De Paris à San Francisco, les sacs plastiques perdront-ils leur droit de cité ?

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Selon les chiffres de l'Agence de la protection de l'environnement des États-Unis, citée par le Sénat français, entre 500 et 1 000 milliards de sacs seraient utilisés chaque année dans le monde.
Selon les chiffres de l'Agence de la protection de l'environnement des États-Unis, citée par le Sénat français, entre 500 et 1 000 milliards de sacs seraient utilisés chaque année dans le monde. (Crédits : reuters.com)
L’exécutif parisien espère faire interdire les sacs en plastique à usage unique, prenant ainsi les devants sur un nouveau projet de législation national. Au même moment, de l’autre côté de l’Atlantique, le gouverneur de Californie compte étendre une interdiction déjà pratiquée à San Francisco depuis sept ans.

La France, Paris en tête, adoptera-t-elle la mode des "brown bags" américains ? L'interdiction des sacs plastiques fabriqués à partir du pétrole pour cause de désastre environnemental, un "serpent de mer" qui resurgit dans l'actualité à la faveur de projets de lois et de règlementations. Partout, le but est le même: lutter contre la pollution générée par les déchets plastiques, lesquels se retrouvent dans les océans, provoquant par agglomération la constitution de "continents plastiques" ; en outre, les microparticules issues de leur désagrégation auraient des effets néfastes sur la santé. Dernière en date à prévoir un tel bannissement, la Mairie de Paris.

Anne Hidalgo a annoncé le 30 septembre son intention de faire voter une telle interdiction, qui concernerait non seulement les sacs dits "de caisse" mais également ceux distribués pour les fruits et légumes. Avant une interdiction formelle, la première étape consistera à faire figurer cette interdiction dans le cahier des charges de l'appel d'offres pour le renouvellement de la délégation de service public des marchés parisiens, qui arrive à terme à la fin de l'année.

Paris se veut "vertueuse" avant la conférence sur le Climat

L'enjeu d'une telle accélération dans la capitale ? Paris, qui doit "accueillir en 2015 la conférence sur le Climat" tient à s'engager "en amont pour lancer cette dynamique vertueuse", vante une porte-parole de la Mairie.

Si le conseil municipal, après "concertation avec les commerçants", validait une extension de cette interdiction, Paris prendrait ainsi de l'avance sur le programme prévu à l'échelle nationale, Ségolène Royal, ministre de l'Environnement, ayant fait introduire au mois de juin un amendement à la loi sur la biodiversité prévoyant une mesure similaire applicable en 2016. La loi sur la transition énergétique actuellement débattue au Palais Bourbon prévoit, elle aussi, une interdiction de ce type (article 19.bis).  Ici encore, il s'agit de faire du zèle puisque cela traduit une directive européenne qui prévoit de diviser par deux la consommation de sacs plastiques à usage unique d'ici à 2017.

A San Francisco, la question, c'est le prix

La Ville Lumière serait peut-être pionnière parmi les agglomérations françaises, mais pas dans le monde. San Francisco, régulièrement citée comme une métropole avant-gardiste en matière d'environnement, a imposé une première interdiction dès 2007, visant dans un premier temps les grandes chaînes de supermarchés et de pharmacie, qui sont également des supérettes outre-Atlantique. En 2012, le conseil municipal a étendu cette interdiction à tous les autres distributeurs. Ces derniers sont contraints de proposer des sacs réutilisables et/ou compostables vendus 1 "dime" (10 cents, soit environ 8 centimes d'euro).

Bien sûr, cette interdiction ne s'est pas faite sans heurts. Un lobby pro-plastique, Save the Plastic Bag, a par exemple lancé une action en justice fin 2013, qui a depuis échoué. Les défenseurs du plastique arguent que ce dernier serait en réalité moins nocif pour l'environnement que les sacs en papier ou les sacs compostables, si l'on considère leur impact carbone. En outre, le prix de 10 centimes de dollar pièce ne serait pas suffisamment dissuasif. Justement, l'objectif d'augmenter le tarif pour qu'il atteigne un "quarter" (25 centimes de dollar) est bien visé depuis 2011 par l'agglomération californienne ainsi que par d'autres villes de l'Etat comme San José, mais elle n'est toujours pas appliquée.

Il n'en reste pas moins que San Francisco a montré le chemin. Non seulement une centaines d'autres villes ont suivi mais, désormais, c'est toute la Californie qui s'y est mise. Le jour où Anne Hidalgo annonçait son projet, le gouverneur démocrate de l'Etat le plus peuplé du pays, Jerry Brown, signait l'extension de cette interdiction à l'ensemble de l'Etat.

