Relance du nucléaire ou 100% renouvelables : les 6 scénarios pour la production électrique française en 2050

Le gestionnaire du réseau RTE a livré ce lundi son rapport portant sur l'avenir électrique de la France d'ici 2050. Le dilemme qu'il dessine opposera sans doute les partisans d'une énergie à plus faible coût - les scénarios avec une part majoritaire de nucléaire sont les moins coûteux en dépit de la construction de nouveaux EPR - à ceux d'une production électrique française 100% renouvelable, mais qui nécessitera des investissements plus massifs. Quoi qu'il en soit, le consommateur devra faire face à une augmentation de sa facture de l'ordre de 15%.

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L'écart est de l'ordre de 10 milliards d'euros par an entre un scénario avec de nouveaux réacteurs nucléaires (14 EPR) et un autre sans, posant le postulat du développement de grands parcs renouvelables. Le fossé peut même se creuser à quelque 20 milliards par an.
L'écart est de l'ordre de 10 milliards d'euros par an entre un scénario avec de nouveaux réacteurs nucléaires (14 EPR) et un autre sans, posant le postulat du développement de grands parcs renouvelables. Le fossé peut même se creuser à quelque 20 milliards par an. (Crédits : Reuters)

C'est un épais document, fruit d'un travail initié en 2019, et qui pourrait bien alimenter en profondeur l'élection présidentielle. Alors que les candidats déclarés commencent à se positionner sur le futur mix énergétique français pour les décennies à venir - avec la part du nucléaire au cœur des réflexions -, le rapport sur l'avenir électrique de la France, délivré ce lundi par le gestionnaire du réseau RTE, éclaire les débats.

Il propose six scénarios pour la production et l'évolution de la consommation à horizon 2050. Le dilemme qu'il dessine opposera sans doute les partisans d'une énergie à plus faible coût - les scénarios avec une part majoritaire du nucléaire sont les moins coûteux en dépit de la construction de nouveaux EPR - à ceux d'une production électrique française 100% renouvelable, mais qui nécessitera des investissements plus massifs.

Un scénario avec de nouveaux réacteurs nucléaires (14 EPR) coûterait 10 milliards de moins qu'un scénario sans, car celui-ci poserait le postulat du développement de grands parcs renouvelables. L'écart entre les deux scénarios peut même se creuser à quelque 20 milliards par an.

D'ailleurs, "atteindre la neutralité carbone est impossible sans un développement significatif des énergies renouvelables", soulignent les auteurs.

La France doit simultanément faire face à deux défis: d'une part produire plus d'électricité en remplacement du pétrole et du gaz fossile et, d'autre part, renouveler les moyens de production nucléaire qui vont progressivement atteindre leur limite d'exploitation d'ici à 2060", résume Xavier Piechaczyk, président de RTE.

La consommation d'électricité va augmenter massivement

Pour la consommation française, RTE retient le scénario de référence d'un niveau de 645 térawattheures (TWh) en 2050, soit une hausse de quelque 35% par rapport à l'époque actuelle. Elle suppose une électrification "progressive" des usages et une ambition forte sur l'efficacité énergétique.

Mais RTE imagine aussi une trajectoire axée sur la "sobriété", où la consommation n'atteindrait que 554 TWh. Elle suppose une évolution des habitudes de vie: davantage de télétravail, moindre consommation de biens et moins de déplacements individuels.

A l'inverse, une forte réindustrialisation de la France et un développement accéléré de la production d'hydrogène pourraient se traduire par une consommation électrique encore plus importante (754 TWh), selon RTE.

Trois scénarios qui poussent les énergies renouvelables

En partant de ces estimations de consommation, le gestionnaire de réseau dessine six chemins possibles. Ces scénarios doivent également répondre aux ambitions climatiques de la France, en accord avec les Accords de Paris signés en 2015, visant à maintenir le réchauffement des températures en dessous de 2°C par rapport à la période pré-industrielle, et avec l'objectif idéal d'atteindre +1,5°C.

Trois scénarios sont proposés sans la construction de nouveaux réacteurs nucléaires. Le premier scénario est porté par 100% d'énergies renouvelables en 2050 : il suppose une sortie totale du nucléaire avec un rythme de développement du photovoltaïque, de l'éolien et des énergies marines "poussés à leur maximum". Dans un rapport publié fin janvier avec l'Agence internationale de l'énergie (AIE), RTE avait déjà conclu à sa faisabilité technique, à condition de remplir une série de conditions techniques strictes et cumulatives.

RTE souligne lundi, lors de la présentation du rapport, que les scénarios à très hautes parts de renouvelables "impliquent des paris technologiques lourds pour être au rendez-vous de la neutralité carbone en 2050".

Deux autres scénarios sans nouveaux EPR conservent de leur côté une part de nucléaire provenant des réacteurs existants. L'un s'appuie sur le développement de grands parcs notamment éoliens, l'autre sur une répartition "diffuse" avec beaucoup de solaire, notamment sur les toitures. Ce dernier est le scénario le plus coûteux pour la France.

Des scénarios avec 8 ou 14 nouveaux EPR lancés

Les trois derniers scénarios de production intègrent de nouveaux déploiement de capacité de production nucléaire. Toutefois, même le scénario de développement le plus massif du nucléaire ne pourra pas se faire sans un essor important des renouvelables, avec une capacité solaire multipliée par 7 et l'éolien terrestre multiplié par 2,5.

Dans ces chemins balisés prioritairement par le nucléaire, deux d'entre eux imaginent une part minoritaire mais significative du nucléaire dans le bouquet français en 2050, avec respectivement 8 EPR ou 14 nouveaux EPR lancés.

