"Pour éviter le greenwashing, l'argent doit profiter aux véritables technologies"

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Pour Cycle Capital,  l'un des principaux critères d'investissement est la 'freedom to operate' ('FTO', liberté d'opérer), à savoir la propriété exclusive d'un brevet, explique Andrée-Lise Méthot.
Pour Cycle Capital, " l'un des principaux critères d'investissement est la 'freedom to operate' ('FTO', liberté d'opérer), à savoir la propriété exclusive d'un brevet", explique Andrée-Lise Méthot. (Crédits : DR)
Créé en 2009 par Andrée-Lise Méthot, Cycle Capital Management, fonds d'investissement canadien pionnier dans le secteur des technologies propres, est l'un des actionnaires de Green Mantra, entreprise lauréate de Tech For Planet pour son expertise "unique en matière de recyclage du plastique". Pour l'ancienne scientifique, cette startup illustre le principal facteur de succès d'une cleantech: la solidité de sa technologie et de ses brevets.

LA TRIBUNE - Qu'est-ce que Cycle Capital Management?

ANDRÉE-LISE MÉTHOT -  Il s'agit d'un fonds en capital-risque consacré aux technologies propres que j'ai fondé en 2009 à Montréal et qui est aujourd'hui le plus grand joueur dans ce secteur au Canada. Nous disposons désormais de quelque 231 millions de dollars pour l'Amérique du Nord, et venons de créer une plate-forme consacrée à la Chine dotée de 125 millions de dollars.

Pourquoi avez-vous voulu créer un fonds spécialisé dans les cleantech?

Je suis ingénieure de l'environnement de formation, et personnellement engagée pour la protection de la planète. Mais j'estime que la finance peut faire avancer cette cause plus vite que la science. Sans compter que les technologies propres ont aujourd'hui aussi un fort potentiel économique: si vous avez des doutes, allez interroger Elon Musk.

Comment intervenez-vous?

Nous choisissons rigoureusement les entreprises dans lesquelles nous souhaitons investir: des 500 dossiers que nous recevons chaque année, un ou deux sont retenus, à proximité de nos bureaux satellites de Toronto, New York, Seattle et Qingdao (Chine), afin d'être véritablement près des entrepreneurs. Nous avons trois fonds distincts selon le stade de développement de chaque startup. Dans tous les cas, l'un des principaux critères est la "freedom to operate" ("FTO", liberté d'opérer), à savoir la propriété exclusive d'un brevet. Nous vérifions cela au niveau mondial et nous nous appuyons sur l'expertise d'un ancien directeur général de la propriété intellectuelle de Microsoft, Louis Carbonneau, qui fait partie de notre équipe. Nous acquérons une participation minoritaire dans ces entreprises, entre 20 % et 40 % du capital. Mais nous accélérons aussi les investissements d'autres partenaires aux expériences variées, ainsi que l'obtention de subventions publiques. Nous venons ainsi tout juste de franchir le cap du milliard de dollars levés.

Parmi les entreprises dont vous êtes actionnaires, figure Green Mantra Technologies, qui a été sélectionnée par le réseau français d'open-innovation Numa pour l'événement Tech For Planet. Pourquoi avez-vous choisi d'investir dans cette startup?

Green Mantra possède justement une technologie propriétaire et intervient dans l'un de nos domaines d'intérêt: l'économie circulaire, et notamment la valorisation des déchets. Son PDG, Kousay Said, un ancien de Dow Chemical, se distingue par une vraie expertise technique. Dans son usine à Brantford, dans l'Ontario, grâce à un système de catalyse intégralement sous brevet, Green Mantra brise la chaîne des polymères du plastique, et parvient à produire à partir des déchets des additifs, des cires, des encres, qui sont véritablement compétitifs et rencontrent un vrai succès sur le marché. Elle a même déposé un brevet et travaille aujourd'hui sur un plastique encore difficile à recycler, le polystyrène: face au risque que ce matériau soit aboli, nombre de producteurs, tels que Total, sont très intéressés à la recherche de solutions ! Nous sommes actuellement en quête des fonds pour construire une deuxième usine.

Quel est l'impact potentiel d'une telle technologie?

Avec une tonne de déchets en plastique, Green Mantra arrive à produire presque une tonne de produits commercialisables, ce qui est assez extraordinaire. Et pour 10.000 tonnes de produits finis, l'économie en émissions de gaz à effet de serre est de 31.000 tonnes, à savoir l'équivalent des émissions annuelles de 60.000 voitures américaines. Les additifs de Green Mantra peuvent d'ailleurs améliorer les caractéristiques et donc faciliter l'utilisation d'autre plastique recyclé et les produits finaux sont à leur tour recyclables.

D'une manière plus générale, nous considérons que la chimie verte est l'un des piliers de l'avenir de l'économie circulaire, l'enjeu étant d'offrir une alternative aux produits fossiles. L'entreprise la plus développée de notre portefeuille intervient d'ailleurs elle aussi dans ce domaine. Il s'agit d'Enerkem, qui possède une technologie permettant de transformer par gazéification les déchets ultimes, normalement destinés à la décharge ou à l'incinérateur, en méthanol ou éthanol. Elle travaille aujourd'hui avec AkzoNobel, Suez et d'autres partenaires à la construction d'une usine de protection de produits chimiques renouvelables à partir de déchets résiduels à Rotterdam, aux Pays-Bas. La capacité de cette usine sera de deux fois supérieure à celle qu'elle opère déjà à Edmonton, en Alberta.

Qu'est-ce qu'un événement comme Tech For Planet ou le One Planet Summit peut apporter à Green Mantra ?

Si des partenaires potentiels sont là, cela peut sans doute aider à établir des contacts. Mais il ne faut pas se fourvoyer: le vrai enjeu pour les entrepreneurs des cleantech est surtout de bien mener leurs opérations, obtenir des résultats et trouver les financements appropriés. Pour faire partie des startups minoritaires qui réussissent, ils doivent choisir leur bataille, et le plus important est de se consacrer à la réussite de leurs projets. Ils doivent aussi savoir convaincre, car pour lever de l'argent il ne suffit pas d'avoir une bonne idée !

Est-ce que les pouvoirs publics les aident assez?

Certains pays montrent de la bonne volonté. C'est le cas de la Chine, qui, dans son plan quinquennal, se fixe des objectifs très clairs en matière d'environnement, et du Canada, où le gouvernement de Justin Trudeau a envoyé des signaux positifs sur l'importance des cleantech. Emmanuel Macron fait de même depuis son élection. Mais en général, les législateurs sont en retard. Et une question essentielle est aussi de savoir comment ces engagements vont être mis en oeuvre. Pour éviter le greenwashing, il faut des acteurs capables de comprendre les enjeux, ainsi que de l'argent "intelligent", consacré aux véritables technologies d'avenir.

Propos recueillis par Giulietta Gamberini

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Commentaires
a écrit le 15/12/2017 à 10:42 :
Existe-t-il ou est-il prévu une plateforme pour la France?
a écrit le 13/12/2017 à 11:11 :
Merci pour cet article mais nous savons parfaitement que l'argent ira dans les dividendes ne faisant que gonfler les paradis fiscaux.

"Les gangsters de la finance" https://www.arte.tv/fr/videos/069080-000-A/les-gangsters-de-la-finance/

Avec nos politiciens appartenant à ces gens là on voit mal comment éviter la fin de l'humanité.
a écrit le 13/12/2017 à 8:27 :
Les véritables technologies comme les soit disant fausses informations ne profite véritablement qu'a peu de monde!

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