L'OMC donne des cartouches à Trump pour surtaxer Airbus

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(Crédits : Regis Duvignau)
L'OMC a autorisé Washington, dans le conflit sur les aides à Airbus, à prendre des sanctions tarifaires record sur près de 7,5 milliards de dollars de biens et services de l'Union européenne, qui a immédiatement menacé de riposter en cas de nouveaux droits de douane américains.

Quinze ans après les plaintes mutuelles déposées à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) par les Etats-Unis et l'Union européenne sur les aides publiques au secteur aéronautique, le bras de fer entre Washington et Bruxelles entre dans le dur. Ce mercredi 2 octobre, l'OMC a autorisé les Etats-Unis à appliquer des droits de douane sur 7,5 milliards de dollars d'importations européennes par an. Il s'agit de la plus lourde sanction jamais imposée par l'OMC. Cette somme correspond à l'impact pour l'industrie américaine des aides reçues par Airbus pour ses programmes A380 et A350.

Cette décision doit être entérinée lors d'une réunion à l'OMC prévue le 28 octobre sauf si les Etats-Unis demandent une réunion extraordinaire dans les 10 jours. Le feu vert de l'OMC ne préjuge toutefois pas de la décision des Etats-Unis d'imposer ou non ces sanctions, en totalité ou en partie, sous la forme de surtaxes sur une vaste gamme de produits européens. La situation donne des sueurs froides alors que l'économie mondiale pâtit déjà de la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine.

Le montant pourrait être réduit

Si Washington décidait d'appliquer les taxes sur les produits européens, on estime du côté du Vieux Continent que ce montant devrait être fortement réduit.

« La finalité de l'OMC est que les acteurs concernés entrent en conformité. Avec l'arrêt du programme, l'A380 ne peut plus avoir un impact sur le marché et ne peut pas être concerné. Cet argument a prévalu dans le passé pour l'A300, l'A310 et l'A340 », explique un bon connaisseur du dossier pro-européen.

Selon lui, il ne resterait donc que le montant de l'impact de l'A350 sur le marché depuis 2012. L'OMC se prononcera sur ce point fin octobre-début novembre.

Des compagnies aériennes américaines montent au créneau

Quel que soit le calendrier et le montant de taxes à appliquer, Washington, s'il décide de passer à l'acte, devra définir les produits européens touchés par les droits de douane américains. Boeing pousse pour une application totale sur les avions d'Airbus et sur tous les produits aéronautiques européens importés aux Etats-Unis pour alimenter la chaîne d'assemblage d'Airbus de Mobile, en Alabama.

Une décision qui poussera les compagnies aériennes clientes d'Airbus à annuler ou repousser la réception de leurs avions. American Airlines, Hawaiian Airlines, Delta ou encore Jetblue sont déjà montées au créneau auprès de l'administration américaine pour demander la non-application de ces droits de douane.

Airbus aura toujours l'opportunité de recaser ces avions à des clients qui cherchent à recevoir leurs appareils plus tôt que prévu. Pour autant, l'exercice n'est pas aisé. Car, ces compagnies hériteront des spécificités de l'avion fixés par les compagnies américaines (configuration, choix des sièges...). D'une manière générale, ces reports perturberont la chaîne de production.

L'Europe appelle à négocier

L'application de taxes américaines entraînera une riposte de l'Union européenne. Une procédure identique à celle des Etats-Unis devrait donner le feu vert à Bruxelles pour imposer des droits de douanes sur des produits américains, notamment les avions de Boeing. Une telle riposte pourrait ainsi aboutir à une situation absurde où les compagnies américaines ne pourraient acheter que des Boeing et les transporteurs européens que des Airbus. A ce jeu, Boeing a plus à perdre. La valeur de ses livraisons à des compagnies européennes est supérieure à celle d'Airbus aux compagnies américaines en raison d'un nombre plus élevé d'avions long-courriers.

Côté européen, on cherche à convaincre les Etats-Unis de négocier une issue à l'amiable de ce conflit. "Une résolution à l'amiable est la meilleure solution, d'autant plus que l'Europe pourra imposer des sanctions aux Etats-Unis l'année prochaine dans un contentieux croisé", a déclaré Bruno Le Maire. "Nous souhaitons faire redescendre les tensions et éviter des sanctions tarifaires qui ne feront que nuire à nos deux économies, au moment où la Chine renforce son industrie aéronautique", a-t-il ajouté en assurant que d'éventuelles sanctions américaines appelleraient une réponse "ferme" de l'Union européenne.