 Liste des villes ayant mis en place des limitations de l'utilisation des sacs plastiques autour de la Baie de San Francisco (source: http://www.savesfbay.org/banmap)

La réplique des lobbies

Si l'association des distributeurs californiens, une institution plus que centenaire qui regroupe 6.000 points de ventes, la soutient -le distributeur Target (mais pas Wal-Mart) ayant même apposé sa signature à une pétition en sa faveur-, des lobbies s'y sont opposés. A commencer par celui de l'industrie du plastique qui met en avant le risque pour les emplois. L'American Progressive Bag Alliance a, quant à elle, obtenu suffisamment de soutiens pour que la question soit soumise à un référendum. Or celui-ci sera organisé à l'occasion de l'élection présidentielle de novembre 2016.

En attendant de vérifier si l'Etat se montre moins frileux que certaines de ses collectivités, l'exemple de San Francisco fait tâche d'huile hors des frontières de l'Amérique. Le cas du "Paris de l'Ouest" aurait ainsi compté parmi les "études comparatives menées" par l'exécutif parisien pour son projet, indique-t-on à la Mairie de Paris.

Ailleurs, toujours au niveau local, une généralisation de l'interdiction est déjà effective en Corse. Par ailleurs, de façon indépendante, des distributeurs s'y mettent qui communiquent ainsi sur leur action environnementale, sans que les effets réels soient quantifiés de façon globale et indépendante. Ainsi, E.Leclerc annonce-t-il que, depuis les mesures prises en 1996, la distribution de sacs plastiques a été divisée par 20. En outre, une étude régulièrement citée a été menée par le cabinet PwC en 2003 (et actualisée en 2005)... à la demande de Carrefour. Surtout, avec l'explosion des systèmes de drives en France, les sacs plastiques supprimés en bout des caisses ou bien devenus payant resurgissent dans les coffres des voitures. Et les projets pour les réduire restent rares. Monoprix par exemple réplique que "les sacs dédiés sont désormais fabriqués en plastique recyclé" et que "le client a la possibilité de les remettre au livreur lors d'une prochaine livraison". Encore faut-il qu'il n'oublie pas de le faire.

"Des tentatives de législations, il y en a eu beaucoup. Aucune n'a aboutit", rappelle enfin Catherine Larinier, membre de l'Agence régionale de l'environnement de Haute-Normandie qui suit le dossier depuis plusieurs années. Par exemple, ce projet de loi, qui visait une interdiction des sacs non biodégradables au 1er janvier 2010, et qui a été abandonné.

