Mobilisation de l'industrie de défense et de l'État français pour faire évoluer les projets de taxonomie et d'écolabel conduits par un groupe technique au sein de la Commission européenne en y incluant cette filière. Deux armes de destruction massive contre l'industrie d'armement européenne. D'autant que l'industrie de défense fait déjà l'objet d'une certaine frilosité de la part des banques, qui financent de plus en plus difficilement les ETI, PME et startups de la filière. "On se convainc que ce sujet doit être traité en priorité. On se convainc de nos bons arguments en expliquant qu'un investissement de défense est un investissement responsable", a souligné Antoine Bouvier, directeur de la stratégie, des fusions-acquisitions et des affaires publiques chez Airbus, lors du Paris Air Forum, organisé par La Tribune.
Des dossiers jusqu'ici très rarement évoqués en public par la filière de la défense, qui préférait œuvrer en coulisse. Ce qui n'est plus forcément la meilleure des stratégies pour gagner une bataille médiatique enclenchée par les ONG, qui n'hésitent pas à mettre une pression maximale sur les banques et les politiques, pour exclure des industries, dont celle de la défense, des financements durables. Une industrie pourtant cruciale pour la souveraineté de l'Europe et de la France. Mais le rouleau compresseur des ONG est en train d'atteindre un de ses objectifs, celui de détruire cette industrie en Europe, en utilisant à dessein l'arme du financement durable. "C'est en train de se jouer en ce moment" à la Commission européenne, a fait valoir le président du comité défense au sein du Conseil des Industries de Défense Françaises (CIDEF), Eric Béranger.
Une fois n'est pas coutume plusieurs hauts responsables de cette filière ont décidé de porter ce dossier sur la place publique lors du Paris Air Forum. Ainsi, Eric Béranger, par ailleurs PDG du missilier européen MBDA, a pris ses responsabilités en avertissant que "ce qui va sortir du projet de taxonomie de la Commission européenne va être extrêmement important : si les activités de défense sont qualifiées de non durables et, donc, d'une certaine façon non propice à des investissements financiers, ce sera une prescription très, très importante à destination de tous les investisseurs". Clairement, les banques et les fonds d'investissement pourraient se détourner le plus légitimement du monde des entreprises de défense en Europe.