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Acheter du vin aux enchères ?

Jérôme Stern

Publié le 01 août 2011 à 10:30 - Mis à jour le 01 août 2011 à 10:54

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Il y a les vignerons, les cavistes, les grandes surfaces, les foires dédiées et les salles des ventes : le vin peut s'acheter partout. Quelques professionnels et nombre d'amateurs optent pour les enchères. A condition d'être particulièrement vigilant. Question de liquidités.

Chaque semaine, tout au long de l'année un peu partout dans l'hexagone, les commissaires-priseurs mettent à l'encan un nombre incalculable de bouteilles de vins. Il s'agit souvent de crus, plus ou moins grands, en provenance de caves de particuliers décédés, de restaurants en faillite, d'entrepôts se débarrassant de stocks trop nombreux. Si certaines vacations dites de prestige concernent des vins de grande qualité, dont on connaît l'origine, la majorité présente des vins de toute provenance dont souvent la méthode de conservation reste inconnue. Un élément pourtant essentiel.

Aussi, si l'on veut faire une bonne affaire - ce qui est possible - mieux vaut connaître quelques éléments de base et toujours se rendre sur place avant la mise aux enchères, et, le cas échéant, s'informer auprès de l'expert ou du vendeur. Premier conseil : noter l'état du flacon : il faut vérifier que la capsule soit d'origine, estampée du domaine et qu'elle ne présente ni gouttelettes de transpiration ni traces de coulure, signes que le bouchon se serait rétracté. Ensuite, il faut scruter le niveau du liquide: pour un millésime de ces quinze dernières années, celui-ci doit correspondre à celui du goulot. Un niveau plus bas signifie que le vin a souffert de la chaleur et/ou de la sécheresse et qu'il n'a pas vieilli dans les meilleures conditions.

Pour une bouteille plus ancienne, les spécialistes tolèrent un niveau un peu moindre car, au fil du temps, le liège devient poreux permettant une éventuelle évaporation.  Soit un niveau très légèrement plus bas pour les années 1980/90, à "haute épaule" pour les années 1970, à "mi-épaule" pour les années 1960. Au-dessous de cette limite, le vin perd la moitié de sa valeur et souvent la totalité de son nectar. A signaler que les oenologues utilisent un décimètre pour certains crus, par exemple pour un Bourgogne, le niveau est calculé par rapport au bas de la capsule: 2 cm de marge pour les 20 dernières années, 3 cm pour les années 1980 et ils estiment rédhibitoire tout ce qui est en dessous de 6 cm.

Il y a ensuite l'aspect de l'étiquette: plus celle-ci est piquée, plus on peut penser que les conditions de conservation l'ont été en cave humide. Une bonne chose à condition que l'étiquette ne soit pas trop abîmée, voire déchirée, parfois signe de tromperie. Et puis, bien vérifier l'état de la capsule: si celle-ci est bombée, c'est la preuve d'un mauvais vieillissement. Enfin, le prix d'estimation doit correspondre aux cotes que l'on peut retrouver dans les guides et sur quelques sites. Attention: ce n'est pas parce qu'un vin est très ancien qu'il est plus cher. Chaque breuvage connaît une apogée (variable suivant le cru, l'année, le récoltant,...) et son prix évolue en suivant une courbe de valorisation: une fois le sommet de celle-ci atteint, le vin perd rapidement de sa valeur. Mais comme il y a des collectionneurs d'années (de naissance par exemple), les prix peuvent rester élevés. Il s'agit alors de garder le breuvage, pas de le déguster.

Le marché est divisé en trois grands secteurs. D'abord les ventes concernant les vins courants, généralement en province proche d'un vignoble, à la suite d'une fermeture de restaurant ou d'une cessation d'activité d'un vigneron. Puis les vacations généralistes, où se retrouvent plusieurs milliers de bouteilles de toute origine, très souvent en caisses ou adjugées en lot. Enfin, les ventes de prestige, plus rares, plus spectaculaires comme celle récemment organisée par le sommelier de la Tour d'Argent (qui achète chaque année pour près d'un million d'euros de vins) qui a mis chez Piasa 18.000 bouteilles aux enchères (ne représentant que 4 % de la cave) dont un tiers de Bourgognes.

Actuellement, avec la hausse prohibitive des primeurs à propriété, le vin est devenu un objet de folles spéculations : aux Etats unis et en Asie notamment, la demande est telle que certains grands crus restent dans les coffres-forts ... avant de réapparaître en salle des ventes. Les adjudications des crus les
plus recherchés battent en effet record sur record: 37.000 euros pour une caisse de 12 bouteilles de Château Pétrus 1982, 12.600 euros pour une caisse de 12 bouteilles de Château Yquem 1967, 12.000 euros pour une caisse de Romanée Conti 1989 ou 80.000 euros deux flacons de Dom Pérignon rosé 1959.

Ainsi à Cannes, où nombre de fortunés passent leurs saison estivale, le 14 août, la SVV Besch propose une vente dédiée à ces grands crus : qui risquent fort de pârtir en Russie ou en Chine. On trouve, notamment, nombre de Petrus (12 bouteilles de 1983 pour 7.000 euros), un magnum Haut-Brion 1945, estimé 50.000 euros ou des Romanée-Conti (assortiment 1978 pour 20. 000 euros). D'autres ventes plus modestes ont lieu dans la même semaine à Royan ou à Cherbourg. En attendant celles de la rentrée, certaines succédant souvent aux nombreuses foires au vin, écoulant alors les invendus ... A acheter avec modération.

Le 10 août, Hôtel des ventes de Royan : www.interencheres.com
Le 14 août, Hôtel Martinez, Cannes, www.cannesauction.com
Le 15 août, Hôtel des ventes de Cherbourg, www.interencheres.com

Jérôme Stern

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