L'UE prend le train de l'hydrogène propre

 |   |  758  mots
La production et consommation actuelle d'hydrogène dans l'UE s'élève à 9,8 millions de tonnes, largement issue d'énergies fossiles.
La production et consommation actuelle d'hydrogène dans l'UE s'élève à 9,8 millions de tonnes, largement issue d'énergies fossiles. (Crédits : iStock)
"Nous sommes les leaders mondiaux dans cette technologie et nous voulons rester en tête mais nous devons faire un effort supplémentaire [...] car le reste du monde nous rattrape rapidement", a mis en garde Frans Timmermans, le vice-président de la Commission européenne, tandis que Bruxelles vient de dévoiler son plan pour développer l'hydrogène propre dans l'UE.

Bruxelles a dévoilé ce mercredi un plan de développement de l'hydrogène propre dans l'UE avec pour objectif de décarboner les secteurs les plus polluants comme la sidérurgie et les transports, dans la course vers la neutralité climatique en 2050.

"C'est la clé d'une économie européenne forte, compétitive et sans carbone", a assuré le vice-président de la Commission européenne Frans Timmermans lors d'une conférence de presse.

Pour la Commission, l'hydrogène "propre" doit permettre d'aider des secteurs qui peinent à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.

Lire aussi : La France veut produire un "hydrogène propre" à partir du nucléaire, avec l'Allemagne

Il s'agit de remplacer les énergies fossiles dans l'industrie, notamment pour la production d'acier, de l'utiliser comme carburant pour le transport aérien et maritime, les poids-lourds, mais aussi pour les batteries.

Elle en a fait un investissement prioritaire pour la transition et la relance de son économie après la crise liée au coronavirus.

Actuellement, le secteur de l'énergie est responsable de 75% des émissions de gaz à effet de serre de l'UE.

Avion neutre en carbone

La production et consommation actuelle d'hydrogène dans l'UE s'élève à 9,8 millions de tonnes, largement issue d'énergies fossiles. Soit une part infime de la consommation d'énergie européenne, mais que la Commission voit monter jusqu'à 14% en 2050 sous sa forme "propre" (produite par électrolyse de l'eau avec de l'électricité issue de sources renouvelables).

Dans un premier temps, la Commission souhaite soutenir l'installation de 6 gigawatts (GW) d'électrolyseurs d'hydrogène renouvelable, et une production jusqu'à un million de tonnes d'hydrogène renouvelable, avant une augmentation progressive pour un développement à grande échelle entre 2030 et 2050.

"Nous sommes les leaders mondiaux dans cette technologie et nous voulons rester en tête mais nous devons faire un effort supplémentaire [...] car le reste du monde nous rattrape rapidement", a mis en garde Frans Timmermans.

Au sein de l'UE, l'Allemagne a annoncé début juin un investissement massif de 9 milliards d'euros, avec l'ambition de devenir le "fournisseur et producteur numéro 1" d'hydrogène dans le monde. La France va consacrer 1,5 milliard d'euros sur trois ans pour "parvenir à un avion neutre en carbone en 2035".

Lire aussi : Un plan aéronautique pour sauver 100.000 emplois et créer un avion à hydrogène

"L'Allemagne a intérêt à pousser le dossier car elle dispose des champions potentiels pour créer une grande filière industrielle de l'hydrogène vert", note Clément Le Roy, analyste Énergie au sein du cabinet Wavestone.

L'hydrogène propre doit participer à la mise en place d'un système énergétique mieux intégré en Europe, un objectif qui a aussi fait l'objet d'une nouvelle "stratégie" publiée ce mercredi.

La Commission veut développer un système plus "circulaire", centré sur l'efficacité énergétique et l'électrification. Par exemple en réutilisant la chaleur résiduelle provenant de sites industriels ou de centres de données, ou en accélérant le passage aux véhicules électriques.

Le coût de la transition

Pour l'ONG Transport & Environnement, "l'UE a raison de donner la priorité à l'hydrogène dans les transports où il n'y a pas d'alternative pour décarboner". Mais comme d'autres défenseurs de l'environnement, elle s'inquiète du rôle conservé par le gaz.

La Commission européenne estime en effet que dans les premières années, une "période de transition" sera nécessaire pour assurer une production stable et des prix compétitifs, au cours de laquelle d'autres processus de production d'hydrogène, émetteurs de carbone, seront maintenus mais atténués par des techniques de capture de carbone.

