Crise du lait : les négociations s'enlisent

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Les manifestations devant le siège du groupe laitier Lactalis à Laval se poursuivent en réponse à l'échec des négociations sur le prix du lait.
Les manifestations devant le siège du groupe laitier Lactalis à Laval se poursuivent en réponse à l'échec des négociations sur le prix du lait. (Crédits : Reuters)
Les négociations hier à Paris entre les producteurs laitiers et l'industriel français Lactalis ont échoué après plusieurs heures de discussions. Un échec qui reflète l'exaspération des producteurs. Le symptôme, aussi, d'une crise profonde du secteur laitier en France.

On imaginait une ambiance plutôt tendue hier au premier étage du 42 rue de Châteaudun, à Paris. Malgré la canicule parisienne et l'accueil chaleureux au rez-de-chaussé de la Maison du lait, c'est la froideur de l'atmosphère qui marquait les esprits au premier abord. C'est en effet dans cet immeuble chic du IXème arrondissement que se tenaient les négociations entre Lactalis, le géant industriel français, et les producteurs laitiers pour tenter de sortir de la crise qui les oppose depuis plusieurs jours.

Jusque tard dans la nuit, trois médiateurs, six représentants des organisations de producteurs Lactalis et trois représentants du groupe industriel français se sont réunis pour trouver un accord sur un nouveau prix d'achat du litre de lait. Des négociations cruciales pour les producteurs laitiers qui doivent aujourd'hui faire avec les 257 euros par tonne de lait que leur paie Lactalis, quand les coûts de production exigeraient plutôt un prix de 350 euros par tonne.

L'échec des négociations malgré plusieurs propositions

Pendant plus de onze heures les différentes parties ont donc négocié sous la médiation notamment de Francis Armand, alors que le siège du groupe Lactalis à Laval était toujours bloqué par plus de 1000 manifestants venus protester avec leurs tracteurs. Avant les pourparlers les producteurs laitiers avait annoncé la couleur en réclamant "une visibilité jusqu'à la fin de l'année et un engagement écrit sur une nouvelle méthode de fixation du prix du lait", selon les dires de Florent Renaudier, producteur de lait en Mayenne et membre du conseil d'administration de la FNPL, la branche laitière de la FNSEA.

Mis sous pression, le groupe Lactalis a d'abord proposé d'augmenter de 15 euros le prix de la tonne de lait. Face au refus des producteurs, le médiateur des relations commerciales agricoles Francis Armand a fait une "proposition de la dernière chance à 280 euros les mille litres" pour les cinq derniers mois de 2016 par rapport à un prix actuel de 257 euros, une offre qu'a accepté Lactalis. "Mais les représentants des producteurs ont considéré que ce n'était pas suffisant", a ajouté avec dépit Francis Armand.

Un constat d'échec donc pour le médiateur qui s'est dit "très déçu sur la méthode", considérant que "les représentants des organisations de producteurs n'étaient pas en capacité de prendre des positions et qu'elles leur étaient dictées depuis Laval".

"On repart à zéro, il n'y a plus de médiation possible dans ce cadre-là" a conclu Francis Armand.

Une impasse synonyme d'opposition profonde

Alors que l'été dernier les négociations s'étaient succédé pendant des semaines au ministère de l'Agriculture avant de parvenir à un accord sur les prix du lait - qui n'a d'ailleurs jamais été appliqué - il semble bien que le scénario soit sur le point de se répéter cette année. "On ne partira pas, il faudra que Lactalis cède", a affirmé à l'AFP le président des Jeunes agriculteurs de Mayenne, Jérémy Trémeau. Les manifestants, à Laval, prévoient de rester sur place au moins jusqu'à lundi prochain.

Dans son communiqué, le numéro un mondial des produits laitiers dénonce l'attitude des syndicats agricoles qui n'ont, selon lui "pas agi pour s'engager dans une sortie de crise, mais pour prolonger des actions et un bras de fer médiatique avec le Groupe Lactalis et nuire à son image". Un propos relayé par Michel Nalet, porte-parole de Lactalis qui considérait avoir eu "des interlocuteurs qui ne voulaient pas négocier hier", espérant toutefois "faire bouger les lignes" dans les jours qui viennent. Sébastien Armand, vice-président de l'organisation de producteurs de lait de la Manche, a lui estimé qu'il y a "encore un espace de discussion possible dans les heures ou les jours qui suivent".

