INTERVIEW. Émancipé des engrais azotés et moins dépendant des marchés internationaux pour l'alimentation animale, le bio est, dans un contexte inflationniste comme celui actuel, un outil de résilience alimentaire, estime Laure Verdeau, directrice de l'Agence Bio. Alors que le marché commence à fléchir, elle regrette que les consommateurs manquent toutefois d'informations sur ses véritables vertus.Après des années de croissance à deux chiffres, en 2021, pour la première fois, le marché des produits bio a fléchi. En valeur, les ventes ont baissé de 3,1% par rapport à 2020, a calculé l'Institut de recherche et d'innovation (IRI). Toutefois, selon un sondage mené par l'Institut CSA pour l'Agence française pour le développement et la promotion de l'agriculture biologique (Agence Bio), le 19e Baromètre de consommation et de perception des produits biologiques, l'alimentation bio continue de recruter de nouveaux consommateurs, et 90% des Français continuent de consommer bio au moins de temps en temps. Laure Verdeau, directrice de l'Agence Bio, explique cet apparent paradoxe, et analyse les voies d'avenir de ce marché, dans un contexte de chamboulement de l'ensemble de l'offre alimentaire.
LA TRIBUNE - Depuis quelques mois, le bio subit pour la première fois, après des années de croissance à deux chiffres, une baisse de la demande. Est-ce que le contexte inflationniste risque d'aggraver ce phénomène?
LAURE VERDEAU - Tout d'abord, la baisse de la demande d'aliments bio doit être mise en perspective par rapport à la baisse du marché alimentaire en général. Les achats de farine bio diminuent de 18%, mais ceux de farine non bio de 20%. En outre, ces chiffres concernent les ventes en grande distribution, qui, pour l'alimentation dans son ensemble occupe 80% du marché, mais qui, pour le bio, n'atteint que 55%. Le marché du bio est beaucoup plus morcelé, avec 28% des achats dans 3.000 points de vente spécialisés et 10% dans 26.000 points de vente en circuits courts, auxquels s'ajoutent le circuit artisanal et la restauration commerciale et collective. Tous ces segments ont eu probablement des comportements plus contrastés, mais nous n'aurons les chiffres qu'en juin, car les acteurs ont jusqu'au 31 mars pour déposer leurs comptes.
Dans le contexte inflationniste actuel, on peut toutefois imaginer que les prix du bio, émancipé des engrais azotés de synthèse, dont les coûts s'envolent, vont croître moins que ceux des produits de l'agriculture conventionnelle. D'autant plus que le bio prévoit une obligation d'autonomie partielle pour l'alimentation animale. Si, mécaniquement, elle limite la taille des exploitations, elle les rend plus indépendantes. La contractualisation pluriannuelle, plus répandue dans le bio, diminue aussi sa sensibilité à la volatilité des marchés. Le bio est un outil de résilience alimentaire.