Mondial de Paris: la fête de l'automobile gâchée par la fin de l'euphorie

La prochaine peugeot 208 sera entierement delocalisee
Arnd Wiegmann

La prochaine peugeot 208 sera entierement delocalisee
Arnd Wiegmann
C'est dans un contexte en demi-teinte que le Mondial de l'automobile de Paris ouvre ses portes ce mardi 2 octobre pour les journées professionnelles. Au-delà de l'absence de pas moins de 14 marques, dont pas des moindres (Volkswagen, Nissan, Ford...), le marché automobile européen s'apprête à amorcer son atterrissage au terme d'un cycle haussier salutaire. Pour rappel, l'automobile européenne revient de très loin, meurtrie par une crise qui lui a amputé jusqu'à la moitié de ses volumes, et jeté plusieurs marques dans les bras d'investisseurs asiatiques.
Depuis 2013, le marché s'est redressé à la faveur de plusieurs leviers, dont celui de taux d'intérêt particulièrement bas, d'un parc devenu trop vieillissant, mais également à la faveur d'une offensive produit sans précédent de la part des marques qui ont misé sur les SUV, mais ont également nettement soigné la qualité de leurs nouveautés. Mais cette période semble belle et bien terminée.
De fait, les analystes s'attendent à un ralentissement du marché dès cette année qui pourrait s'amplifier en 2019. D'après une récente étude d'EulerHermes, le marché français pourrait encore croître de 4% cette année, mais sa croissance sera divisée par deux dès l'année prochaine. Idem en Allemagne où le marché est attendu en hausse de 3% en 2018, mais de 1% dès 2019. Pis, le Royaume-Uni doit enregistrer une baisse de 6% en 2018 et poursuivre sa chute l'année prochaine avec une prévision à -3%.
Mais le marché européen n'est pas au bord de la rupture, au contraire, il s'orienterait plutôt vers un atterrissage en douceur.
L'analyste de PwC est plus inquiet pour le marché américain où « on voit des signes très clairs d'essoufflement. Le niveau des stocks est très élevé et les primes commerciales sont également de plus en plus nombreuses sur le marché ». « À l'inverse, en Europe, le marché est plutôt sain avec un taux d'utilisation des capacités autour de 80% qui permet d'avoir des usines rentables, mais pas saturées ». Autrement dit, le marché européen ne court pas vers une guerre des prix.
Pour Maxime Lemerle expert du secteur automobile chez EulerHermes, le marché automobile ne sera pas vraiment confronté à une problématique de volumes dans les prochaines années.
En revanche, les constructeurs pourraient rencontrer d'autres difficultés qui vont impacter leur performance financière. « Les perspectives sur les résultats sont beaucoup moins favorables. Nous avons atteint un haut de cycle», explique Maxime Lemerle. Et de rappeler que « la marge opérationnelle a atteint 5% en moyenne pour les constructeurs et 7,2% pour les équipementiers ».
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En cause ? Un faisceau d'éléments qui contrarient ce haut niveau de performances. Ainsi, les investissements ont atteint le chiffre record de 140 milliards de dollars en 2016 soit 4,8% du chiffre d'affaires des constructeurs.
De son côté, Charles de la Tour d'Auvergne, analyste en charge des nouvelles mobilités chez PwC estime que la rentabilité de la voiture électrique n'est pas pour demain : « la voiture électrique restera chère à l'achat. La baisse du coût des batteries sera neutralisée par le surcoût qui servira à augmenter leur autonomie. ». Il estime néanmoins « qu'une bascule pour une équivalence entre le prix d'une voiture thermique et une voiture électrique » pourrait être atteinte en 2025. Autrement dit, la voiture électrique restera durablement une source de pertes pour les constructeurs.
Pour Maxime Lemerle, il existe d'autres sources d'inquiétudes : le regain de protectionnisme, le durcissement des réglementations... « Tout le secteur sera mis sous pression y compris les équipementiers ». Ce phénomène ne sera pas circonscrit au marché européen, c'est toute l'industrie automobile mondiale qui est concernée par ce phénomène.
[Stock de voitures 100% électrique et hybrides rechargeables dans le monde depuis 2005. Infographie : Statista(*). Cliquez sur l'illustration pour l'agrandir]
En attendant, le salon automobile de Paris ne se contentera pas, comme chaque année de présenter les nouveautés de l'industrie automobile, elle a prévu un espace dévolu aux mobilités de demain... Une autre menace que les constructeurs tentent de déjouer à travers de nombreuses initiatives, mais sans avoir encore trouvé de modèles économiques viables. Le Mondial de Paris, plus que jamais, sera celui d'une profonde transition du secteur.
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(*) Un graphique de notre partenaire Statista.