Climat : le méthane, ennemi oublié de la lutte contre le réchauffement ?

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28 fois plus réchauffant que le CO2, le méthane contribue déjà aujourd'hui pour quelque 20% aux augmentations des températures en cours.
28 fois plus "réchauffant" que le CO2, le méthane contribue déjà aujourd'hui pour quelque 20% aux augmentations des températures en cours. (Crédits : © Pascal Rossignol / Reuters)
Entre 2006 et 2016, les émissions de méthane, deuxième gaz à effet de serre après le dioxyde de carbone, ont crû de manière inquiétante, relève une étude. Cette tendance risque de compromettre les objectifs fixés par l'Accord de Paris.

Non seulement les objectifs fixés par l'accord de Paris et les moyens de sa mise en oeuvre sont aux yeux de nombre d'experts encore insuffisants. Surtout, les émissions de méthane, qui pourtant croissent nettement depuis dix ans, ont été jusqu'à présent négligées, souligne un bilan mondial mené par plus de 80 scientifiques de 15 pays et publié le 12 décembre dans le journal Earth System Science Data.

Alors que le dioxyde de carbone (CO2), issu pour une large part des énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz), et qui représente 70% des gaz à effet de serre, a été jusqu'à présent le grand protagoniste de la lutte contre le réchauffement, la concentration de méthane dans l'atmosphère, après un léger ralentissement entre 2000 et 2006, a crû dix fois plus rapidement la décennie suivante, relève l'étude. Or le méthane, deuxième grand gaz à effet de serre lié aux activités humaines, est 28 fois plus "réchauffant" que le CO2 -bien qu'il reste moins longtemps dans l'air (environ 10 ans). Il contribue ainsi (déjà) aujourd'hui pour quelque 20% au réchauffement en cours.

Un gaz difficile à pister

Cette tendance risque de compromettre l'objectif de contenir le réchauffement sous 2°C fixé lors de la COP21, craignent les chercheurs, pour qui "il faut de toute urgence s'attacher à quantifier et réduire les émissions". Les concentrations augmentent d'ailleurs de plus en plus vite depuis 2007, avec en particulier une forte accélération en 2014 et 2015 : une évolution qu'aucun scénario moyen du dernier rapport du Giec, synthèse de référence sur le climat, n'avait montrée. "De façon inquiétante, la vitesse d'augmentation se rapproche du scénario le plus pessimiste", souligne ainsi Marielle Saunois, de l'Université de Versailles Saint Quentin (UVSQ), citée par l'AFP.

Le méthane est plus difficile à pister que le CO2, car plus diffus et provenant aussi de sources naturelles (zones humides, formations géologiques...). Cependant, 60% de ses émissions sont liées aux activités humaines, notamment (36%) à l'agriculture (éructations des ruminants et rizières) et au traitement des déchets. Les énergies fossiles jouent aussi un rôle, puisque de l'extraction jusqu'aux réseaux de distribution les fuites de méthane sont très fréquentes : quelque 21% des émanations de méthane sont ainsi dues à l'exploitation du charbon, du pétrole et du gaz.

Global methane budget

L'agriculture et les énergies fossiles à l'origine de l'augmentation

Tous ces facteurs peuvent expliquer l'augmentation enregistrée: selon la FAO, le nombre de têtes de bétail est passé d'1,3 milliard en 1994 à 1,5 milliard 20 ans plus tard. Et "à partir des années 2000, il y a eu une grosse exploitation du charbon en Chine, et l'exploitation du gaz aux Etats-Unis a aussi augmenté", rappellent les coordonnateurs de l'étude. Les chercheurs ont toutefois plus de mal à expliquer la hausse spectaculaire des deux dernières années. "Cela peut être d'origine naturelle", analyse Philippe Bousquet, professeur à l'université de Versailles Saint-Quentin en Yvelines. "Mais s'il se prolongeait au-delà de trois ou quatre ans, cela signifierait forcément un lien avec l'homme", ajoute-t-il.

L'étude veut toutefois se conclure sur une note positive: "On peut réduire ces émissions plus facilement, de manière moins coercitive, que celles de CO2, en encourageant aussi l'innovation et les emplois", estime Philippe Bousquet : méthaniseurs dans les fermes, modification des protocoles d'irrigation des rizières, chasse aux fuites sont autant de solutions pouvant être mises en place rapidement.