Bruxelles pourrait même dégainer des mesures contre les produits américains bien avant le printemps, fait valoir un proche du dossier. C'est ce qu'a indiqué la Commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström, en précisant qu'en cas de nouveaux droits de douane américains, "l'UE n'aura pas d'autre option que de faire la même chose". Elle a toutefois réitéré sa "volonté de trouver un règlement équitable" avec les Etats-Unis.

Airbus a lui aussi a réitéré son appel à des discussions avec Washington.

"Si le représentant américain au Commerce choisit d'imposer des droits de douane sur l'importation d'aéronefs et/ou de composants d'aéronefs, cela créera de l'insécurité et perturbera non seulement le secteur aéronautique et spatial, mais également l'économie mondiale dans son ensemble. Une telle situation peut toutefois être évitée", écrit le groupe dans un communiqué.

"Airbus espère donc que les États-Unis et l'UE accepteront de trouver une solution négociée avant de causer de graves préjudices au secteur aéronautique ainsi qu'aux relations commerciales et à l'économie mondiale", a ajouté Guillaume Faury, le PDG d'Airbus.

Lire ici les dernières informations sur le sujet avec la décision des Etats-Unis de passer à l'acte

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a écrit le 03/10/2019 à 9:12 :
Le néolibéralisme européen est en train d'être lourdement puni.
Réponse de le 03/10/2019 à 14:16 :
C'est du moins votre espoir. Mais en quoi est-il vraiment puni? Parce qu'il y a une taxe? Vous devriez être heureux de voir des barrières tarifaires se créer puisque c'est votre vision politique.
a écrit le 03/10/2019 à 3:23 :
Washington doit faire à Airbus, une entreprise qui n'existe que par les aides massives de l'État, ce qu'il aurait dû faire depuis 50 ans: le mettre à genoux.
Réponse de le 03/10/2019 à 8:06 :
Boeing n'existe que par le lobbying des USA et des aides massives aussi.
Les deux appliquent les mêmes règles sauf que les états-unis verrouillent un max leur marché. Votre pensée montre votre américanisme . En bon patriote américain filez vite vivre au USA et prenait la nationalité américaine.
Mais peut-être préférez vous cracher dans la soupe mais restez vivre ici car l'herbe est plus verte...
Beaucoup critique leur pays mais ne prenne pas le risque d'aller au bout de leur pensée.
La dernière affaire Boeing-FAA montre bien que les US et Boeing n'ont rien à faire de la vie des gens pourvu que cela apporter une poignée de dollars...
Réponse de le 03/10/2019 à 9:30 :
" ..Boeing n'existe que par le lobbying des USA et des aides massives aussi." (@gepitau ) .......exact ! ça décrédibilise un peu votre commentaire Philippe .......
Réponse de le 03/10/2019 à 16:36 :
Regardez jusqu'où va le lobby de Boeing pour pousser l'administration Trump en sa faveur : taxer au maxi tte l'aéronautique européenne importée pour faire capoter les usines US d'Airbus.
La vrai différence entre ces 2 avionneurs, c'est pas les aides qu'ils ont reçu l'un et l'autre mais ce qu'ils en ont fait : avec la trajedie du Max, on a appris que B versait de copieux dividendes à ses actionnaires tt en négligeant l'adaptation du Max : soit une logique purement financière au détriment de la sécurité. Qt à Airbus, il a davantage priorise la stratégie en taillant des croupières à son rival ds le moyen courrier avec le 320Neo et bientôt avec le 321XLR ds le long courrier.
Privilégier le court terme c'est fatal ds des organisations où le tps des produits est long.
Et sur ça, les choix politiques n'y peuvent rien.
a écrit le 02/10/2019 à 22:34 :
Le fond de l'histoire finit toujours se savoir. Les américains se sont donné les moyens d'essayer d'acquérir une forme de monopole commercial. Les européens, traditions obligent, subventionnent directement certaines de leurs grosses entreprises entreprises stratégiques. Les américains ont une méthode beaucoup plus "maligne". Leurs subventions sont indirectes, elles sont intégrées dans leur système économico-politique. C'est ce système qu'ils veulent imposer. "Simplement", ils oublient de dire qu'imposer ce système, c'est imposer LEURS productions.
Voila un thème pour une enquête fouillée que pourraient réaliser les médias français.
a écrit le 02/10/2019 à 20:46 :
Il fallait bien que ça arrive...il faut sauver le soldat Boeing qui est dans la "m....e" avec son 737 Max et que ça lui coûte...un Max !

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