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Entreprises & FinanceAutomobile

Fiat tourne la page de 115 ans d'histoire en fusionnant avec Chrysler

Photo de Alain-Gabriel Verdevoye

Alain-Gabriel Verdevoye

Publié le 01 août 2014 à 14:13 - Mis à jour le 01 août 2014 à 15:13

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Réunis ce vendredi au "Lingotto", siège historique de Fiat à Turin, les actionnaires du groupe auto italien ont donné leur feu vert à la création de Fiat Chrysler Automobiles (FCA). Un conglomérat avec de grosses faiblesses structurelles.

Une page de 115 ans d'histoire se tourne pour Fiat, l'un des plus anciens constructeurs automobiles mondiaux. Réunis ce vendredi au "Lingotto", siège historique de Fiat à Turin, les actionnaires du groupe italien ont donné leur feu vert à la création du nouveau constructeur Fiat Chrysler Automobiles (FCA), consacrant ainsi la fusion, au début de l'année, du piémontais avec son partenaire américain Chrysler. La fusion a été approuvée par une majorité des deux tiers, 8% de l'ensemble des actionnaires de Fiat votant contre.

"L'avenir de notre société commence avec l'assemblée d'aujourd'hui", a solennellement lancé le président de Fiat, John Elkann, héritier de la famille fondatrice Agnelli. Ce projet bénéficie du soutien de la famille Agnelli-Elkann, dont la holding Exor détient à elle seule quelque 30% du capital de Fiat. "Je confirme mon engagement personnel et celui de ma famille pour continuer à soutenir FCA, à plus forte raison maintenant que de grandes opportunités se profilent à l'horizon", a-t-il insisté.

Assemblées des actionnaires aux Pays-Bas

Les actionnaires de la vénérable Fabbrica Italiana di Automobili Torino (Fiat) étaient invités à voter en faveur de la fusion en une nouvelle société de droit néerlandais, Fiat Investments NV, qui sera elle-même rebaptisée Fiat Chrysler Automobiles, avant une cotation à Wall Street prévue en octobre. FCA sera la holding coiffant l'ensemble du groupe. FCA tiendra désormais ses assemblées générales près d'Amsterdam, aux Pays-Bas, et non plus à Turin ! Une véritable révolution.

Les détenteurs d'actions Fiat et les créanciers du groupe opposés au projet pourront toutefois dans les prochaines semaines exercer un droit de retrait et restituer leurs titres en échange de liquide. Fiat de son côté a conditionné le succès de l'opération au fait que le montant total de ces restitutions ne dépasse pas... 500 millions d'euros. "Nous ne sommes pas inquiets", a déclaré l'administrateur délégué Sergio Marchionne aux journalistes. "Même si cela ne fonctionnait pas, nous recommencerions à un meilleur moment", a-t-il dit.

"En 2004, vous vous en souvenez, Fiat était fortement déséquilibré vers une seule zone géographique. Il avait un chiffre d'affaires de 27 milliards d'euros dont 92% en Europe",  rappelle Sergio Marchionne, ajoutant: "et c'était une entreprise profondément dans le rouge, au bord de la faillite". A l'inverse,  Fiat a affiché l'an dernier un chiffre d'affaires trois fois plus élevé (87 milliards d'euros) et une présence diversifiée sur plusieurs continents. FCA a vendu l'an dernier 4,4 millions de véhicules et s'est fixé pour objectif de passer à 7 millions d'ici cinq ans, a-t-il précisé.

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Un consortium déséquilibré

FCA n'en reste pas moins un consortium...  déséquilibré, encore très dépendant de l'Europe d'un côté, de l'Amérique du nord de l'autre, avec une énorme faiblesse stratégique à ce jour en Asie du sud-est, en Chine, en Inde, en Russie. Fiat est très présent en Italie, en Turquie et au Brésil où il est traditionnellement le premier acteur. Mais il demeure relativement peu présent partout ailleurs. Chrysler vend plus de 90% de ses véhicules sur la seule Amérique du nord.

En termes de produits, s'il est réputé pour ses utilitaires légers (principalement produits en Turquie et en Italie),  ses petites 500 (fabrication en Pologne et au Mexique),  Panda (assemblage en Italie) ainsi que Uno et Palio (essentiellement au Brésil), le constructeur italien est très peu présent dans les autres segments de marché. Sauf le très haut de gamme (Ferrari, Maserati). Son ancienne marque Lancia n'écoule plus en gros que des mini-Ypsilon en Italie. Quant au fameux label Alfa Romeo, il a livré moins de 80.000 unités l'an passé, c'est-à-dire qu'il est revenu aux scores de la fin des années 60... après avoir culminé à plus de 200.000 !

Quant à Chrysler, il n'offre que des produits très américains pour la plupart et inadaptés aux autres marchés. En outre, les enquêtes de satisfaction auprès des consommateurs ne les classent pas favorablement. Seule sa gamme Jeep, qui a vendu un record de plus de 732.000 véhicules l'an dernier, se veut à vocation mondiale. Même si, aujourd'hui, la grosse majorité de ses volumes reste cantonnée à l'Amérique du nord.

Enfin, FCA souffre d'un gros point faible. Le groupe apparaît en retard dans les nouvelles technologies écologiques. FCA ne compte quasiment pas de voitures électriques ni d'hybrides dans sa gamme, contrairement aux deux autres américains comme GM et Ford, par exemple. FCA ne compte pas non plus sortir à court terme d'hybride rechargeable. Une grosse lacune, alors que japonais et allemands investissent énormément dans ces technologies.

Des plans irréalistes?

En mai dernier, Sergio Marchionne a créé la surprise en présentant un grand plan stratégique, dont les objectifs paraissent parfois... fantaisistes aux experts ! Le patron de Fiat Chrysler a annoncé un investissement de cinq milliards d'euros d'ici à 2018 pour relancer sa marque Alfa Romeo  et produire... 400.000 voitures annuellement. Soit une multiplication par six des scores actuels, ce qui paraît très difficilement faisable. Il a aussi annoncé que Jeep, spécialiste des 4x4, friserait 1,9 million d'unités en 2018, soit plus qu'un doublement ! ce qui a laissé songeur également bien des analystes...

FCA a enregistré une importante baisse (-54%) de son résultat net au deuxième trimestre 2014 à 197 millions d'euros. Un recul à mettre sur le compte d'un moindre bénéfice opérationnel et d'une augmentation de la charge fiscale aux Etats-Unis, précise le groupe dans un communiqué. Le bénéfice opérationnel (EBIT) a baissé de 10,4% à 961 millions d'euros. En Amérique du nord, il a reculé de 18,4% à 598 millions d'euros et  en Amérique latine de 72,3% à 62 millions d'euros. En revanche, FCA est revenu quasiment à l'équilibre en Europe (une zone couplée avec le proche-Orient et l'Afrique).

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FCA  a  toutefois confirmé ses prévisions annuelles. Il table sur un bénéfice net compris entre 600 et 800 millions d'euros en 2014 et sur un chiffre d'affaires supérieur ou égal à 93 milliards. Le bénéfice opérationnel est attendu entre 3,6 et 4 milliards d'euros et la dette, lourde, se situerait entre 9,8 et 10,3 milliards d'euros.

Alain-Gabriel Verdevoye

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