L'Allemagne postnucléaire veut être championne de l'hydrogène vert

FUKUSHIMA, DIX ANS APRES - Épisode 5/7. Dix ans après avoir confirmé sa stratégie de sortie de l'énergie nucléaire, l'Allemagne apparaît solidement armée pour déployer sa stratégie nationale dans l'hydrogène décarboné.

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Peter Altmaier, ministre fédéral de l'Economie, veut devenir le leader mondial dans les technologies de l'hydrogène décarboné.
Peter Altmaier, ministre fédéral de l'Economie, veut "devenir le leader mondial dans les technologies de l'hydrogène décarboné". (Crédits : Fabrizio Bensch)

Peter Altmaier, ministre fédéral (CDU) de l'Economie, n'en a jamais fait un secret. "Nous voulons devenir le leader mondial dans les technologies de l'hydrogène décarboné", a-t-il annoncé dès juin 2020 lors de la présentation de sa feuille de route sur l'hydrogène. L'Allemagne investira 9 milliards d'euros dans cette filière. Le pays veut mettre en place une capacité de production de 5 gigawatts d'hydrogène d'ici 2030, pour atteindre ensuite 10 gigawatts en 2040. L'Allemagne entend ainsi tourner définitivement la page du nucléaire, dont elle a quasiment fini de se désengager, et du charbon.

"L'Allemagne, comme la France, cherche à décarboner l'hydrogène créé à partir du méthane pour des applications industrielles, et source majeure de CO2", explique Sven Roesner, directeur de l'Office franco-allemand pour la transition énergétique (OFATE). "Les deux pays ont des approches assez similaires, basées sur l'électrolyse. Mais l'Allemagne l'alimente avec de l'électricité verte alors que la France entend favoriser une alimentation mixte, nucléaire et décarbonée", précise Sven Roesner.

La nuance illustre clairement deux approches différentes du "mix" énergétique. A Berlin, la décision de sortir du nucléaire a été prise dix ans avant Fukushima, dès juin 2000, mais sans échéance définie. La catastrophe au Japon a entraîné l'arrêt immédiat de sept réacteurs nucléaires mis en service avant 1980. La loi adoptée en juillet 2011 a précisé le calendrier de sortie et l'ensemble du parc nucléaire allemand, qui représentait encore une puissance installée de 8422 MW en 2011, sera définitivement arrêté en 2022. Les centrales de Brokdorf, Grohnde et Gundremmingen C seront découplées du réseau cette année. Emsland, Isar 2 et Neckarwestheim 2 suivront l'année prochaine. L'Agence fédérale des réseaux (Bundesnetzagentur), un service du ministère fédéral de l'Energie et des Technologies, souligne dans son rapport annuel 2020 la part croissante des énergies renouvelables dans la couverture des besoins du pays. Cette part s'établit 49,3 % en 2020 contre 46,1 % en 2019. L'éolien et le photovoltaïque couvrent respectivement 27,4 % et 9,7 % des besoins nationaux.

L'Allemagne n'y parviendra pas seule

En décembre 2020, à deux semaines du terme de la présidence semestrielle allemande du Conseil européen, Peter Altmaier a présenté son plan IPCEI (Important Project of Common European Interest) relatif à l'hydrogène et convaincu 21 Etats membres, ainsi que la Norvège, de soutenir son projet de création d'une chaîne de valeur autour de l'hydrogène vert. "L'Allemagne dit clairement qu'elle ne pourra pas générer seule tout l'hydrogène dont elle aura besoin, même si elle double ses capacités d'électrolyse entre 2030 et 2040. Elle offre de belles opportunités de coopération", observe Sven Roesner.

La France apparaît parmi les partenaires prioritaires. La production en série d'électrolyseurs, avec la baisse de leurs prix unitaires, constitue l'enjeu majeur. Le 8 septembre 2020, le gouvernement français a présenté sa stratégie nationale pour l'hydrogène décarboné avec 7 milliards d'euros d'investissements prévus d'ici 2030, dont 2 milliards d'euros dans le budget de France Relance. "Cette technologie est chère. Pour amortir un électrolyseur, celui-ci doit tourner entre 4000 heures et 5000 heures par an. Chaque euro économisé sur le coût de production de ces équipements favorisera la démocratisation de cette technologie", prévient Sven Roesner.

