Allergies : Alk profite de l'absence de Stallergenes en France et "double sa production de traitements"

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En France, 300.000 patients ont un traitement de désensibilisation, selon Denis Delval.
En France, 300.000 patients ont un traitement de désensibilisation, selon Denis Delval. (Crédits : ALK)
Le Français Stallergenes, qui avait dû retirer en décembre tous ses produits de désensibilisation, à cause de "délivrances inadaptées", a obtenu le 17 mars à nouveau les autorisations pour reprendre sa production. Mais pendant ce temps-là, le Danois Alk assure être devenu le numéro un du secteur en France. Interview de Denis Delval, directeur général d’Alk France, à l'occasion de la 10e Journée française de l'allergie, mardi 22 mars.

LA TRIBUNE - Quelles ont été les conséquences de la suspension des traitements de votre concurrent Stallergenes sur votre activité en France ?

DENIS DELVAL - Nous sommes deux acteurs : Stallergenes et Alk. Avant la décision des autorités à la fin de l'année, nous avions 40% de parts de marché en prescriptions dans l'Hexagone. Désormais, nous sommes les seuls sur ce secteur. La France est devenu notre marché numéro un, devant l'Allemagne. Déjà, avant la décision des autorités, nous avions enregistré une augmentation des demandes de traitements en octobre et en novembre. Après décembre, nous avons constaté un doublement des demandes de traitements, quasiment du jour au lendemain. Mais nous ne pouvons y faire face de suite : nous mettons tout en œuvre pour doubler notre production avant l'été.

Face à cette situation, nous nous sommes mobilisés avec nos équipes en place pour faire face à cette demande exceptionnelle, en passant aux « 2x8 » dès janvier. Nous avons procédé à 80 nouvelles embauches dans nos deux sites pour fabriquer les traitements personnalisés pour les patients. Nous sommes actuellement en train de recruter 50 salariés supplémentaires. Il s'agit de CDD d'un an, car nous n'avons pas beaucoup de visibilité sur notre activité dans les mois à venir. Cela correspond à la réalité de la situation. On ne sait pas comment Stallergenes reviendra [le 17 mars 2016, l'Agence nationale de sécurité du médicament a donné son autorisation pour la reprise de la fabrication des allergène préparé spécialement pour un seul individu (Apsi), Ndlr]. Au fur et à mesure, nous serons amenés à ajuster les renouvellements de CDD.

Quels sont vos objectifs de croissance en France désormais?

Nous avions des objectifs précis jusqu'au mois de décembre. Ils sont désormais plus forts qu'avant. Nous avons toujours eu l'objectif d'être leader, car chaque année nous progressions en termes de chiffre d'affaires en France.

Quel est votre place au niveau mondial ?

En 2014, nous détenions un tiers du marché mondial. En 2015, Stallergenes nous avait dépassés grâce à une acquisition. Mais, avec les incidents de fin d'année, nous estimons être repassés devant.

Pourquoi ce qui est arrivé à Stallergenes ne vous arriverait pas à vous ?

Je ne peux pas faire de commentaires sur ce qui arrive à Stallergenes. Les autorités ont pris leur décision. Nous avons nous aussi déployé un système SAP (système de gestion et de maintenance), il y a 4 ans. Ce déploiement s'est déroulé sans problème. Nous sommes inspectés régulièrement, comme les autres entreprises, et les autorités ont démontré que nous avions une activité normale.

Toutefois, le déploiement SAP fut un long effort. Nous avons reporté deux fois la date de déploiement prévue car nos délais étaient trop ambitieux. Cela est toujours compliqué. La difficulté est liée à la complexité de notre activité. Ce n'est pas du tout la même chose de gérer 5 produits ou des milliers, comme c'est le cas chez nous, où la complexité est phénoménale.

Le marché des allergies semble énorme : selon l'OMS, une personne sur deux souffrira d'une allergie en 2050, dans le monde. Mais les géants pharmaceutiques semblent peu s'y intéresser...

Beaucoup de patients sont allergiques dans le monde, en effet ; on atteint un taux de 20% des populations des pays développés. En France, c'est 12 millions: 6 millions sont diagnostiqués, 5 millions traités par médicaments symptomatiques. Mais seuls 300.000 patients ont un traitement de désensibilisation. Il s'agit de patients insatisfaits du traitement classique. La désensibilisation est un traitement de deuxième intention.

Par ailleurs, la preuve de l'efficacité  à grande échelle des traitements de désensibilisation est récente. La première autorisation de mise sur le marché d'un traitement de ce type en Europe est survenue en 2006. Avant, les médecins en prescrivaient, mais les autorisations de commercialisation étaient uniquement nationales. Mais quand vous dites que les gros laboratoires pharmaceutiques semblent peu s'y intéresser, je ne suis pas d'accord puisque nous avons noué des partenariats avec plusieurs d'entre eux pour lancer des produits sur les marchés américain ou japonais.

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