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Entreprises & FinanceAéronautique & Défense

Surveillance des frontières: Thales a-t-il trouvé l'arme fatale avec le StratoBus?

Photo de Michel Cabirol

Michel Cabirol

Publié le 28 janvier 2016 à 11:35 - Mis à jour le 28 janvier 2016 à 13:59

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Ce dirigeable stratosphérique stationnaire intéresse déjà beaucoup de pays. Pourquoi? C'est un produit d'observation low cost, qui remplace en partie certaines missions des satellites espions.

Le StratoBus, un dirigeable stratosphérique stationnaire, sera-t-elle la prochaine arme fatale de Thales Alenia Space (TAS) ? Pas impossible tant il suscite pas mal d'intérêt à l'export, notamment dans les pays du Moyen Orient, dont l'Arabie Saoudite et les Émirats arabes Unis (EAU). C'est également le cas en Afrique, le Nigeria semble intéressé, et en Europe, la Bulgarie suit de près le développement du StratoBus. Enfin, la commission européenne pourrait investir dans cet équipement pour surveiller les frontières de l'Europe. Bref, l'engouement est déjà présent.

Sauf que le StratoBus n'est pas encore prêt. Il devrait être mis en service à l'horizon 2020. C'est loin, trop loin pour des pays en guerre comme au Moyen-Orient qui ont des besoins très immédiats. "Nous attendons le cofinancement du commissariat général à l'investissement (CGI) dans le cadre des dix projets d'avenir au cours du premier trimestre à hauteur de 20 millions d'euros pour l'ensemble des partenaires", avait expliqué début janvier dans une interview accordée à La Tribune le PDG de TAS, Jean-Loïc Galle. Selon nos informations, le coût de développement serait estimé entre 100 et 150 millions d'euros. Pour des raisons de modèle économique, TAS, qui a actuellement une équipe en place travaillant sur des financements propres, ne veut pas autofinancer le StratoBus, explique-t-on à La Tribune.

"Nous avons un business plan, qui est basé sur la livraison de sept Stratobus par an dans une première phase. Cela rentabilise le coût de développement", avait expliqué à La Tribune Jean-Loïc Galle.

Pourquoi un tel engouement?

Si le StratoBus était déjà sur le marché, il pourrait se vendre comme des "petits pains", estime-t-on. Pourquoi? Son prix est très, très attractif et une fois développé il est disponible très rapidement. Il s'élèverait entre 20 et 25 millions d'euros. Ce qui intéresse tous les pays qui ne peuvent pas s'offrir des satellites espions à plus de 150 millions d'euros. Des pays limitrophes à la zone Syrie, Irak comme le Liban et la Jordanie, pourraient effectivement acheter du StratoBus, le produit d'observation low cost par excellence, pour surveiller leurs frontières à moindre coût. C'est vrai aussi pour les pays du Sahel dans la zone libyenne.

Le StratoBus est un dirigeable d'observation d'une zone de 200 km, qui peut notamment servir à la surveillance d'une partie d'une frontière d'un pays, voire légèrement à l'extérieur. Mais d'une façon générale, le marché classique des satellites n'est pas mort pour autant. Bien au contraire, "le dirigeable stratosphérique, parce que sa portée est régionale, est un parfait complément du satellite", avait expliqué en mai 2014 à La Tribune, le patron du programme StratoBus Jean-Philippe Chessel chez Thales Alenia Space.

Le pari du stratosphérique

Fort de ses études de préfaisabilité, TAS se dit prêt à relever le défi du dirigeable stratosphérique stationnaire. Initialement, le groupe spatial prévoyait de développer un démonstrateur dans trois ans, puis deux ans plus tard de commercialiser un dirigeable avec des technologies qui arrivent aujourd'hui à maturité. "C'est le time-to-market à tenir", avait estimé Jean-Philippe Chessel, qui prévoit déjà une nouvelle génération de dirigeables plus performants à un horizon de 15 ans.

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Un "marché qui existe". Il l'estime à 1 milliard de dollars, partagé entre un tiers pour le marché institutionnel et deux tiers pour le marché commercial. La Direction générale de l'armement (DGA), qui se montre intéressée par ce projet dont elle a suivi l'étude de faisabilité, selon TAS, pourrait apporter son écot. "Le premier fabricant aura un avantage vis-à-vis de ce marché", avait estimé Jean-Philippe Chessel.

