Réforme de la DGA : les trois objectifs prioritaires de Florence Parly

 |   |  1245  mots
Je le dis calmement mais clairement : notre pays ne paiera pas seul pour des systèmes d'armes qui bénéficieront à d'autres, a expliqué Florence Parly
"Je le dis calmement mais clairement : notre pays ne paiera pas seul pour des systèmes d'armes qui bénéficieront à d'autres", a expliqué Florence Parly (Crédits : POOL New)
La ministre des Armées a annoncé jeudi un plan de transformation de la Direction générale de l'armement (DGA) afin de la rendre plus efficace et plus innovante, avec une simplification des procédures d'acquisition et une redéfinition de ses liens avec l'industrie.

Ni un pétard mouillé, ni une réforme. Plutôt une transformation d'usage. La Direction générale de l'armement (DGA), qui va droit dans ses bottes sur ses 60 ans (1961), avait besoin d'un "lifting" pour accompagner à la fois les mutations technologiques et les axes stratégiques d'une nouvelle équipe installée à l'hôtel de Brienne. Les quatre orientations poussées par la ministre des Armées, Florence Parly, semblent frappées au coin du bon sens même s'il faudra bien analyser le bilan de l'Agence de l'innovation, qui a été voulue par la ministre.

Est-ce suffisant pour relancer la DGA, qui doit être forte, et ses 9.600 personnels, dont 56% d'ingénieurs ? A voir. Car il faudra trouver un moyen de garder leurs compétences au sein de la DGA. Et donc de les payer au juste prix. "Partout, où il y a besoin de compétences techniques, j'ai besoin de vous", a reconnu jeudi Florence Parly dans son discours sur la transformation de la DGA.

1/ Travailler en équipe

Gagner en efficacité et en réactivité est le principal objectif à atteindre pour la DGA et son délégué général pour l'armement, le discret Joël Barre. Car Florence Parly a constaté lors de son discours jeudi à Balard sur la transformation de la DGA, que le ministère fonctionnait "trop souvent en silo" "Les programmes pourraient se parler davantage, et les dialogues entre l'état-major et la DGA devraient être plus directs et pragmatiques", a-t-elle souhaité. Clairement, la DGA et ses partenaires du ministère des Armées ne travaillent pas assez de façon intriquée.

La coopération entre la DGA, l'Etat-Major des armées (EMA) ainsi que les états-majors Terre, Mer et Air va être renforcée afin de mieux préparer les choix des équipements et  leurs spécifications pour qu'elles soient "au juste besoin", rappelle-t-on dans l'entourage de la ministre. "Nous ne voulons plus de sur-spécification et de délais non justifiés", précise-t-on. Dès cet été, les équipes de service de préparation des systèmes futurs et d'architecture de la DGA et la division cohérence capacitaire de l'EMA travailleront donc en mode "plateau projet". Dotées progressivement de moyens numériques, ces équipes seront regroupées à Balard dans les mêmes locaux dès et automne "pour développer au quotidien l'axe capacitaire, de manière progressive sur l'ensemble du spectre des activités", a expliqué le ministère des Armées. Les projets pilotes de cette démarche seront le SCAF (système de combat aérien du futur), qui devra intégrer également les opportunités de la coopération avec l'Allemagne et d'autres pays européens, et la surveillance maritime.

Enfin, les décisions d'équipement structurantes seront désormais proposées à la ministre "à l'échelle d'une capacité et non plus isolément programme par programme". Elles seront préparées conjointement par la DGA et l'EMA. Le rôle du comité ministériel d'investissement sera donc renforcé. "Je ne débourse pas des centaines de millions d'euros sans qu'on me présente un dossier. La souplesse est notre arme, la rigueur sera notre force", a expliqué Florence Parly.

2/ Travailler plus vite

La ministre a souhaité que le cycle d'acquisition soit simplifié. Il va passer "de six phases à trois phases au long du cycle de vie des équipements", pour favoriser l'accélération des processus, tout en continuant à maîtriser les coûts, délais et performances. "Nous allons simplifier les procédures d'acquisition d'armement, donner plus de souplesse, plus de capacité à intégrer l'innovation, en cherchant de nouveaux véhicules juridiques, de nouvelles modalités de financement et en revoyant la fameuse instruction 15-16 (phases d'acquisition réduit, ndlr)", a détaillé Florence Parly. Enfin, la "recherche systématique" de coopérations, en particulier au niveau européen et la prise en compte de l'exportation et de la souveraineté du matériel en sont également des principes majeurs. En matière de coopération, 19 programmes seront menés en coopération pendant la prochaine LPM, dont dix programmes nouveaux.

