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L’Europe dans la course au leadership spatial

Natasa Laporte

Publié le 28 juin 2017 à 08:46 - Mis à jour le 05 juillet 2017 à 08:04

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Armé désormais d'une stratégie politique pour le secteur, Bruxelles entend bien jouer dans la cour des grandes puissances de l'espace, tandis que la filière spatiale du continent affiche sa confiance en la capacité d'Ariane 6 à tenir le rang dans une compétition mondiale en pleine ébullition. C'est ce qui ressort de plusieurs débats qui se sont déroulés lors de la quatrième édition de Paris Air Forum.

Il a fallu attendre octobre 2016 pour que Bruxelles se dote d'une stratégie européenne spatiale, sous l'impulsion de la commissaire européenne Elzbieta Bienkowska.

«Le traité de Rome n'avait pas inscrit la politique spatiale comme une politique européenne »,a rappelé Tomasz Husak, chef de cabinet de la commissaire, le contexte historique lors d'un débat qui s'est déroulé dans le cadre de la quatrième édition de Paris Air Forum, organisé le 16 juin par La Tribune à la Maison de la Chimie à Paris.
«C'est seulement le traité de Lisbonne qui a reconnu cette politique comme une vraie compétence européenne. Grâce à cette compétence, Mme Bienkowska est arrivée l'année dernière avec une stratégie européenne pour l'espace, la première que l'Europe ait réellement ».

Une stratégie fondée sur plusieurs axes de développement. A commencer par la volonté de « créer un marché réel des données et donner aux compagnies l'opportunité de les utiliser », a noté Thomasz Husak. « Nous devons utiliser les programmes que la Commission a développés au cours des années, les programmes de grande classe mondiale qui sont Galileo et Copernicus ». Deuxième ambition, « répondre à tous ces grands défis qui sont aujourd'hui visibles, notamment aux Etats-Unis, par exemple les réutilisables ».

Autre direction dans laquelle regarde cette stratégie européenne : la défense. « On vient d'annoncer le fonds européen de la défense qui par la suite permettra aussi d'engager des fonds spécifiques pour le développement des capacités où l'espace est essentiel ». Sans oublier la volonté d'avoir une Europe autonome dans sa stratégie spatiale :

«C'est pour cela que nous avons très fortement soutenu Ariane 6 et Vega Ccar nous pensons que c'est ainsi que l'Europe peut poser un défi à tous les autres acteurs mondiaux», a résumé Tomasz Husak.

Deuxième puissance spatiale

Cette montée en puissance de la Commission a été saluée par Jean-Yves Le Gall, président du Centre national d'études spatiales (CNES). « Le document qui est sorti le 26 octobre est d'une grande qualité et donne une ligne stratégique claire sur ce que doit être la politique spatiale de l'Union ». Dans cette nouvelle articulation entre la Commission, l'Agence spatiale européenne (ESA) et les agences nationales, « la Commission n'a pas vocation à devenir l'équivalent de l'Agence spatiale européenne. Aujourd'hui, on travaille de façon assez harmonieuse avec une Commission qui mène un certain nombre de programmes », a-t-il estimé. « L'ESA mène des programmes de son côté, mais dans ce cadre stratégique défini ».

Pour le patron du CNES, « nous allons vers une politique spatiale européenne de plus en plus affermie, avec des budgets en augmentation et donc plus de programmes ». Et d'affirmer :

«Je crois qu'aujourd'hui l'Europe est vraiment le numéro deux au niveau spatial. C'est vrai pour la situation actuelle, mais c'est vrai aussi en termes de dynamique, en dépit des budgets qui sont sensiblement inférieurs à ceux des Américains».

Même son de cloche de la part de Jean-Loïc Galle, Président de Thales Aliena Space et président d'Eurospace. « Oui, l'Europe est la deuxième puissance spatiale », martèle-t-il. Chiffre parlant s'il en est, « sur le marché mondial compétitif, nous représentons 50 % des parts de marché. Cela montre la compétitivité de l'industrie spatiale européenne ». Et si elle est déjà une puissance mondiale, l'objectif selon lui est qu'elle le reste voire qu'elle monte encore en puissance, « même s'il faut reconnaître l'arrivée d'un acteur très important - la Chine - dans les années à venir dans le spatial. En tant que patron d'une société de satellites, je vois une révolution assez rapide ces deux dernières années de la présence sur les marchés commerciaux des Chinois sur les satellites de communication, mais aussi ceux d'observation ».

