Jungle, la startup qui veut créer la plus grande ferme verticale de France

Créée en 2016 au Portugal, Jungle vient de signer un partenariat avec Monoprix pour approvisionner en plantes fraîches 60 des magasins de la chaîne. Elle espère ouvrir en France deux autres fermes verticales avant 2022.
Giulietta Gamberini

5 mn

Dans les fermes verticales, l'utilisation de plusieurs niveaux de culture permet de rentabiliser au maximum les surfaces, plus chères en milieu urbain.
Dans les fermes verticales, l'utilisation de plusieurs niveaux de culture permet de rentabiliser au maximum les surfaces, plus chères en milieu urbain. (Crédits : DR)

4.500 mètres carrés de surface, 6.400 mètres carrés de culture, 12 mètres de hauteur et 10 millions de plantes produites chaque année: c'est le projet de Jungle, startup d'agriculture urbaine qui promet ainsi de créer la plus grande ferme verticale de France. En cours de construction à à Château-Thierry, dans l'Aisne, la ferme devrait être complétée en 2021, selon Gilles Dreyfus, co-fondateur et PDG de la startup, qui prévoit un chiffre d'affaires de plus de 10 millions d'euros annuel.

Les plantes issues de la ferme, vendues en pots avec leurs racines, seront essentiellement destinées aux supermarchés de Monoprix. Après un test dans trois lieux de vente, le distributeur vient en effet d'annoncer un partenariat avec la startup, impliquant leur vente dans 60 magasins dès janvier, puis un déploiement à l'échelle nationale. Mais l'entreprise espère également convaincre Intermarché, avec qui elle conduit actuellement un projet pilote. Dans la vision de Jungle, qui compte aujourd'hui 19 salariés, la ferme de l'Aisne devrait ainsi voir bientôt naître deux petites soeurs: une dans l'Ouest de la France en 2021, et une dans le Sud en 2022.

Un environnement contrôlé

Née en 2016 au Portugal, mais aujourd'hui essentiellement basée en France, Jungle mise sur l'agriculture verticale, réalisée dans un environnement contrôlé, afin de produire en grandes quantités et sans pesticides des plantes aux "qualités gustatives et nutritives élevées". Comme dans de nombreuses autres fermes urbaines, les plantes sont cultivées en hydroponie, hors sol: c'est l'eau, circulant en circuit fermé, qui leur apporte les nutriments essentiels, calculés précisément en fonction de leurs besoins grâce à des logiciels et à des capteurs.

"Puisque les racines se développent ainsi en vertical, cela permet d'atteindre une densité par mètre carré entre 10 et 30 fois supérieure à celle des cultures en plein champ", note Gilles Dreyfus.

Lire aussi: À Paris, 14.000 mètres carrés pour tester la ferme urbaine et propre du futur

Dans le cas des fermes verticales, s'ajoute l'utilisation de plusieurs niveaux de culture afin de rentabiliser au maximum les surfaces, plus chères en milieu urbain. Ainsi que la création d'un environnement lumineux et climatique idéal à chaque espèce, grâce à l'utilisation de lampes LED et à la régulation de la température, de l'humidité, de la concentration de CO2 comme de la circulation de l'air voire du vent.

Un modèle fondé sur la production à grande échelle

C'est la régulation "à 0,01% près" de ces paramètres, testée par Jungle pendant deux ans et demi au Portugal, dans son centre de recherche et développent, sur une centaine de plantes, qui lui permet aujourd'hui de proposer une vingtaine d'herbes aromatiques, de salades et de jeunes pousses "au calibrage, au goût, à la texture et aux qualités nutritives optimisés", souligne Gilles Dreyfus. Elle assure également un nombre de cycles de croissance largement supérieur à celui des cultures en plein champ ou sous serre, et une traçabilité complète des aliments. Sans compter que ce modèle permet d'éviter les aléas climatiques, les attaques d'insectes, et d'utiliser beaucoup moins d'eau: seulement 1 litre par kilo de laitue, contre 20 en serre et 250 en plein champs, calcule Jungle.

Le revers de la médaille consiste dans la consommation énergétique, élevée surtout en raison de l'utilisation massive de lampes LED, admet Gilles Deryfus. L'entreprise, qui fournit un seul chiffre, 30 grammes de basilique pour chaque kilowatt consommé, assure toutefois utiliser 30% d'énergies renouvelables. Elle insiste aussi sur la nécessité de tenir compte de l'empreinte carbone globale par tonne de végétaux produits, selon elle largement inférieure dans les fermes verticales à celle des fermes traditionnelles.

L'autre bémol est paradoxalement l'impossibilité d'une production véritablement locale, puisque le modèle même de Jungle repose sur la production de gros volumes dans un seul lieu. Les trois fermes prévues en France à l'horizon 2022 ne livreront ainsi que des centrales d'achats situées "à moins de 200 kilomètres", qui livreront à leur tour d'autres magasins.

Lire: Agriculture : la crise conforte le modèle, plus résilient, des circuits courts

Les parfums en ligne de mire

Quant à la rentabilité, autre talon d'Achille de l'agriculture urbaine, Gilles Dreyfus est persuadé que le modèle propre à Jungle lui permettra d'écarter certaines difficultés rencontrées par la concurrence. Tout d'abord, une approche où les investissements suivent les opportunités commerciales: ainsi, c'est le partenariat avec Monoprix qui a déterminé la construction de la ferme à Château-Thierry. Ensuite, la préférence pour la signature de contrats-cadres avec des grands distributeurs plutôt que magasin par magasin. Enfin, le prix proposé au consommateur, supérieur de 5% à celui de l'agriculture traditionnelle mais inférieur de 20% à celui de l'agriculture bio. Jusqu'à présent, l'entreprise a d'ailleurs su se développer en levant seulement 5 millions d'euros - auprès d'un industriel du parfum, de l'agro-industriel Cofigéo et de plusieurs business angels - , souligne son fondateur, tout en gardant le secret sur la forme sous laquelle seront levés les 8 millions nécessaires pour les investissements programmés.

Pour se développer, Jungle mise d'ailleurs sur un deuxième marché, qui pourrait se révéler bien plus profitable que celui de la grande consommation: la production d'arômes pour l'industrie de la parfumerie, à la recherche de solutions pour relocaliser et sécuriser son approvisionnement face au réchauffement climatique et aux contraintes environnementales croissantes. Jungle assure pouvoir leur assurer non seulement la qualité, mais aussi les quantités recherchées.

Giulietta Gamberini

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Commentaires 2
à écrit le 01/03/2021 à 21:02
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à écrit le 20/10/2020 à 7:45
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He oui !! Avant, dans l'ancien monde que les élites ultralibérales détestent, on avait des fermes horizontales, avec de la terre cultivée souvent depuis des siècles, une rotation des cultures, etc, etc... ça s'appelait des champs .. incroyable non...

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