"Il faut créer ce que j'appelle une grammaire des équipements européens : des équipements capables de communiquer et d'agir de concert", a souligné Florence Parly.

La formalisation du besoin doit être élaborée conjointement avec la spécification technique du produit à développer, de manière à combiner les aspects techniques, industriels, financiers et calendaires. "Cela permettra de réduire les délais et facilitera le processus de qualification et de mise en service des matériels sur la base de dispositions partagées et d'un programme commun d'essais et d'expérimentations", a précisé le ministère. Par exemple, l'Hôtel de Brienne souhaite simplifier le processus de qualification des équipements (essais constructeurs, recette du matériel par la DGA et enfin qualification par les armées).

3/ Équilibrer les relations entre le ministère et les industriels

"Cette transformation de la DGA doit être l'occasion de redéfinir notre lien avec eux. Car la DGA n'est ni un service d'intendance ni cette vieille grand-mère qui distribuerait des chèques en blanc. Nos relations avec les industriels ne doivent obéir qu'à un mot d'ordre : l'équilibre", a affirmé la ministre. Les relations entre l'industrie et le ministère seront donc repensées "pour mieux responsabiliser les industriels, mieux partager les risques, obtenir le retour sur investissement de notre soutien aux exportations d'armement", a expliqué l'Hôtel de Brienne. Florence Parly souhaite donc "une mise sous tension des industriels de l'armement", qui seront mieux contrôlés.

Comment ? Pour les inciter à respecter les délais, les matériels seront payés pour une large part à la livraison, à l'image de ce qui se passe dans l'aéronautique civile. Ce qui maintiendra sous tension les entreprises jusqu'au dernier moment, espère le ministère. Pour garantir le juste prix des opérations d'armement, le contrôle des coûts par l'Etat sera également renforcé, y compris avant qu'un marché ne soit notifié. Car le ministère, qui achète un certain nombre d'équipements très sensibles et souverains auprès d'un seul fournisseur (sous-marins, avions de combat par exemple), souhaite desserrer l'étau quand il se retrouve en tête à tête avec les industriels concernés. "Les capacités de négociation sont de fait plus limitées lorsque l'industriel est sûr que la commande lui échoira quoi qu'il arrive !", explique-t-on dans l'entourage de la ministre. L'idée est d'envoyer des enquêteurs de la DGA dans les entreprises pour vérifier la véracité des devis et des coûts pratiqués et in fiine garantir que le prix payé par l'Etat est le juste prix.

Enfin, les perspectives d'exportation seront mieux prises en compte. Aujourd'hui, lorsque la France achète un matériel, elle en paye le développement indépendamment du fait que le matériel soit ensuite vendu à des pays tiers. Demain, le ministère souhaite que les ventes export bénéficient à l'Etat, par exemple en diminuant le coût unitaire des équipements. Premier exemple de cette nouvelle disposition, le futur missile air-air MICA NG de MBDA, qui sera lancé au mois de juillet. Et la ministre d'avertir, "Je le dis calmement mais clairement : notre pays ne paiera pas seul pour des systèmes d'armes qui bénéficieront à d'autres". Cela promet de sérieuses empoignades entre la DGA et les industriels...

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 09/07/2018 à 6:43 :
Lorsque que l'on vois le scandale du systeme félin de l'infanterie (4000 euros l'équipement d'un fantassin ) qui ne fonctionne pas ....l'on peux se posser la question de l'action de la DGA , dès relations avec l'industriel , des dessous de table....
Il y a quant même quelque probleme dàns çette institution.....
a écrit le 08/07/2018 à 7:46 :
Si la restructuration est du niveau du programme "Louvois" la DGA devrait commencer à se faire des cheveux.
Réponse de le 11/07/2018 à 14:19 :
N'importe quoi, louvois ne devais pas sortir sous cette version, les pb étaient connus, mais l'état major du sga était forcé à faire des économies, ils ont trouvés qu'en automatisant et en épargnant du personnel dans la gestion admnistrative, qu'ils pouvaient préservés le cadre des forces en sortant Louvois, ce qui quand j'ai fait mon stage en 2001, j'avais moi aussi remarqué le gaspillage titanesque des budgets admnistratif, surbudgetisé de 60% en moyenne.

