L'édito de la Tribune : De l'aspirine sinon rien

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Par Pierre-Angel Gay, directeur adjoint de la rédaction

L?histoire est exemplaire. Mais pas forcément pour ce que l?on croit. Le retrait de la vente de l?Acomplia, ce médicament anti-obésité pour lequel Sanofi-Aventis a dépensé en quinze ans 1 milliard d?euros en recherche-développement, n?est pas une histoire de gros sous. Même si cet échec se traduira pour le quatrième laboratoire mondial, qui publie ses trimestriels ce matin, par une charge de 50 millions d?euros. Ce n?est pas non plus une banale affaire de « pilule minceur ». L?Acomplia était un vrai médicament, chargé de prévenir les risques cardio-vasculaires encourus par les personnes obèses.

Son histoire illustre en revanche, jusqu?à la caricature, le «?corner?» dans lequel se trouve aujourd?hui l?industrie pharmaceutique mondiale. Avec d?un côté, même si cela peut sembler paradoxal, les difficultés que rencontrent les grands labos, attaqués pour le tout-venant par les fabricants de génériques, à trouver une sortie vers le haut. Difficile, en effet, de mettre au point de nouveaux « blockbusters », ces médicaments réalisant plus de 1 milliard d?euros de chiffre d?affaires par an, quand le traitement des grandes pathologies est de plus en plus ciblé, ou le fruit de traitements combinés, donc émiettés.

Et, avec de l?autre côté, des autorités de santé qui se refusent à prendre le moindre risque. Car aucune relation certaine n?a pu être établie entre des décès de patients et le médicament suspendu par l?Emea, la semaine dernière. L?Acomplia peut avoir, comme tous les traitements actifs, des effets secondaires. Il augmente, en particulier, les risques de comportements dépressifs suicidaires. Mais l?on ne saura sans doute jamais si les bénéfices que pouvaient en attendre les malades étaient supérieurs aux risques qu?il leur faisait prendre. L?Acomplia a été retiré de la vente avant qu?on ne sache vraiment s?il était efficace. Il ne reste aux labos qu?à réinventer l?aspirine.

 

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Commentaires
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Réinventer l'aspirine n'est surement pas la bonne solution.
La listre des effes secondaires de ce produit, surement le plus utilisé au monde est telle qu'il lui serait impossible aujourd'hui d'obtenir une autorisation de mise sur le marché.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
il vaudrait mieux inventer peut être un blockbuster, mais autre chose que l'aspirine car le produit, qui a fait ses preuves comme anti douleur et qui est aussi utilisé comme fluidifiant pour le sang, ne serait jamais homologué par les autorités réglementaires actuellement, tant il serait rejeté pour ses effets secondaires. Par ailleurs, l'heure n'est plus seulement aux blockbusters, mais à la médecine ciblée, avec des produits notamment issus des biotechnologies qui présentent l'avantage pour les labos d'avoir de très fortes marges.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Edito d'une profonde médiocrité humaine...
Comment peut on penser qu'un médicament est de bonne qualité à partir du moment où il tue "statistiquement" peut être moins que de ne rien faire ! Et d'ailleurs pourquoi les autorités sanitaires sont aujourd'hui intransigeantes ? Je me demande ce qu'en pense mon collègue en face de moi, qui pour ne pas avoir de boutons durant la puberté, a du, à l'age de 21 ans, se faire retirer ses.... glandes mammaires !
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Comment, après tout ce temps on décide de retirer de la distribution la pillule acomplia. N'a-t-elle pas été testée sérieusement avant...autant effectivement remettre en question tous les "remèdes". Et revenir au bonne recettes de grand-mères, et puis pourquoi pas remettre en question tout le système médical...En attendant lorsque l'on est traitée dans le cadre d'un diabète de type2 avec antévédents de problèmes cardovasculaires, l'arrêt brutal désoriente et que devient-on ?

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