Course contre la montre

Une course contre la montre s'est engagée. Le 13 janvier 2021, le ministère fédéral de la Formation et de la Recherche (Bundesministerium für Bildung und Forschung, BMBF) a lancé trois chantiers pilotes de promotion de l'hydrogène "vert" soutenus à hauteur de 700 millions d'euros. H2Giga, qui rassemble 112 partenaires autour de la fédération allemande de la chimie et de la biotechnologie Dechema, vise à établir des capacités de production en série d'électrolyseurs. TransHyDE, un consortium de 89 partenaires piloté par RWE Renewables avec l'Institut Max Planck pour la conversion de l'énergie chimique (MPI CEC) à Mülheim et par l'Institut Fraunhofer pour les infrastructures énergétiques et la géothermie (IEG) à Bochum, testera des solutions de transport d'hydrogène. Avec 33 partenaires autour de Siemens Energy, le troisième chantier pilote H2Mare portera sur la génération d'hydrogène en mer.

Le 16 février, Bruno Le Maire et Peter Altmaier ont appelé à d'autres collaborations renforcées et à l'établissement d'alliances industrielles sous forme de projets importants d'intérêt européen commun (PIIIEC). Les ministres se sont engagés pour le lancement de trois PIIIEC sur l'hydrogène, le cloud et la microélectronique, financés en partie par le plan de relance européen. Dès le 11 janvier, Bruno Le Maire avait annoncé aux côtés de Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique, de Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation, et d'Agnès Pannier-Runacher, l'installation d'un Conseil national de l'hydrogène.

Rien ne garantit que ce conseil, composé de 17 représentants industriels dont François Jacq, administrateur général du CEA, Jean-Bernard Lévy (EDF) ou encore Catherine MacGregor (Engie), suive la trace dessinée par les Allemands. "Si l'on peut utiliser des centrales nucléaires que l'on veut arrêter, alors qu'elles peuvent encore fonctionner, pour faire de l'électricité qui serait convertie en hydrogène puis serait stockée, pourquoi s'en priver ? Si le but final est celui de la préservation de la planète, il faut mettre en œuvre les moyens optimaux", a proposé Benoît Potier, PDG d'Air Liquide et vice-président du Conseil national de l'hydrogène, lors de sa récente audition par la commission des Affaires économiques du Sénat. "Il faut organiser une transition et non pas un saut de la falaise", a prévenu Benoît Potier.

Retrouvez cette semaine, notre série Fukushima, 10 ans après

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Commentaires 28
à écrit le 12/03/2021 à 15:13
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L'Allemagne est bien placée pour ce titre avec ses excédents eolien qui seraient perdus sans cette transformation hydrogène

à écrit le 11/03/2021 à 17:53
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Avant ou après le charbon ?

à écrit le 11/03/2021 à 17:11
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Moi, j'attends que la France soit entièrement couverte d'éoliennes, cela sera tellement hideux, que nous serons enfin débarrassés des touristes. Le Tourisme, cette économie de pays en voie de sous développement. Oui aux voyages, et non au tourisme.

le 11/03/2021 à 17:45
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Cela dépend comment vous défénisez le mot touriste, car les éoliennes ne suffiront pas, ellles brassent de l'air en permanence .

le 12/03/2021 à 15:15
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On vient du bout du monde pour voir notre enchevêtrement de poutrelles métalliques appelé tour Eiffel

à écrit le 11/03/2021 à 16:52
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Pas d'illusions, surtout ! Hors du nucléaire, il n'y a pas de salut. C'est la source d'énergie la plus propre et la plus fiable.

le 12/03/2021 à 9:59
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"C'est la source d'énergie la plus propre" Oui, heureusement qu'on a pas de déchets nucléaires à stocker ensuite.

le 12/03/2021 à 15:18
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C'est la pire, dangereuse, productrice de déchets millénaires... Coûteuses, de durée de vie très limité, inférieure à un siècle.... Pillant la matière la plus rare de la planète, l'uranium.... Bref tous les defauts

le 12/03/2021 à 22:22
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Decarbonée, oui. Propre, non.

à écrit le 11/03/2021 à 16:31
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Les Allemands profitent du formidable potentiel éolien de la mer du Nord ( comme le RU) et de la Baltique, cette 2eme ressource qu'ils partagent au Nord avec les Danois et à l'Est avec la Pologne. Le vent y souffle fort avec régularité tte l'année, ...

le 12/03/2021 à 15:23
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Après avoir lister tous les avantages de la France pour produire de l'énergie verte vous voulez produire de l'hydrogène grise avec du nucléaire ?