Ce qui a été fait, le maintient du cadre des armées à put tenir plus ou moins comme prévus précédemment, surtout le budget de soutien en opex.

Le pb, c'est que les agents (embauchés pour réduire le chomage de manière artificielle dans certaines régions), n'avait pas déjà les compétences (connaissances pro) pour faire leur travail en suivant la manière ancienne (voir les nombreux rapport parlementaire sur l'incompétence des gestionnaires de base), les pb de la nouvelles techno, n'ont pu être comblés comme espéré, l'appel à des prestataires externes, n'a pas pu aider, car ceux-ci prenaient les mauvaises habitudes de travail des précédents (indiqué dans lesdits rapports), à cause desquels ils n'est par préférence aujourd'hui plus fait qu'appel à des militaires (plus motivé).

En attendant, on a repérés par les informations rapportés au sénat, par l'inspecteur générale des armées en charge de cette question, que certaines "armes" versait des salaires fictifs, ne répondaient pas à la règlementation déjà avant Louvois, certains médecins se seraient même plaint de ne plus recevoir leur primes opex mensuelles, alors qu'ils servent qu'en ville en france à longueur d'années.

Vous devez automatiser en urgence, avec une techno qui ne devait pas sortir sous cette version, étant encore en phase alpha, trop tôt, dans l'indifférence collective générale de la baisse du budget, manœuvrer l'automatisation avec des milliers de personnes qui n'ont aucune idée de leur travail car elles n'ont pas la formations de base en rh, compta,... devant en plus travaillées en le sachant, qu'elles seront licenciées, dans un environnement où déjà, il y'avaient des pb graves,.. évidemment qu'il allait y avoir des pb.
a écrit le 07/07/2018 à 19:20 :
"Je le dis calmement mais clairement : notre pays ne paiera pas seul pour des systèmes d'armes qui bénéficieront à d'autres"
Exemple, le vab 4X4, et le vab export en 6X6.
a écrit le 07/07/2018 à 10:11 :
Apparemment la DGA paie pas assez.
Comme de nombreux ministères.
L'Etat semble avoir décroché en la matière.
a écrit le 06/07/2018 à 17:09 :
Bon on va tout simplifier et commencer par vous envoyer nos enquêteurs in situ et si vous vendez des matériels à d'autres il faut nous verser des royalties. Et pour un programme comme le Tigre on continuera à ne pas indemniser.
a écrit le 06/07/2018 à 9:23 :
De bonnes idées qui vont parfois se heurter à des réalités de terrain ou juridiques.
1) travailler ensemble : un point faible qui peut s'améliorer avec des séminaires internes thématiques (techniques ou autres) et l'intégration du RETEX OPS sur les systèmes et des programmes. Facile à mettre en place mais difficile de dégager du temps pour les personnes concernées
2) une partie du problème vient du processus d'acquisition mais une autre partie vient des lettres au père noël que sont les FCM. La sur-spécification vient grandement des objectifs fixés souvent à long terme alors qu'une approche à plus court terme avec un renouvellement plus rapide simplifierait les choses. Le code des marchés publics est aussi une contrainte à intégrer dans les réformes.
3) on peut toujours rêver ! Une autre approche consisterait aussi à ouvrir le jeu et à ne pas systématiquement confier tous les programmes au trio Thalès/DCN/Dassault, Airbus et Safran. Pour l'export, on verra si les FMS à la française aideront à mieux financer la R&D en amont en intégrant éventuellement des partenaires très tôt dans le cycle de vie pour les associer à la prise de risque.
Réponse de le 07/07/2018 à 14:30 :
IL faudrait aussi autre chose que des X corps de l'armement , frappés de consanguinité avec leurs anciens pantouflant dans le privé .

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :