Le marché de la lutte contre la contrefaçon des médicaments, un nouvel eldorado ?

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Des travailleurs du ministère de la Santé péruvien inspectent des médicaments saisis, à Limia, en août 2010. En Amérique du Sud, 30% des médicaments sont contrefaits.
Des travailleurs du ministère de la Santé péruvien inspectent des médicaments saisis, à Limia, en août 2010. En Amérique du Sud, 30% des médicaments sont contrefaits. (Crédits : REUTERS/Mariana Bazo)
En Europe et aux Etats-Unis, les industries pharmaceutiques devront faire en sorte que chaque boîte de médicaments délivrée sous ordonnance soit identifiée à l'aide d'un code unique, une mesure pour combattre la contrefaçon. Le Français Adents espèrent profiter de l'opportunité et devenir numéro 1 dans la traçabilité des médicaments.

Ce sont des levées de fonds d'une ampleur rare pour un éditeur de logiciels français. Adents a réalisé deux levées de fonds en un an, la première d'un montant de 8,5 millions d'euros en 2015, et une seconde annoncée mardi 5 juillet grimpant à 12 millions d'euros. La société se targue d'ailleurs de faire partie des dix plus grosses levées de fonds dans le domaine en France de ces 13 dernières années.

"Il y avait de nombreux prétendants à cette nouvelle levée de fonds", assure à La Tribune Stéphane Fay, directeur général finance de la société. "Mais nous avons finalement choisi nos actionnaires historiques, Omnes, Naxicap, Cap Horn".

Sérialisation imposée en Europe et aux Etats-Unis

La société française a procédé à ces deux levées de fonds très rapprochées en raison de l'opportunité offerte par les changements de réglementations lancés par une quarantaine de pays pour lutter contre la contrefaçon de médicaments. Les Etats-Unis et l'Union européenne vont sérialiser les médicaments prescrits, en 2017 et en 2019, respectivement.

Avec cette sérialisation, les fabricants devront faire en sorte que chaque boîte de médicaments délivrée sous ordonnance soit identifiée à l'aide d'un code unique. C'est là que la société française entre en jeu, puisqu'elle édite des logiciels de traçabilité et de sérialisation. Elle compte développer son offre à l'aide de la somme issue de ces deux levées de fonds

"Hier le marché faisait zéro, demain il atteindra un milliard de dollars", s'enthousiasme Stéphane Fay "Aux Etats-Unis et en Europe, il y 20.000 lignes de conditionnement qui doivent se mettre en conformité dans les prochaines années. A 50.000 euros de logiciels par an, on arrive à ce chiffre", précise-t-il.

Plusieurs sociétés dans la sérialisation

Dans le domaine des logiciels et initiatives pour lutter contre la contrefaçon de médicaments, Adents n'est pas seul. la société Atlantic Zeiser propose également des solutions pour ces lignes de conditionnement, ou encore TraceLink. Recipharm, une société suédoise, a annoncé un investissement de 40 millions d'euros en février sur les trois prochaines années pour développer des solutions de sérialisation, estimant que de nombreux laboratoires pharmaceutiques ne sont pas prêts.

Selon Stéphane Fay, le marché reste quand même ouvert car "il y a moins d'une dizaine de concurrents". L'objectif d'Adents est "de devenir numéro 1 mondial dans le domaine", avance-t-il.

Des pertes conséquentes pour l'industrie pharmaceutique

L'industrie pharmaceutique mène des campagnes importantes contre la contrefaçon des médicaments, mettant en avant le nombre de morts et les problèmes de santé publique induits par ce commerce. Sanofi, qui dispose d'un laboratoire central d'analyse des contrefaçons à Tours, évoque "700.000 décès sont dus à la contrefaçon de traitements du paludisme et de la tuberculose", un chiffre relayé par l'OCDE en 2013. Mais l'impact financier, moins évoqué lors de ces campagnes, est l'argument de poids de la mobilisation des laboratoires pharmaceutiques.

La contrefaçon de médicaments représentait à elle seule 75 milliards de dollars par an en 2010, selon l'Institut international de recherche anticonfrefaçon de médicament (l'Iracm), via Internet et des flux physiques . Mais le World Economic Forum est allé plus loin estimant en 2014 ce marché illicite à 200 milliards de dollars. Il dépasserait ainsi les marchés de la drogue et de la prostitution. Les pertes pour l'industrie pharmaceutique oscillent donc entre 7 et 20%. Et ce, alors que le marché pharmaceutique mondial atteint les 1.069 milliards de dollars. Selon l'Iracm, 10% du marché mondial des médicaments dans le monde sont des contrefaçons. Les zones les plus touchées sont l'Amérique du sud,  l'Afrique, l'Asie du sud est (la proportion grimpe à 30% dans chacune de ces régions).

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