"La Commission est tombée dans le panneau de l'industrie des combustibles fossiles. [...] Elle offre une nouvelle bouée de sauvetage à cette industrie en faillite", a déploré Tara Connolly de Friends of the Earth.

Fin juin, une large coalition d'industriels - ExxonMobil, GE, ENI, Equinor ou Erdgas - a plaidé pour une production d'hydrogène au gaz naturel, accompagnée de technologies de capture de carbone, "nécessaire pour rendre les utilisations de l'hydrogène compétitives en termes de coût".

"Aujourd'hui, il est 2 à 5 fois moins cher que l'hydrogène renouvelable et son déploiement contribuera à réduire le coût de ce dernier", avançaient-ils.

Pour Lisa Fischer du think tank E3G, la Commission oublie que "si nous voulons de l'hydrogène vert, nous allons avoir besoin d'énergie renouvelable bien plus que ce que nous produisons à l'heure actuelle", estime-t-elle.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 10/07/2020 à 22:20 :
Les ONG ont raison d'alerter sur l'irrealisme de production à gde échelle d'H2 propre en Europe du N., car le potentiel d'ENR dispo paraît bcp trop faible ( essentiellement l'éolien de la Mer du Nord ou de la Baltique).
En France, BL parle de dédier une partie des ctrales nucléaires à cette production, mais à quelle échelle ?? et avec quel risque politique ??
Car aucun écolo européen et tt particulièrement allemand qui se respecte ne voudra donner son accord ou participer à un tel projet.
L'idée également est de répondre aux sirènes du lobby pétrolier et de produire en gde quantité de l'H2 par reformage du GN, tt en stockant le CO2 produit. Mais les techniques de captage et de stockage à gde échelle du CO2 st elles fiables et à coût raisonnable ?
Un tel process consomme doublement une forte qtite d'énergie, pour extraire H2 et isoler CO2. Et en Allemagne, ça passera nécessairement par de la consommation électrique issue des ctrales au environnementale dispo d'ENR sera probablement insuffisante.
En résumé, la Commission s'engouffre ds une impasse énergétique et environnementale avec comme but stratégique de maîtriser les process liés à l'utilisation de H2 comme vecteur énergétique, histoire de ne pas se faire encore doubler par une puissance étrangère, comme ce fut le cas avec les panneaux photovoltaïques, les batteries auto et bientôt les télécom...
a écrit le 09/07/2020 à 16:17 :
Allemagne : 9 milliards sur la table pour développer cette énergie qui est la seule PROPRE (donc exclu l'électricité + batteries) et la France à la traîne avec 500 millions.
C'est toujours pareil la France a un train de retard comme avec la SNCF.
a écrit le 09/07/2020 à 12:36 :
Bien sûr le moteur à hydrogène est sympathique puisqu'il ne rejette que de l’eau mais faut-il pour autant se lancer « tête baissée » dans cette voie tant que l’on n’a pas vraiment étudié et communiqué sur les dangers que représenteraient pour les transports les voitures à hydrogène en cas d’accidents quand ce système aura été généralisé ? Bien sûr, en cas d’incendie, le réservoir, qui résisterait aux chocs, se viderait automatiquement grâce à un circuit protégé, bien sûr quelques véhicules au GPL roulent déjà et sont peut-être plus dangereux mais tout de même de là à dire que ça n’explosera jamais c’est peut-être exagéré ou, du moins, il faut en parler. Car ce serait sans doute dommage qu’un passager d’une voiture à hydrogène, n’ayant été qu’à moitié tué à cause du choc d’un accident, soit pulvérisé par une explosion. Je propose donc que de nombreux crash tests impliquant des voitures à hydrogène soient effectués, par exemple avec des voitures radio pilotées ou autonomes et que les résultats soient librement diffusés. Et puis aussi que d’autres solutions telles que celle du moteur fonctionnant grâce à une batterie à eau saline ne soient pas forcément « enterrées » parce que les grands groupes (européens) ont décidé que c’est l’hydrogène qu’il faut privilégier.
a écrit le 09/07/2020 à 9:24 :
Cela tombe bien, les allemands investissent dans ce domaine. L'Europe caniche leur donne raison, évidemment !!! Les allemands ont toujours raison.
Réponse de le 09/07/2020 à 18:00 :
Hâtons-nous lentement. L'essentiel est de laisser le champ libre à la Chine ou à l'Allemagne pour en fabriquer et de faire venir de la main d'œuvre étrangère en France ( car "on en a besoin").
a écrit le 09/07/2020 à 8:54 :
LOL !