(Avec AFP)

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Commentaires
a écrit le 13/12/2016 à 11:12 :
l industrie !! l aviation ! polluent ils ???
a écrit le 13/12/2016 à 9:32 :
Il n'y a pas de recette miracle si on veut sauver la planète il faut consommer moins et mieux donc.

Merci pour cet article qui relativise bien des discours politiques que l'ont nous assène comme vérité avérée.
a écrit le 12/12/2016 à 22:38 :
Avez-vous vérifié vos données?
Elles sont en contradiction avec les données du NOAA qui est quand même une référence et qui eux savent mesurer le méthane dans l'atmosphère, ce qui est un jeu d'enfant pour n'importe quel laboratoire digne de ce nom. Qui sont les "scientifiques que vous citez???
a écrit le 12/12/2016 à 17:29 :
Nos hommes politiques n'ont pas compris l'intérêt de contraindre les allemands sur le charbon
a écrit le 12/12/2016 à 17:15 :
Faudra-t-il lâcher nos gaz avant d'entrer dans Paris pour ne pas incommoder Hidalgo et ses courtisans ?
a écrit le 12/12/2016 à 15:03 :
Quelle quantité de fuites des gaz de schiste, rien n'étant étanche ? Pas aisé à mesurer.
Comme la pollution (& particules fines), c'est issu de moult sources diverses.
Le permafrost qui se réchauffe, ça ne peut dégazer ?
Heureusement que les plateformes pétrolières ont des torchères, mais quelqu'un disait que ce qu'elles brûlent, c'était 2/3 de ce que l'Europe consomme en gaz, sauf que c'est trop dispersé.
a écrit le 12/12/2016 à 14:51 :
Dans une économie mondiale en panne de croissance, incapable d'envisager un modèle sans énergies fossiles, la messe est dite. Les énergies fossiles ont de beaux jours devant elles, le productivisme est plus que jamais à l'ordre du jour, le climat va inexorablement changer, les températures et le niveau des mers s'élever. Des catastrophes climatiques et humanitaires sont à venir, avec des famines à répétition.
Les humains pourront-ils survivre (en s'adaptant rapidement) à des changements aussi brefs que radicaux?
a écrit le 12/12/2016 à 14:42 :
Augmentation de « 5 à 6 parties par milliards de molécules d'air ».On change d’échelle, après le ppm « partie par millions » on en est donc à mesurer les parties par milliards. Il est bien évident que le plus les méthodes de mesures seront précises plus on détectera d’éléments que l’on pourra qualifier du terme de dangereux, ou perturbateurs. Par suite, on peut justifier tout et n’importe quoi et par conséquence, alarmer les citoyens, proposer des mesures coercitives, des taxes, bref la batterie classique servant de justificatifs aux actions politiques. Cherchez à qui profite cette information serait certainement plus intéressant.
a écrit le 12/12/2016 à 13:47 :
Il faut taxer la consommation de féculents (vous voyez ce que je veux dire).
La flatulence, prochaine bête noire du climatisme?
a écrit le 12/12/2016 à 13:32 :
Ils oublient qu'en dégelant, le pergélisol libère dans l'atmosphère du dioxyde de carbone (CO2) et du méthane, deux puissants gaz à effet de serre. Sans oublier l'hydrate de méthane des océans, "glace qui brûle " ou "glace de méthane" qui dégage elle aussi du méthane. Certes ceci vient du changement de climat mais pas que du transport.
Réponse de le 13/12/2016 à 1:16 :
Merci de préciser ces sources assez évidentes et qui augurent d'un emballement à venir du changement climatique.
Le contrôle des émissions est la très problématique avec une inertie considérable.
a écrit le 12/12/2016 à 12:38 :
D'après mes dernières informations sur le sujet, certains spécialistes s’interrogent non pas sur les ruminants mais sur les termitières qui émettraient 2 fois plus de méthane que les bovidés?
a écrit le 12/12/2016 à 12:31 :
a quand un responsable Français
va t'il imposer a mme Merkel le retrait de sa politique charbon
et de demander indemnisation pour la polution
et les maladies qui en decoule
Réponse de le 12/12/2016 à 13:49 :
Oui, vive le nucléaire, même les Suisses en conviennent.

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