Recycler pollue-t-il ?

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Globalement, 68% des gaz à effet de serre non émis dans l'atmosphère grâce au recyclage dépend de la production évitée de matériaux d'origine vierge, alors que l'extraction évitée de matières premières fossiles représente 71% du bilan global d'économies d'énergie, relève l'étude.
Globalement, 68% des gaz à effet de serre non émis dans l'atmosphère grâce au recyclage dépend de la production évitée de matériaux d'origine vierge, alors que l'extraction évitée de matières premières fossiles représente 71% du bilan global d'économies d'énergie, relève l'étude. (Crédits : REUTERS/Philippe Wojazer)
Une étude inédite de la fédération des entreprises du secteur et de l'Ademe analyse l'impact du recyclage en matière d'émissions de gaz à effet de serre comme d'énergie économisée. Elle confirme que, globalement, le recyclage est bénéfique pour la planète.

Collecte, transport, transformation... le recyclage, auquel les pouvoirs publics invitent de plus en plus particuliers et entreprises, n'est pas exempt d'impact environnemental. Mais à quel point trier est moins coûteux pour la planète que jeter à la poubelle, utiliser des matières retraitées, plus vertueux que des matériaux vierges ? Une étude menée par la Fédération des entreprises du recyclage (Federec) en partenariat avec l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), publiée le 1er décembre à l'occasion du salon Pollutec, tente pour la première fois de répondre de manière globale à cette question. Si jusqu'à présent diverses évaluations environnementales du recyclage ont en effet été effectuées en France, aucune d'entre elles ne s'était encore penchée sur l'ensemble des huit filières les plus représentatives du marché: métaux ferreux, non-ferreux (aluminium et cuivre), papiers et cartons, verre d'emballage, plastiques d'emballage, granulats et textiles chiffons.

L'étude révèle qu'en 2014 ces huit filières de l'industrie -qui dans son ensemble représente 8,3 milliards d'euros de chiffre d'affaires et 476 millions d'euros d'investissements- ont permis d'éviter environ 22.800 kilotonnes équivalent CO2, soit  les émissions annuelles de 9,6 millions de véhicules, un quart du parc automobile français en 2015. En termes d'économies d'énergie, en 2014 le recyclage des matériaux des différentes filières étudiées a permis d'éviter la consommation d'environ 126.000 GWh, soit un quart de la production électrique française.

Les métaux ferreux, modèle vertueux

Afin de permettre une meilleure compréhension de l'impact environnemental du recyclage, l'étude détaille la contribution de chaque filière, ainsi que de chaque phase du processus, selon la méthodologie de l'analyse de cycle de vie (ACV). 74% du bilan total des émissions de gaz à a effet de serre évitées est dû aux métaux ferreux, dont  12.900 kilotonnes ont été collectées en 2014. L'aluminium pèse à hauteur de 19,5% du bilan total, alors que les autres flux dans leur ensemble n'en représentent que 6,5%, malgré 33.470 kilotonnes  de déchets collectées (dont 27.700 kilotonnes venant du bâtiment à lui seul).

Recyclage et effet de serre

La seule filière pour laquelle on constate un impact négatif sur l'effet de serre est le recyclage du carton, qui émet plus de CO2 que sa production à partir de matière vierge. "Ceci s'explique par le type d'énergie utilisée par les industriels du recyclage par rapport aux industries produisant du carton d'origine vierge", analyse le Federec, qui précise: "Ces dernières utilisent une plus grande quantité d'énergie d'origine renouvelable (biomasse)", dont la combustion "émet du carbone d'origine biogénique qui n'est pas comptabilisé". Concernant les économies d'énergie, le recyclage du carton figure en revanche parmi les filières les plus contributrices, à hauteur de 32,2% du bilan total. En effet, il nécessite une consommation totale d'énergie inférieure à celle du carton fabriqué à partir de matière première primaire, explique Federec. Suivent les métaux ferreux (27%), l'aluminium (20%), le papier (12%). L'ensemble des autres flux pèse  8,3% du bilan.

Recyclage et économies d'énergie

Globalement, 68% des gaz à effet de serre non émis dans l'atmosphère grâce au recyclage découlent de la production évitée de matériaux d'origine vierge, alors que l'extraction évitée de matières premières fossiles représente 71% du bilan global des économies d'énergie.

Analyse cycle de vie recyclage

En attendant un vrai prix carbone

Désireux d'aider l'ensemble de l'industrie à s'améliorer dans le cadre du déploiement de la stratégie nationale d'économie circulaire, Federec  accompagne son étude d'un outil Web permettant aux adhérents de la fédération d'évaluer l'impact de leurs propres processus de production. Ils pourront ainsi choisir en connaissance de cause entre, par exemple pour les métaux, les procédés du broyage ou du cisaillage, et évaluer les coûts environnementaux des diverses distances de transport, consommations d'énergie, etc.

L'étude souligne néanmoins que la manière la plus immédiate de rendre visible cet impact serait de donner un vrai prix au carbone qui, prenant en compte les externalités, permettrait de "rééquilibrer les systèmes économiques et écologiques". Cela permettrait également de redonner un coup de pouce à l'industrie du recyclage qui, malgré sa contribution directe à la création d'emplois non délocalisables (en grande majorité en CDI), traverse en ce moment en France une crise, essentiellement due à la baisse du coût des matières premières vierges et préjudiciable à la transition énergétique.

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Commentaires
a écrit le 02/12/2016 à 8:43 :
Et revoilà la propagande écolo-taxeuse.
Tant pis pour la France qui travaille.
Sauvons la Planète (mégalomanie, un des symptômes de la paranoïa).
Se plaindre de ce que la vie n’est pas assez chère : il faut le voir pour le croire ; le Trumpisme a de l’avenir.
Virons les Verts avant qu'ils nous virent !
ps Mais où vont les journaux à nous servir cette bouillie pour les chats ; où et passé la déontologie de l’information ? Ne vous laissez pas ronger aux verts !
a écrit le 01/12/2016 à 22:16 :
Pourquoi le recyclage est-il synonyme de destruction obligatoire de tout ce qu'on n'utilise plus et qui pourrait être utile à une autre personne?
a écrit le 01/12/2016 à 9:28 :
Vu ce que je paie pour les ordures, si ce n'était pas rentable pour eux, je me poserais des questions...
a écrit le 01/12/2016 à 9:13 :
La privatisation de la filière du recyclage ne peut fonctionner qu'avec une économie de commerce en forme et donc avec une consommation des ménages en bonne santé et non moribonde comme actuellement à cause de l'acharnement néolibérale contre les salaires.

Sans consommation le prix des matières premières ne peut que chuter entrainant ainsi pour cette filière privée un manque à gagner énorme devenant immédiatement contre-productif par rapport à l’environnement étant donné que du coup il vaut mieux fabriquer que recycler, ça coute moins cher le marché de la demande étant en récession.

Il fallait bien se douter que le stupide dogme néolibéral se heurterait, je ne m'y attendais pas aussi rapidement quand même mais de part les imbéciles aux postes de décideurs là dedans ce n'est pas étonnant, à la réalité, c'est déjà fait.

Bravo les neuneux, encore une fois bien joué.

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