Quand l'UE est leader de quelque chose qui n'existe pas.

Ça commence à devenir vraiment grave là, ils sont pas seuls dans leurs têtes les européistes moi je vous le dis !

"elle dispose des champions potentiels"

Étrange UE qui a tous les potentiels sans pourtant en démontrer un seul.
a écrit le 09/07/2020 à 8:17 :
S'il y a une telle urgence à décarboner, on peut, dès demain, interdire la traction de trains "de marchandises" par des locomotives Diesel - consommant plusieurs centaines de litre à l'heure - sur toutes les lignes électrifiées. Or il y en a des dizaines chaque jour, et de plus en plus, alors que le trafic stagne voire baisse. Notons aussi que le train à hydrogène n'est en Allemagne, qu'une option parmi d'autres. Ayant longtemps utilisé, par centaines, des autorails à accumulateurs - au plomb à l'époque- l'Allemagne fait aussi développer des rames voyageurs utilisant toutes les avancées technologiques réalisées dans ce domaine des batteries, dont l'autonomie atteint plusieurs centaines de kilomètres et qui peuvent venir se recharger très simplement sous toute caténaire. L'ídéal pour desservir par exemple les antennes pyrénéennes vers Luchon ou Oloron-Bedous après avoir chargé les batteries aux caténaires de la gare de Pau ou Montréjeau
a écrit le 09/07/2020 à 7:46 :
L'avion a hydrogène .... c'est de l'humour !
a écrit le 08/07/2020 à 23:49 :
Article purement politique et volontariste

La réalité est bien loin des rêves
95% de l hydrogène actuel vient du pétrole ou gaz et aucune technologie n est à la hauteur pour l instant
Il faut investir massivement dans les recherches ça aurait dû être fait depuis 20 ans
Pour l instant on fait de la com ..
a écrit le 08/07/2020 à 22:58 :
Monsieur Macron, incite notre industrie automobile à se tourner vers l’électrique à marche forcée. Est-il au courant, sans mauvais jeu de mot, que l’Allemagne, la Chine, le Japon investissent massivement sur l’hydrogène. Encore un manque de vision, qui nous coûtera cher.
Réponse de le 09/07/2020 à 18:04 :
Il y a.des.entreprises Françaises dans l hydrogène.. ils n ont pas attendi Macron pour se lancer renseigner vous !!
a écrit le 08/07/2020 à 21:20 :
"car elle dispose des champions potentiels pour créer une grande filière industrielle de l'hydrogène vert" mais leur électricité étant pas mal c(h)arbonnée, c'est moins pire (à vérifier) que de produire H2 à partir du pétrole, juste une "transition". Mais un électrolyseur ne sait pas si le courant est vert ou gris, il électrolyse.
Y a pas un train à hydrogène (pile à combustible) Alsthom qui circule en Allemagne ?
"de l'utiliser comme carburant pour ..., mais aussi pour les batteries." ? Quelles batteries ont besoin d'hydrogène ? A part la pile à combustible (qui n'est pas une batterie du tout, si on coupe H2 y a zéro volt).
a écrit le 08/07/2020 à 18:27 :
Nous aurons besoin de nos centrales nucléaires pour faire la transition donc n'allez pas trop vite pour vous en débarrasser!
a écrit le 08/07/2020 à 18:24 :
L'hydrogène....." propre" une précision pour rassurer, a mélanger a l'oxygène pour refaire de l'eau avec une détonation a clef! Mais de peu d’intérêt pour l'arrosage!
Réponse de le 08/07/2020 à 21:23 :
vous dépensez de l'énergie électrique pour séparer H2 et O2 (dissocier l'eau) et voulez faire exploser avec l'oxygène pour faire du bruit ? Quel intérêt ? :-)
La pile à combustible fait ça de façon tranquille, électricité et eau, sans fracas. Les feux d'artifice ça peut remplacer si vous tenez à faire du bruit. :-)
L'hydrogène ça sert à quantité de choses dans l'industrie ou les labos (réduction).
J'ai cru lire que le seul constructeur qui voulait utiliser H2 dans un vrai moteur (à explosion) a laissé tomber.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :