Le plan secret d'Air France pour développer Transavia

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(Crédits : Paul Hanna)
Selon nos informations, Air France prévoit de doubler la flotte de sa filiale low cost Transavia France d'ici à cinq ans, en passant de 40 Boeing 737-800 aujourd'hui à 80 exemplaires à l'été 2025. Aussi dure soit-elle, la crise permet à Transavia de combler son retard de développement en France, en raison de la réduction de voilure des low-cost étrangères. Analyse.

Le transport aérien est au plus bas malgré le rebond du trafic pendant les fêtes de fin d'année. Et la menace d'une troisième vague de l'épidémie en début d'année prochaine ne prête pas à l'optimisme. Cependant, même si le premier trimestre 2021 s'annonce difficile pour le transport aérien, l'effet positif du vaccin attendu d'ici à six mois laisse espérer le début d'une véritable reprise à partir de l'été prochain. Dans ce contexte, Air France pousse les feux sur sa filiale low-cost, Transavia France.

Une vingtaine de nouveaux avions en 2021 et 2022

Comme La Tribune l'avait révélé fin septembre, Transavia va faire l'objet l'an prochain du plus fort développement depuis sa création en 2007. Sa flotte doit en effet passer de 40 appareils aujourd'hui à 48 cet été, avec l'arrivée de huit nouveaux Boeing 737-800. Ce plan est toujours d'actualité. Mieux, selon nos informations, le plan de croissance de Transavia France pour les prochaines années prévoit un doublement de la flotte d'ici à l'été 2025, à 80 avions. Soit l'équivalent de la flotte actuelle de Transavia France et de Transavia Holland réunies. La moitié de cette croissance quinquennale doit être réalisée au cours des deux prochaines années. Après l'entrée de huit avions supplémentaires en 2021, onze autres sont prévus en 2022. S'appuyant sur des B-737-800 d'occasion, ce développement se focalisera sur le réseau intérieur français, à la fois au départ de Paris et pour les lignes régions-régions, mais aussi vers l'Europe et le bassin méditerranéen. Dans le même temps, Air France et Hop réduiront la voilure sur le court et moyen-courrier.

Interrogés ni Transavia ni Air France n'ont souhaité faire de commentaire.

Opportunité

Aussi dure soit-elle pour toutes les compagnies aériennes, la crise sanitaire constitue une opportunité pour Transavia de rattraper son retard sur les autres compagnies aériennes low-cost présentes dans l'Hexagone. Au cours des années précédant la crise, Easyjet, Volotea, Vueling ou Ryanair n'ont cessé de se développer dans le ciel français, en particulier sur les lignes transversales (régions-régions), en profitant de l'impossibilité de Transavia d'assurer des vols intérieurs. En effet, la filiale d'Air France n'avait pas le droit d'opérer des vols domestiques. Un accord de périmètre d'activité avec Air France et ses pilotes l'interdisait. La situation s'est débloquée l'été dernier avec la signature d'un nouvel accord. Dans la foulée, Transavia a débuté cet automne ses premières lignes intérieures, au moment où la concurrence des low-cost étrangères est au plus bas avec la faiblesse du trafic.

Lire aussi : Transavia sur le réseau intérieur, ça commence avec 5 lignes en novembre!

Résultat : grâce à la réduction de voilure de ses concurrentes provoquée par la crise, Transavia, qui accusait plusieurs années de retard, se retrouve aujourd'hui, sur un pied d'égalité. La probabilité pour la filiale d'Air France d'arriver sur une ligne déjà verrouillée par Easyjet ou Volotea sera beaucoup plus faible.

Course aux parts de marché

Il est peu probable néanmoins que les low-cost étrangères laissent le champ libre à Transavia. D'autant plus qu'elles risquent elles aussi de se focaliser sur les gros marchés domestiques en Europe, comme la France, appelés à redémarrer plus rapidement que les marchés internationaux, lesquels resteront pénalisés par les restrictions de voyage.

Néanmoins, ce scénario comporte un obstacle de taille : une telle course aux gains de parts de marché entraîne de fortes consommations de cash, et tous les transporteurs réfléchiront à deux fois avant de mettre des capacités en sièges. Les compagnies ayant les reins les plus solides seront évidemment les plus avantagées. Sur ce point, avec les aides d'Etat obtenues et à venir, le groupe Air France dispose d'une force de frappe inégalée.