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Commentaires
a écrit le 12/10/2014 à 10:35 :
RECYCLE LE PLASTIQUE C EST POSSIBLE AUJOURDHUI. ON PEUT FAIRE DES SACS BIODECRADABLE ?MAIS PAS EN PAPIER? CAR CELA VA UTILISE TROP DE BOIS? ON PEUT FAIRE DU PLASTIQUE BIODECRADABLE AVEC PLEIN DE PLANTES ET DECHES VERT ? ??
a écrit le 04/10/2014 à 11:07 :
La seule manière de résoudre un problème de la sorte c'est d'instituer, au lieu d'une taxe, "la consigne" qui permettait de réduire les déchets autour de nous et donc tout ce qui en découlent comme son ramassage et son recyclage.
a écrit le 03/10/2014 à 22:50 :
Les sacs papier remplaceront, eux sont biodégradables ; par contre pour mettre les déchets, ou petits détritus, ça ne fonctionnera pas, on achètera des sacs poubelle, mais ceux ci ne volèteront plus partout! une bonne chose...!
a écrit le 03/10/2014 à 12:30 :
Les sacs plastiques interdits aux fruits et legumes ? On fait comment ? On les fait payer en caisse !9a va donc etre plus cher et diminuer le pouvoir d'achat à moins que l'on melange tous les fruits et legumes dans le caddy ce qui va etre gai pour passer en caisse et notamment sur les balances qui ont une petite surfaces !Faudra sortir les petits poids un a un ,les patates unes à une ext.....On va bien rigoler!Alors que ces sacs sont recyclés en decheterie en vient nous emmerder avec ça !Une lubie écolo/socialiste !De plus ces sacs ont une trés grande utilités en cuisine .On y met des detrituts liquides voire solide qui sont fortement fermentescibles et dont l'odeur est nauséabonde tout le monde sait ça .Et bien sans ces sacs on versera tout dans la poubelles comme ça ça sentira trés mauvais et on verra ce qui se passera surtout au niveau des éboueurs ...........
Réponse de le 03/10/2014 à 17:15 :
ça existe déjà dans certaines enseignes ! (bio en général) C'est donc remplacé par des petits sacs en papier (comme aux US), et ça ne pose aucun problème, c'est tout aussi pratique.
Réponse de le 03/10/2014 à 21:56 :
Oui mais pour la poubelle ménagère, ces sacs plastiques étaient bien pratiques et on les recyclaient en tant que sac poubelle. Demain on achètera des gros sacs plastiques pour nos poubelles. Environnementalement où est le gain? Et pour les éboueur, au lieux de ramasser un petit sac plus souvent et qui ne sentait pas, ce sera un gros plus rarement qui puera avec des larve de mouche dedans en été... Je les plein!!!
a écrit le 03/10/2014 à 12:10 :
Pourquoi ne pas plutôt verbaliser les incivilités comme en Suisse et mettre à disposition plus de poubelles publiques à l'instar des "salles de shoot" pour les toxicomanes (sujet dont plus personne ne parle)?
a écrit le 03/10/2014 à 10:37 :
Enfin un plan d'action complet pour relancer l'économie française et résorber sa dette.
Nos gouvernants ont vraiment la préoccupation des choses déterminantes pour l'ensemble des français et de son économie pour le futur.
ILS SONT FOUS CES SOCIALISTES ET ILS NE FONT RIEN POUR LEUR PAYS
Réponse de le 03/10/2014 à 17:16 :
euh, le rapport ? On peut quand même mener plusieurs politiques à la fois, non ? Surtout qu'ici il s'agit d'actions de collectivités locales ? Donc pour vous l'un empêche l'autre ?
a écrit le 03/10/2014 à 9:32 :
l'interdiction totale des sacs plastiques est le minimum du minimum (qui aurait pu être fait il y a 15 ans déjà)!!!! Faudrait penser à passer la marche avant!!!
Réponse de le 03/10/2014 à 10:56 :
Pourtant ces sacs sont bien utiles ! Mais il ne faut pas les jeter partout, comme le reste, verre, boîtes de conserve... C'est avant tout une question d'éducation.
Réponse de le 03/10/2014 à 11:36 :
Ce n'est pas une question d'éducation, c'est une question de traitement des déchets: ces sacs individuels sont trop couteux à recycler et ils coutent du pétrole pour leur fabrication.
Réponse de le 03/10/2014 à 14:33 :
à Non ;Ces sac plastiques ne coutent strictement rien en petrole !Vous croyez que l'on extrait du petrole pour fabriquer des sacs plastics à 150 $ le baril ? Ce plastic n'est rien d'autres qu'un des residus du pétrole ,un dechet aprés avoir extrait ce qui est noble et cher dedans essence ,gazoil ,kerozene ext.....
a écrit le 03/10/2014 à 9:19 :
Une très bonne chose! les gens n'ont qu'à employer des cabats...Dommage que les sacs recyclables en maïs soient chers à la production, c'était une très bonne idée cependant...
Réponse de le 03/10/2014 à 12:49 :
le maïs détruit l' écosystême malheureusement. il n' y a rien de simple.
Réponse de le 03/10/2014 à 14:38 :
@?!!Des cabas !Et dans les cabas on met tout melangé carottes patates ,petit poids haricots verts ext......Puis on sort tout au detail en caisse en faisant le trie ? Je suis sur que vous serrez le premier à rouspeter !Il faut arreter de ne voir que le bout de son nez .......
a écrit le 03/10/2014 à 4:47 :
A quand l'interdiction des capotes?
Réponse de le 03/10/2014 à 7:54 :
elle utilise des capotes en papier.
Réponse de le 03/10/2014 à 17:24 :
A Michel
Pas du tout !
C'est sa femme qui les lui tricote, un modèle léger en été, un modèle chaud en mohair, pour l'hiver.
Réponse de le 03/10/2014 à 22:47 :
hé!hé! merci pour l'humour !
a écrit le 02/10/2014 à 23:31 :
Tout ça n'est pas une question de sac plastique mais une question d'éducation civique. Si les utilisateurs ne les laissaient pas traîner, le problème ne se poserait nulle part. De plus, on va faire tout ça dans notre petit coin alors qu'ailleurs dans le monde on s'en bat les amygdales.
Réponse de le 03/10/2014 à 8:54 :
La gauche, incapable de régler les problèmes majeurs (économie), se focalise sur des broutilles en nous faisant croire que c'est pour sauver le monde, la planète et l'humanité...
Réponse de le 03/10/2014 à 17:18 :
sauf que ça fini en décharge, en général, quand ça ne vole pas dans la nature avant, même si on l'a jeté dans une poubelle. S'en passer ne coute vraiment pas grand chose aux gens, faut arrêter de délirer.

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