Cinq ans de durée de vie

Pour être attractif, TAS vise certaines performances incontournables. Les premiers StratoBus emporteront une charge utile de 200 kg (soit une charge utile d'un satellite de la gamme Globalstar) et seront à l'abri des Jet Stream. Soit à une altitude comprise entre 18 et 25 km. Ce qui lui permettra de balayer par tous les temps avec un petit radar une zone de 500 km à une altitude 20 km (contre une vision continentale pour les satellites) et de lutter contre des vents moins forts. Le StratoBus devra également être repositionnable pour pouvoir revendiquer une autonomie à poste de douze mois sur douze et 24h sur 24. Mais, selon la force des vents, la première génération des StratoBus ne pourrait assurer des missions que de huit mois sous les latitudes françaises, mais en revanche pourrait atteindre des durées de mission de 12 mois autour de l'équateur.

Le StratoBus devrait avoir une durée de vie de cinq ans sans interruption de mission. Tous les ans, il devra être redescendu (trois heures, contre quatre heures de montée) pour "une à deux semaines de maintenance pour vérifier l'état de l'enveloppe et des équipements", expliquait alors Jean-Philippe Chessel. Et selon les études de marché de TAS, le StratoBus sera trois à quatre fois moins cher en termes de coût de possession par rapport à un drone MALE (Moyenne altitude et longue endurance) ou HALE (haute altitude, longue endurance).

Des verrous technologiques à faire sauter

Pour arriver à développer ce type de dirigeable, Thales devra faire sauter des verrous technologiques. Notamment trouver une solution pour lutter contre les vents en haute altitude. La première génération de dirigeables de TAS sera capable, selon le patron de StratoBus, de lutter contre des vents d'au moins de 90 km/h grâce à une double motorisation électrique. Il devra abandonner la position au-delà. La deuxième génération devrait quant à elle pouvoir lutter contre des vents de 130 km/h, qui sont assez fréquents dans la stratosphère quand on s'éloigne de l'Équateur.

Mais les défis technologiques sont liés essentiellement à la gestion de son énergie pour des missions de longue durée dans un environnement (vent et thermique) sévère. Il faudra que TAS et ses concurrents développent d'une part une pile à combustible réversible qui permettra de stocker l'énergie solaire le jour pour produire de l'électricité la nuit. C'est l'une des missions du CEA-Liten, à Grenoble, de développer cette fameuse pile à combustible réversible ultra-légère pour StratoBus.

Et TAS devra mettre au point d'autre part une enveloppe transparente en fibres de carbone qui permettra de placer une surface réduite de cellules photovoltaïques vers l'intérieur du ballon au lieu d'en couvrir toute l'enveloppe comme dans les projets japonais et américains. C'est l'un des défis de Zodiac Marine, qui depuis 1966 fabrique à Ayguesvives (proche de Toulouse en Haute-Garonne) des ballons sondes pour le CNES. Que ce soit dans les petits ballons sphériques survolant les océans à basse altitude aux ballons BSO de type Z, capables d'atteindre la haute stratosphère, la société a acquis une solide réputation auprès de la communauté scientifique internationale. Mais TAS a déjà déposé un brevet pour un système d'amplification de l'énergie solaire.

Les atouts des dirigeables stratosphériques

La permanence sur zone est un des enjeux majeurs de certaines missions de surveillance et d'observation. C'est donc l'un des atouts des dirigeables stratosphériques qui peut assurer cette permanence. Le StratoBus, tout comme les projets concurrents, pourront assurer sur une longue période des missions de surveillance de sites, de personnes, de piraterie, de frontières, des pays (comme par exemple au Mali), estimait Jean-Philippe Chessel. Pour exemple il suffirait selon lui de trois ballons pour surveiller la frontière entre les États-Unis et le Mexique. Sans compter également des missions saisonnières de surveillance des plages, des forêts...

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Outre les missions de surveillance et d'observation, le Stratobus peut également remplir des fonctions de relais de télécoms et d'internet. Il permettra de renforcer le réseau GSM au cours d'événements de grande ampleur ou l'amélioration du système GPS sur les zones de trafic intense. Par exemple, le projet Loon de Google vise à développer l'accès à l'Internet dans les zones les plus reculées de la planète. Chaque ballon, de quinze mètres de diamètre, flotte à une vingtaine de kilomètres d'altitude et permet une connexion sur 40 kilomètres autour de lui, avec des débits équivalents à de la 3G, selon Google. Une première expérience a été tentée en Nouvelle-Zélande en juin 2013.

Michel Cabirol

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