le ministère de l’Économie affirme que « la deuxième génération de OneWeb représente une opportunité majeure pour la constellation européenne en termes de synergies, du développement à l'exploitation ». La Commission européenne est plus réservée.
Michel Cabirol
La constellation OneWeb au cœur d'une bataille européenne
La constellation OneWeb au cœur d'une bataille européenne (Crédits : OneWeb)

Il va y avoir de la friture sur la ligne entre Paris et Bruxelles... Entre le ministre de l'Économie Bruno Le Maire et le commissaire européen au marché intérieur Thierry Breton. Motif de la divergence : la constellation OneWeb. Si le commissaire européen ne semble pas très allant pour que OneWeb se substitue à son projet de constellation européenne quantique et post-quantique dont il rêve, le ministère de l'Économie et de la souveraineté industrielle et numérique lui y pense très sérieusement. « La deuxième génération de OneWeb représente une opportunité majeure pour la constellation européenne en termes de synergies, du développement à l'exploitation, estime Bercy dans une réponse envoyée au député LFI Aurélien Saintoul, qui l'interrogeait sur le dossier OneWeb. Grâce à ces synergies, les paramètres techniques et financiers de la constellation de l'UE pourraient être optimisés au profit à la fois des utilisateurs de l'UE et des contribuables ».

Un dossier très sensible

Le dossier est sensible. Très sensible même entre Eutelsat et le commissaire européen. Il a déjà fait l'objet de passes d'armes virulentes entre ces deux acteurs. Bruxelles, pour qui la constellation serait trop anglaise et verrouillée par une golden share de Londres, regarde le projet de rapprochement entre Eutelsat et OneWeb avec méfiance, avait  regretté la directrice générale d'Eutelsat Eva Berneke début septembre à l'occasion du lancement du satellite Eutelsat Konnect VHTS à Kourou. Le gouvernement français, qui soutient cette fusion, pourrait avoir un rôle pivot pour rapprocher le projet de Thierry Breton, qui a été jusqu'ici soutenu par Emmanuel Macron, à celui de la constellation OneWeb ou, à défaut, les faire coexister.

Eutelsat compte sur l'appui du gouvernement français pour convaincre Thierry Breton. L'opérateur de satellites européen semble l'avoir. « Le rapprochement entre Eutelsat et OneWeb arrive à un moment opportun. En effet, alors que la définition de la constellation européenne se précise, OneWeb lancera son programme de constellation en bande Ku de deuxième génération pour offrir encore plus de débit et une plus grande flexibilité grâce à des technologies innovantes », estime Bercy.

Eutelsat en embuscade

Début septembre, Eva Berneke avait sorti l'artillerie lourde pour promouvoir OneWeb. La directrice générale d'Eutelsat rappelait, que si l'Union européenne (UE) souhaitait se doter d'une constellation, « OneWeb est une très bonne opportunité » qu'elle pourrait offrir à l'UE avec en outre un complément de capacités avec le satellite géostationnaire Konnect VHTS pour des services plus basiques. « La Commission européenne devrait demander des services pour répondre à ses besoins plutôt que de vouloir à tout prix lancer du hardware dans l'espace parce qu'il pense cela règle une question de souveraineté », avait alors expliqué Eva Berneke. Soit la fameuse combinaison GEO (satellite géostationnaire) et LEO (constellation) qui est au cœur du projet d'Eutelsat.

« Nos équipes techniques estiment qu'il n'y a pas la place ni côté marché, ni côté technique (les fréquences). Il n'y aura pas plus que quatre ou cinq constellations maximum dans le monde. Si on en veut une, autant prendre OneWeb plutôt que de se mettre dans la file pour lancer autre chose », avait-elle précisé pour convaincre de la pertinence de sa constellation. La directrice générale d'Eutelsat avait estimé alors que la Commission n'aurait pas de fréquences et que son projet serait long à mettre en œuvre alors que OneWeb est déjà quant à lui au début de sa commercialisation depuis avril pour couvrir l'Alaska et des zones rurales au Canada. Enfin, elle s'interrogeait à voix haute pour savoir où Bruxelles allait trouver de l'argent pour financer cet investissement.

Contre-offensive de Thierry Breton

Des arguments qui sont balayés par la commission européenne, qui ne se fait pas de souci pour l'obtention des fréquences. Elle a également déjà fléché 2,4 milliards d'euros sur les 6 milliards évalués pour ce programme lancé en PPP (Partenariats public-privé). D'ailleurs, elle souhaite lancer des appels d'offres aux futurs concessionnaires en 2023. « Compte tenu de sa dimension stratégique, l'éligibilité (des candidats, ndlr) est définie par la Commission pour répondre aux besoins des États Membres, à l'image de celle de la constellation Galileo. Tous les acteurs européens qui satisfont ces critères d'éligibilité au titre de nos objectifs d'autonomie, de sécurité et de souveraineté pourront candidater. Ni plus ni moins », a expliqué Thierry Breton dans une interview accordée fin septembre à La Tribune.

Le commissaire européen n'a pas non plus hésité à contre-attaquer : « Il est également évident que les communications doivent être totalement garanties et résilientes face aux potentielles interférences par une puissance non européenne, voire une puissance ennemie. Et je rappelle que la Russie vis-à-vis de l'Europe ne se comporte pas, le moins qu'on puisse dire, en ami. Donc tout projet qui a été lié à la Russie est pour nous un sujet extrêmement sensible ». C'est le cas de OneWeb, dont 36 satellites sont confinés depuis le début de l'invasion russe en Ukraine sur la base spatiale russe de Baïkonour louée au Kazakhstan. Soit dans les mains des Russes. Au final, le commissaire européen était toutefois resté prudent en précisant dans son interview à La Tribune qu'« à ce stade, je n'ai absolument pas à me prononcer sur tel candidat ou tel autre candidat ». Les critères d'éligibilité seront donc à scruter très attentivement.

L'ancien Premier ministre estonien Andrus Ansip, aujourd'hui député au Parlement européen, a d'ailleurs envoyé en octobre un courrier public à Eva Berneke pour lui demander si l'ensemble de la constellation pouvait être compromis en raison des satellites restés à Baïkonour. Naturellement la directrice générale est restée prudente indiquant, selon un nouveau courrier d'Andrus Ansip, que la fusion entre Eutelsat et OneWeb n'était pas encore effective pour pouvoir répondre. Interrogé par la Tribune, l'opérateur de satellites Eutelsat a expliqué que « dans notre lettre de réponse adressée à Monsieur Andrus Ansip en date du 20 octobre dernier, nous avons fait valoir des points importants qui méritent d'être pris en considération. Comme évoqué dans notre courrier nous restons ouverts au dialogue et réitérons notre proposition d'échange constructif dans le cadre d'une rencontre bilatérale ».

Michel Cabirol

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Commentaires 3
à écrit le 04/11/2022 à 21:51
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Starlink va sûrement intégré twiter dans sa constellation et ainsi se dispenser des lois terrestres pour redonner la liberté d'expression à l'humanité : " la liberté spaciale " selon Musk ..Un nouvel eldorado pour les aventuriers en mal d'espoir.

à écrit le 04/11/2022 à 12:02
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Avec une assemblée de 89 députés racistes et xénophobes qui nous font reculer de plusieurs siècles, viser les étoiles semble illusoire tant que les racistes ne retourneront pas chez eux en Allemagne.

le 05/11/2022 à 0:14
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Respect, pour relier ces deux informations fallait oser....vous le fîtes....

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