Départ d'Air France de l'aéroport d'Orly : Easyjet à l'affût

Easyjet a publié ce mardi ses résultats pour l'exercice 2022-2023, marqués par un retour aux bénéfices. A cette occasion, Bertrand Godinot, directeur général pour la France, est revenu pour La Tribune sur les spécificités du marché français dans la stratégie de la compagnie low cost britannique et les perspectives de développement à venir.
Léo Barnier
Bertrand Godinot, directeur général France d'Easyjet (à dr.), en compagnie (de g. à dr.) de Franck Goldnadel, président du directoire des Aéroports de la Côte d'Azur, Isabelle Baumelle, directrice des opérations et du développement des compagnies des Aéroports de la Côte d'Azur, et de Johan Lundgren directeur général d'Easyjet, à l'occasion des 10 ans de la base de Nice en 2022.
Bertrand Godinot, directeur général France d'Easyjet (à dr.), en compagnie (de g. à dr.) de Franck Goldnadel, président du directoire des Aéroports de la Côte d'Azur, Isabelle Baumelle, directrice des opérations et du développement des compagnies des Aéroports de la Côte d'Azur, et de Johan Lundgren directeur général d'Easyjet, à l'occasion des 10 ans de la base de Nice en 2022. (Crédits : Easyjet)

Si Easyjet a retrouvé le chemin des bénéfices pour son exercice 2022-2023, achevé fin septembre, la France n'y est pas pour rien. Deuxième marché de la compagnie low cost après le Royaume-Uni, elle a rapidement repris des couleurs passé le plus fort de la pandémie de Covid. Le trafic domestique français a notamment joué le rôle d'amortisseur pour Easyjet face au choc d'Omicron lors du précédent exercice, au point de s'imposer comme un axe prioritaire. Depuis, les destinations « soleil » ont repris du poil de la bête à l'été 2022, puis encore davantage à l'été 2023 permettant à la compagnie de sortir enfin du rouge. La France n'en reste pas moins un marché stratégique, avec une part importante de trafic affaires tant sur le trafic domestique (37 % en octobre) qu'international (25 % sur l'ensemble du marché français). Après avoir maintenu cet été une augmentation de capacités un peu plus forte sur la France que la moyenne de son réseau, Easyjet affiche des perspectives de croissance élevées dans l'Hexagone pour 2024.

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LA TRIBUNE - Comment s'est comporté le marché français dans cette année ?

BERTRAND GODINOT - Globalement, la performance est plutôt bien passée sur la France. Nous avons eu 24 millions de passagers sur la France, depuis et vers la France. C'est à peu près 10 % de plus que l'année dernière. Nous sommes encore un peu en dessous du niveau de 2019 puisque nous étions à 26,6 millions de voyageurs. Mais nous sommes assez confiants sur le fait que nous atteindrons ce niveau en 2024, avec les capacités supplémentaires que nous sommes en train d'ajouter. Nous avons déjà recouvré les chiffres de 2019 à Paris-Orly et à Nice, avec respectivement 3,4 et 4,6 millions de passagers. Nous ne donnons pas le chiffre d'affaires par marché, mais les tendances ne sont pas fondamentalement différentes par rapport au reste du réseau (37 % pour l'activité aérienne, 42 % pour le groupe Easyjet par rapport à l'exercice précédent, NDLR).

Nous n'avons pas de croissance du nombre d'avions, mais nous avons fait tout un travail pour adapter notre programme de vol, augmenter notre capacité et développer un certain nombre de destinations dans un environnement contraint. Et c'est aussi là que notre performance commerciale s'améliore.

Nous avons optimisé notre offre sur les régions, ce qui nous permet de maintenir notre position en France de numéro deux sur les vols domestiques et de numéro un en régions. En octobre, nous avons un quart de l'activité sur le réseau domestique et un quart de l'activité depuis et vers le Royaume-Uni et le reste du réseau. En été, la demande est un peu moins domestique et un peu plus internationale.

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Quels sont les développements attendus sur le marché français pour l'exercice 2023-2024 ?

Sur l'hiver, nous allons avoir une croissance de la capacité qui sera un peu au-dessus de celle de l'ensemble du réseau. Malgré 4-Flight (les essais de ce nouveau système dans les centres en route de la navigation aérienne (CRNA) va entraîner la suppression de plusieurs milliers de vol en janvier et février 2024, NDLR), nous avons travaillé pour maximiser l'hiver avec près de 15 % de croissance de capacité (contre 11 % pour le reste du réseau, NDLR). Nous continuons à travailler sur cette optimisation de nos routes, en particulier pour développer le programme sur les destinations ski avec évidemment Grenoble et Lyon etc. Cela nous permet d'être le premier transporteur de skieurs anglais et nous avons ajouté pas mal de destinations dans ce cadre-là. Vers Lyon, nous avons ajouté Belfast, Bournemouth, Birmingham, Bristol, Edimbourg, Luton, Gatwick, Stansted, Liverpool, Manchester. Vers Grenoble, nous avons Bristol, Edimbourg, Liverpool, Luton, Gatwick, Stansted, Southend et Manchester.

Nous voulons aussi développer un peu plus de destinations soleil sur l'hiver pour jouer sur la saisonnalité et proposer une offre plus diversifiée aux clients français. Nous avons commencé à le faire puisque nous avons annoncé Rabat (Maroc) comme nouvelle destination depuis quatre aéroports français. Nous avions aussi annoncé la Jordanie. Malheureusement, ça a été un peu plus compliqué (la capacité a été réallouée sur d'autres destinations en raison du conflit entre Israël et le Hamas, NDLR).

Sur l'été, nous avions déjà fait un gros travail sur l'utilisation de la flotte, donc nous aurons moins de croissance de la capacité. Nous sommes encore en train de travailler sur le programme, mais nous serons davantage alignés avec le réseau pour la saison estivale 2024 (Easyjet prévoit 8 % de croissance sur l'ensemble du réseau). Nous essayons de trouver le bon équilibre entre la capacité à développer les réseaux et l'amélioration de la résilience sur l'été pour prévenir les perturbations.

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Est-ce que le retrait d'Air France d'Orly va changer quelque chose dans votre évolution stratégique ?

Pour nous, le point important, c'est que nous sommes très présents sur les lignes Orly-Nice et Orly-Toulouse. Nous avons un produit business, avec le terminal qui accueillait historiquement La Navette (terminal 1 d'Orly, NDLR) et le métro qui arrivera tout près en 2024. Nous avons un très bon produit pour concurrencer Air France sur ces lignes-là. Et s'ils ne sont plus là, nous regarderons cela avec attention. Pour l'instant, il n'est pas prévu d'avoir des créneaux supplémentaires, donc nous adapterons notre réseau et notre stratégie pour tenir compte de l'évolution de l'environnement concurrentiel.

Léo Barnier