"Un scénario conservant une capacité de production nucléaire importante associé à un développement conséquent des renouvelables est de nature à limiter le risque de non-atteinte des objectifs climatiques", souligne RTE.

Autre avantage de la construction de nouveaux réacteurs : c'est un choix "pertinent" du point de vue économique même si cet avantage est soumis à la capacité à accéder à des financements compétitifs.

Un dernier scénario imagine enfin 14 EPR complétés par des petits réacteurs, les fameux Small Modular Reactor que le président Macron veut voir en activité d'ici 2030 -  et la prolongation d'une partie du parc existant au-delà de soixante ans, permettant d'avoir encore 50% de nucléaire en 2050. RTE souligne le défi technique que poserait ce dernier choix, avec beaucoup d'incertitudes associées.

Si Emmanuel Macron a demandé à EDF de plancher sur la construction de nouveau EPR, la décision n'est pas encore actée. Quant au SMR, le chef de l'Etat a décidé de flécher un milliard d'euros du Plan France 2030 vers le développement de ces petits réacteurs, avec l'espoir de les voir opérationnels d'ici 2030. Les marques d'intérêts sont déjà là. La présidente LR des Pays de la Loire Christelle Morançais a annoncé en fin de semaine dernière qu'elle était favorable à l'implantation d'une "petite centrale nucléaire" sur le site de la centrale à charbon de Cordemais.

Hausse de la facture énergétique des Français

Quoi qu'il en soit, le consommateur devra faire face à une augmentation de sa facture, alors que les prix de l'énergie flambent depuis plusieurs mois et que ce sujet crispe l'exécutif. "Le système électrique de la neutralité carbone peut être atteint à un coût maîtrisable", note cependant RTE.

Il se traduirait en effet par une augmentation des coûts de l'électricité (de l'ordre de 15%) mais avec, en contrepartie, la fin des dépenses en énergies fossiles pour faire le plein de la voiture ou remplir la cuve à fioul.

(avec AFP)

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Commentaires 14
à écrit le 25/10/2021 à 17:37
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"production électrique française 100% renouvelable" Même la nuit ? Même quand le vent ne soufle pas ? … sachant que les voisins eux aussi augmentent les EnRi dans leur mix électrique.

à écrit le 25/10/2021 à 16:55
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Moi, j'aime bien bien le nucléaire et les éoliennes...si ces équipements sont loin de chez moi. Ceci dit, on ne pourra se passer ni de l'un ni de l'autre au vu des terawatts nécessaire s pour l'electromobilite et la production d'hydrogène d'électrol...

à écrit le 25/10/2021 à 16:49
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Nous savons que la sûreté du nucléaire dépend de l'endroit de son installation, que les meilleures places sont déjà prise et qu'elles deviennent de moins en moins sûre du fait du manque de stabilité climatique! C'est a réfléchir a deux fois avant de ...

le 25/10/2021 à 18:30
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Réfléchir deux fois? De quand date la construction d'un réacteur?

à écrit le 25/10/2021 à 16:06
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"vite" Aucune chance. Flamanville de 6 milliards prévu à 19 milliards de coût de 57 moins de délai à 187. Si tout le monde lisait les rapports de la cours des comptes qu'est-ce que l'on gagnerait comme temps alors certes ils n’ont pas la vérité absol...

le 25/10/2021 à 21:32
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Le rapport de la cours des comptes sur l'eolien est d'un autre niveau, 150millard d'euros pour moins 10% (4% garantie) de la production électrique.

le 26/10/2021 à 9:46
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En effet c'est financièrement aussi consternant mais au moins les éoliennes ne risquent pas d’exploser et de tous nous tuer directement et indirectement. Les panneaux solaires sont un peu plus inquiétants eux par contre mais toujours pas au niveau tr...

à écrit le 25/10/2021 à 15:28
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La France est un pays riche. Elle peut financer le nucleaire. Le reste de l Europe n en veut plus. Bizarre....Les USA ont arretes 6 centrales nucleaires entre 2019 et 2021 par manque de rentabilite.( meme avec Trump au pouvoir; Trump se refusait a su...

à écrit le 25/10/2021 à 14:29
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Il faut refaire à l'identique ce qu'on a fabriqué dans les années 1970 et qui fonctionne toujours et bien et abandonné les EPR qui ne marchent pas

le 25/10/2021 à 21:46
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Les normes ne sont plus les même. L'Espn n'a pas de réalité technique, juste délire probabiliste poussé par des pays anti-nucléaire (Allemand, Autriche, Danemark, etc). Pour l'EPR suffit de virer tous les technologie allemande et on avancera. Pour l'...

à écrit le 25/10/2021 à 14:18
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On a déjà une électricité décarbonée en France. On ferait mieux d'investir tous ces milliards pour réduire les émissions de CO2 dans les autres secteurs émetteurs: transport routier (remplacé par du fret ferroviaire), chauffage des logements (remplac...

à écrit le 25/10/2021 à 13:57
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Même les antinucléaires de RTE virent leur cuti. Des EPRs par dizaine vite !!!

le 25/10/2021 à 16:07
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"vite" Aucune chance. Flamanville de 6 milliards prévu à 19 milliards de coût de 57 moins de délai à 187. Si tout le monde lisait les rapports de la cours des comptes qu'est-ce que l'on gagnerait comme temps alors certes ils n’ont pas la vérité absol...

à écrit le 25/10/2021 à 13:35
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Vous ne voulez pas sortir un peu de cette si dégradante pensée binaire ? Nous avons besoin de toutes les énergies mettre en priorité une sur l'autre est de la pure démence, les meilleurs prendront la tête et c'est comme cela que cela va bien. Le néol...

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