Sérieux revers pour le mégaprojet de fusion nucléaire ITER, touché par des fissures
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Photo d'illustration
MG
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Photo d'illustration
MG
[Article mis à jour le 22/11/2022 à 17:36 avec les explications de Greg de Temmerman, coordinateur scientifique du projet ITER entre 2014 et 2020]
C'est un coup dur pour l'un des projets les plus ambitieux au monde dans le domaine de l'énergie, avec des conséquences probablement considérables en termes de calendrier et de coûts. Initié en 2006, le colossal programme scientifique ITER, censé démontrer que la fusion (l'énergie du Soleil et des étoiles) pourra un jour générer d'immenses quantités d'électricité décarbonée, se trouve confronté à des problèmes de « grande dimension », selon un communiqué publié par l'organisation ITER hier soir. De quoi éloigner l'espoir d'une première fusion nucléaire à pleine puissance dès 2035 dans cette gigantesque machine expérimentale, située à Cadarache (Bouches-du-Rhône) et issue de la coopération de 35 pays.
En effet, des fissures atteignant jusqu'à 2,2 millimètres de profondeur ont été identifiées dans plusieurs composants clé du tokamak, la fameuse structure en forme de donut à l'intérieur de laquelle devra se dérouler la fusion. Cette dernière consiste à chauffer à 150 millions de degrés des isotopes d'hydrogène, le deutérium et le tritium, alors sous forme de plasma, afin de dégager des quantités d'énergie faramineuses absorbées par les parois d'une chambre à vide située dans ce tokamak. Une réaction en chaîne qui ne génère quasiment aucun déchet, contrairement à la fission de noyaux lourds d'uranium, utilisée par toutes les centrales nucléaires en fonctionnement aujourd'hui.
À lire également
Seulement voilà : les défauts de corrosion touchent « les boucliers thermiques et les secteurs de la cuve à vide », précise ITER dans son communiqué. Or, ceux-ci remplissent une fonction majeure, puisqu'ils sont censés limiter le transfert thermique entre les zones de température très élevée et ceux nécessitant d'être maintenus à très basse température. Et pour cause, la chambre à vide où se déroulera la fusion à 150 millions de degrés ne se trouvera qu'à un mètre environ de bobines magnétiques, refroidies dans de l'hélium liquide à -269°C afin d'être supraconductrices (c'est-à-dire conduisant parfaitement un courant, sans résistance, et donc sans perte d'énergie). « Les boucliers thermiques sont des pièces recouvertes d'argent situées entre ces deux secteurs, qui visent à minimiser les flux de chaleur entre eux », précise à La Tribune Greg de Temmerman, coordinateur scientifique sur le projet ITER entre 2014 et 2020. Et ainsi protéger le système magnétique supraconducteur qui créera le plasma.