Lire aussi : Air France-KLM : le montage de la recapitalisation se précise

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Commentaires
a écrit le 18/12/2020 à 17:05 :
Transavia France existe depuis 2007 et tous les 18 mois, nous avons droit à un plan stratégique ou un plan secret pour développer Transavia ...
Transavia France c'est 42 avions
Easyjet c'est 339 avions
RyanAir c'est 370 avions
Enfin, Transavia vole sur Boeing 737 car les syndicats d'Air France (qui vole sur Airbus A320) ne voulaient pas que les équipages soient interchangeables ....
Réponse de le 18/12/2020 à 18:32 :
Si votre dernier argument sur le choix syndical des 737 a pu être pertinent, cet argument ne tient plus dès lors que les équipages sont, pour leur écrasante majorité, des PNT AirFrance : leur interchangeabilité deviendrait même pour eux un argument de plus pour garder la main sur les pnt Transavia-France !!!
La rapidité des évolutions de carrière viendra même plus de Transavia que de la traditionnelle Air-france ...
Tout le monde peut donc trouver intérêt à cet inter-opérabilité
Réponse de le 20/12/2020 à 14:42 :
Ce ne sont absolument pas les syndicats qui on poussé pour l’adoption du b737. C’est la direction d’Air France de l’époque et ce , en effet , pour éviter que le personnel d’Air France puisse travailler à Transavia .
D’autre part , seule la direction de cette entreprise a la main sur ses investissements en matière de flotte. Les syndicats peuvent éventuellement être consultés pour avis mais en aucun cas ne décident des achats.

Transavia a été et reste un outil pour éjecter le personnel d’Air France du low-cost .

Les pilotes AF ont obtenu , non sans difficulté , de travailler pour Transavia , aux conditions low-cost, dont ils sont très contents . Les autres catégories de personnels , rebutées par les conditions Low-cost ( on les comprend ) n’ont pas tenté l’aventure .
a écrit le 17/12/2020 à 16:59 :
Soyons "fair play" sur la commande de Boeing par Transavia
1. Beaucoup d'entreprises françaises aéronautiques vivent autant des commandes Airbus que Boeing. Le 737 ou le 787 sont en bonne partie composés d'équipements "made in France".
2. Le carnet d'Airbus A320 est très rempli est dépasse celui des 737 côté Boeing
3. Les compagnies américaines (Delta, American, United) ont commandé des dizaines d'Airbus.
a écrit le 17/12/2020 à 16:55 :
C'est du délire climatique: à croire que l'on a toujours pas compris ce qui était en train de se passer. L'aviation civile doit réduire sa voilure car elle n'aura pas les passagers qu'elle escompte ni la liberté d'exercer qu'elle croit toujours intangible.
a écrit le 17/12/2020 à 10:13 :
Pourquoi des Boeing et non des Airbus.? Ils sentent le pâté ?
Réponse de le 17/12/2020 à 11:02 :
Peut-être que Boeing va brader ses avions pour relancer rapidement ses ventes, dans ce cas Air France pourrait faire de bonnes affaires.
De toute façon, deux occidentaux en concurrence pour contrer Comac dans la R&D et sur les appels d'offres est le bon format. Sans quoi les appels d'offre vireraient à un duel Airbus Comac, ce qui aboutirait automatiquement à des ventes Comac en Occident et dans le Golfe, puisque les compagnies achètent souvent en mettant en concurrence deux constructeurs pour obtenir les meilleurs rabais, pour au final partager leurs commandes entre ces deux constructeurs. Si Boeing disparaissait, Comac le remplacerait auprès de nombreuses compagnies.
Réponse de le 17/12/2020 à 11:33 :
Historiquement, Transavia a été créé par les Hollandais, qui ont choisi une cohérence de flotte avec les avions de KLM.
Progressivement, Transavia France s'est développé ensuite sur la base de la même cohérence...
Maintenant que Transavia France a pris sont autonomie et qu'elle voit sa flotte se développer très fortement, une cohérence avec Air France ferait peut-être sens... Et ce, d'autant plus que les pilotes Transavia, en leur écrasante majorité, sont des pilotes Air France !!! Une telle cohésion pousserait donc a orienter Transavia France vers Airbus, tandis que Transavia Holland resterait Boeing ...
Ceci dit, d'autres critères rentrent en ligne de compte : disponibilités de nouveaux appareils (ex: Norwegian a mis en vente des Boeing, pas des Airbus..!!!), prix de vente pratiqués par les constructeurs, etc ...
Il est certain, par contre, que si une évolution de ce type devait avoir lieu, il faudrait une décision très Très rapide, avant que la taille de la flotte rende encore plus délicat un tel bouleversement ! transférer 40 appareils de Transavia France vers Transavia Holland, c'est peut-être jouable... Transférer près d'une centaine d'appareils sera une autre paire de manches !

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