Ariane 6, modulaire et compétitive

Face à cette concurrence globale dans laquelle de plus en plus de nouveaux acteurs marchent vers la conquête des étoiles - des SpaceX, Blue Origin et autres entrepreneurs du Newspace jusqu'aux pays émergents - l'industrie européenne spatiale défend sa place. Après la fusée Ariane 5 qui enchaîne des lancements consécutifs réussis record (79), ce sera, à partir de 2020, à Ariane 6 d'être au rendez-vous de la compétition mondiale. A-t-elle ses chances ? Lors d'une table ronde dévolue à ce sujet, les intervenants ont affiché à l'unisson leur confiance.

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Pour l'ancienne ministre Geneviève Fioraso, qui avait mis en 2012 le projet sur orbite malgré des réticences rencontrées au départ, « Ariane 6, cela marchera, on arrivera à diminuer les coûts, à avoir un modèle économique compétitif si on a un engagement minimal des pays européens ». De fait, en pointant qu'outre-Atlantique SpaceX est « massivement » aidé par des fonds publics, la marraine d'Ariane 6 a estimé :

«Il y a un certain patriotisme européen qu'il faut revendiquer quand c'est un secteur de souveraineté, comme le font tous les pays du monde».

De son côté, Alain Charmeau, président d'ArianeGroup - la nouvelle dénomination sociale d'Airbus Safran Launchers qui consacre la réorganisation de la filière engagée depuis la décision du lancement du programme en décembre 2014 - observe : « En deux ans et demi, nous avons fait énormément de choses ». Résultat ? « Nous avons maintenant une Ariane 6 organisée, structurée, un projet qui répond aux attentes des clients ».

Optimisme également de la part de Stéphane Israël, Président-directeur général d'Arianespace.

«Ariane 6 apporte trois choses indiscutables par rapport à Ariane 5 ». D'abord, elle sera moins coûteuse. «Le coût d'Ariane 6 est 40 % moins cher sur un marché où la concurrence s'accroît et cela répond à la demande de nos clients d'avoir un produit moins cher». En outre, «étant modulaire, elle sera adaptée aux besoins européens de façon beaucoup plus naturelle qu'Ariane 5 ».Autre bonne nouvelle, «Ariane 6 est parfaitement adaptée aux constellations» grâce entre autres à son moteur Vinci réallumable. Et puis, il y aura sans doute des évolutions, puisque «Ariane 6 veut dire aussi innovation plus rapide et continue».

Reste à réussir, le 16 juillet 2020, son premier tir.

Ces nouveaux business de l'espace

Autre actualité européenne, « nous avons lancé un satellite, il y a environ deux semaines depuis Kourou, complètement électrique », a rappelé Nicolas Chamussy, Directeur général d'Airbus Space Systems. Autrement dit, plus de système traditionnel de propulsion chimique à bord. L'avantage ? Un satellite de cette taille, avec cette performance de charge utile, dans une configuration normale aurait pesé six tonnes. Ce qui offre deux possibilités : soit le satellite est beaucoup moins lourd, ce qui réduit le prix du lancement, soit on le remplit plus, explique-t-il.

Enfin, dans la nouvelle économie de l'espace, les frontières s'estompent, comme en témoigne un projet lancé il y a environ un an par le gouvernement luxembourgeois, baptisé SpaceResources.lu. Un pari osé qui vise à exploiter des ressources minières sur des astéroïdes. Jean-Jacques Dordain, membre de l'Advisory Board de SpaceResources.lu et ancien directeur de l'ESA, en est convaincu : il est « important d'essayer de briser la frontière qui existe entre le spatial et le monde terrestre ».

Natasa Laporte

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