La sortie de crise toujours dans le brouillard

Malgré cet échec, le groupe Lactalis a annoncé vendredi matin une augmentation de 15 euros la tonne de lait à compter du 1er septembre, soit environ 271 euros, pour montrer sa bonne volonté. Mais il faut reconnaître qu'en dépit de cet effort, le groupe de Emmanuel Besnier opère des prix encore bien inférieurs à ceux de concurrents comme Silav (290 euros la tonne) ou encore la laiterie Saint-Père, filiale d'Intermarché, qui rémunère les éleveurs 300 euros les 1.000 litres. Une politique de prix dénoncée depuis déjà plusieurs années par les producteurs laitiers (dont 20% d'entre eux travaillent pour Lactalis).

Mais une hausse de prix ne pourra pas désamorcer à elle seule ce qui s'apparente de plus en plus à une bombe à retardement. En effet les producteurs laitiers connaissent une crise de surproduction profonde depuis la fin des quotas laitiers en 2015 et la baisse de la demande internationale (en grande partie dû à la Chine et à l'embargo russe). En outre les concurrents européens pratiquent des prix nettement inférieurs à ceux de la France (216 euros la tonne de lait en Belgique).

Le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll a annoncé vendredi qu'il présenterait mardi prochain le plan de régulation de la production agricole française qui devrait débloquer 50 millions d'euros d'aide de la Commission Européenne (dont une grande partie destinée au secteur laitier). L'objectif de ces aides est notamment d'inciter les éleveurs laitiers à réduire leur production, par exemple en compensant financièrement les litres de lait non produits.

Peut-être le premier signe d'une prise de conscience que, derrière les confrontations répétées entre producteurs et industriels laitiers, c'est tout le modèle productif laitier français qui est en crise.

Lire aussi : Crise du lait : pourquoi les éleveurs s'en prennent à Lactalis

(Avec AFP)

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Commentaires
a écrit le 26/08/2016 à 19:57 :
Le problème est il vraiment chez Lactalis je ne crois pas. Le problème du monde agricole vient tout d'abord de son fait ne pas avoir anticipé les changements de la PAC et des quotas, mais avec une FNSEA plus politique que défenseur du monde agricole quoi de plus naturel. Le président de ce syndicat!!!! un grand industriel de l'agro bien loin de la terre mais plus devant un écran et des cours mondiaux de son secteur. Autre point les banques mais également les vendeurs de produits utiles!!! type pesticides et l'Etat celui qui prélève taxes et impôts, qui déploie normes sur normes en tout genre plus dans le zèle que la défense du monde agricole et du consommateur. En conclusion Lactalis est le maillon le plus facile à bloquer. Je crois que cette entreprise doit être ferme et demander que l'ensemble des acteurs soit autour de la table.
a écrit le 26/08/2016 à 19:19 :
Lactalis est certainement le premier exportateur français de produits laitiers , si le prix du lait acheté en France ne lui permet plus d'exporter sa production , il devra certainement réduire ses volumes d'achats parce que ses clients étrangers n'accepteront jamais des prix en hausse alors qu'ils peuvent se fournir sur des marchés européens moins chers !
Le blocus de la Russe n'est pas la cause de la surproduction française , si le blocus était levé , la Russie achèterait son lait en Allemagne ou en Pologne , moins chers , et pas en France , avec la fin des quotas elle aurait le choix ! la seule question pour la France est bien de produire au niveau de prix du marché international ! les soit disantes solutions comme la vente directe , c'est du pipeau , la seule solution c'est l'export
a écrit le 26/08/2016 à 19:04 :
le grand problème de l'agriculture française c'est qu'elle doit absolument exporter une grand partie de sa production pour assurer des débouchés commerciaux ! si nos produits ne peuvent plus être exportés parce que trop cher il faudra revenir à des quotas de production et donc arrêter une grande partie des exploitations incapables de vendre sur les marchés internationaux ! il faut absolument revoir les filières lait porc bœuf , pour qu'elles arrivent à produire à un coût acceptable pour les marchés export
a écrit le 26/08/2016 à 13:19 :
" Sans Dents ", selon l'appellation de Normal 1er, je me prive au Maximum, et consomme le strict vital. C'est TRES peinée, et honteuse, et Triste pour nos Agriculteurs " Sans Dents " comme mon foyer, que j'ai mis dans le Caddy, Mardi, 12 litres de lait Français à 0.58 eur. Comme d'autres produits je le paierais volontiers à 1.20 eur le litre, Surtout Pas ! plus pour Lactalis, et Hyper U, mais pour nos Agriculteurs.
Réponse de le 26/08/2016 à 19:51 :
@une épouse...: si tu avais épousé un richard, t'aurais pas tous ces problèmes. Ne te reste donc que la solution unique de mettre ton mec sur le tapin :-)
a écrit le 26/08/2016 à 12:16 :
On ne va pas tarder à voir les tracteurs sur la route, les bonnets rouges remontés et les rayons des supermarchés un peu secoués ??

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