à écrit le 11/03/2021 à 15:45
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Ne vous faites pas de soucis pour l'Allemagne c'est un pays sérieux au contraire de la France qui à toujours été à contre courant quel que soit le sujet La France est devenue un pays qui est tout sauf un exemple , avec une crédibilité et une présenc...

le 12/03/2021 à 15:25
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Je souscris totalement à votre analyse. Nos cocorico n'épatent que nous mêmes.

à écrit le 11/03/2021 à 15:17
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Hélas même avec 10GW on sera loin du compte pour décarbonner l'Allemagne, à moins que cela soit la France qui fasse le travail et qui paye pour ça, c'est bien partit..... Bravo les Allemands, au moins eux ils travaillent de concert pour l'économie d...

le 12/03/2021 à 15:30
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L'Allemagne est en train de se decarboner elle même et n'attend pas après les petits franchouillards qui seront de carbones après tout le monde et en train de contempler sa montagne de déchets nucleaires

à écrit le 11/03/2021 à 11:52
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Pour moi l'important c'est que l'on sorte rapidement des véhicules électriques à prise et qu'avec l'hydrogène on revienne au véhicule à tout faire toute distance ce quui n'est absolument pas le cas avec les véhicules électriques actuels. Imaginer l...

le 12/03/2021 à 15:33
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Oui quand on pense comme mon arrière grand père, c'est comme ça, rien ne peut évoluer et quand en plus on est aveugle on ne remarque même pas les progrès faits dans les 5 années qui viennent de s'écouler Oui il y a encore des neanderthaliens au XXI ...

le 13/03/2021 à 2:58
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Avant de développer le véhicule électrique, il aurait fallu prévoir leur rechargement dans les copropriétés. Chez moi pas de possibilité, à cause de la puissance disponible dans les garages en sous sol. Chez des voisins on voit des fils descendre des...

à écrit le 11/03/2021 à 11:21
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j'espère que la France sera dans la course , hydrogène, nucléaire nouvelle génération, solaire, essence synthétique etc...

le 12/03/2021 à 15:35
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Le nucléaire nouvelle génération ça n'existe pas.... Cela veut seulement dire PLUS COUTEUX

le 12/03/2021 à 15:38
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Le nucléaire nouvelle génération ça n'existe pas.... Cela veut seulement dire PLUS COUTEUX

à écrit le 11/03/2021 à 10:02
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L'Allemagne decarbonee, vraiment ? Et la lignite, elle est comment carbonee ou pas ?

le 11/03/2021 à 14:16
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C'est ce que dit l'article: sortir du nucléaire ET du charbon. La sortie du nucléaire, bataille gagnée par les écolos, a provoqué le retour du charbon. Les écolos devraient connaitre leurs sujets.... à l’échelle mondiale, l'électricité est en 1er, ...

à écrit le 11/03/2021 à 9:16
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Et ce rejet du nucléaire par les allemands est bel et bien l'élément qui me fait dire qu'il faut garder cette énergie malgré tout, les dirigeants allemands n'aiment pas les français, ils font tout pour nous pourrir la vie depuis quelques siècles main...

le 11/03/2021 à 11:54
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C'est une solution intermédiaire pour ne pas être sous la coupe des Russes, Mais d'autres solutions dans un bref avenir résoudront la production d'électricité, j'espère que cela commencera par la France. Quant à l'Allemagne difficile d'y trouver un ...

le 11/03/2021 à 12:16
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Vous avez tort de négliger le puissant obscurantisme de l'oligarchie allemande et c'est bien d'ailleurs un des éléments qui fait partie du devissage de la France. Ils resteront eux par contre toujours unis dans leur puissant ressentiment anti françai...

le 12/03/2021 à 15:37
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On ne fait pas l'énergie de demain avec celle du passé

le 12/03/2021 à 19:58
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"On ne fait pas l'énergie de demain avec celle du passé " On a 56 réacteurs en activité et 6 à l'arrêt je crois bien, donc ton idée c'est d'arrêter cette activité avec 62 réacteurs sur notre sol à démanteler sachant que nous ne disposons pas des ...

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