« La présence de la nature en ville rassure », Patrick Blanc

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(Crédits : DR)
Botaniste et chercheur au CNRS, Patrick Blanc est l’inventeur du mur végétal. Depuis plus de trente ans, il crée des jardins verticaux sur les parois des villes du monde entier, de Genève à Sydney et de San Francisco à Singapour. Rencontre.

Vous voyagez dans les métropoles de tous les continents. Comment évoluent-elles face au réchauffement climatique ?

Notre monde est confronté à une véritable explosion démographique. Il est terrifiant de penser que nous sommes déjà plus de sept milliards d'êtres humains sur terre ! Néanmoins un peu partout dans le monde on constate que les solutions existent et qu'elles sont de plus en plus appliquées. Depuis les premières alertes sur la fin des énergies fossiles lors du choc pétrolier de 1973, on a avancé pas à pas mais depuis une quinzaine d'années la prise de conscience s'accélère.

Comment vos murs végétaux participent-ils à la décarbonation des bâtiments sur lesquels ils sont cultivés ?

Hiver comme été, les murs végétaux isolent le bâtiment de façon remarquable. Nous n'avons pas encore d'études chiffrées globales, mais cette couche de feutre, de substrat et de plantes crée une isolation thermique et phonique incontestable, qui est d'ailleurs certainement à l'origine de leur succès. Aujourd'hui, alors que les étés sont de plus en plus chauds, ils jouent aussi un rôle de régulateurs thermiques de la température extérieure : cet été, lorsque le thermomètre est monté à 43°C à Paris, il ne faisait que 28°C dans mon patio recouvert de murs végétaux... La différence était incroyable !

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Comment explique-t-on ce phénomène ?

L'évaporation de l'eau absorbe la chaleur et engendre le froid. Lorsque les températures augmentent, l'humidité du feutre et du substrat s'évapore en même temps que les feuillages des plantes transpirent : c'est ce qu'on appelle l'évapotranspiration. Cela nécessite évidemment une gestion responsable de l'eau. L'idéal est de récupérer les eaux de pluie en toiture ou sur les parkings, mais il reste encore beaucoup de progrès à faire en France. En Australie par exemple, tous les grands immeubles sont alimentés par de l'eau de pluie et les eaux grises sont traitées sur place dans des micro-stations d'épuration...

Vos murs végétaux sont également des sources inépuisables de biodiversité en ville...

Oui, d'autant plus qu'en France, et surtout en région parisienne, je n'hésite pas à utiliser une profusion d'espèces des autres zones tempérées du monde car les oiseaux, abeilles ou papillons se fichent de l'origine géographique du pollen, du nectar ou des fruits qu'ils viennent consommer. Évidemment, dans les zones où la biodiversité naturelle est riche, comme en Australie, au Japon ou en Californie, je n'utilise que des espèces locales. Mes murs sont donc de petits fragments de nature en ville qui font rêver et invitent à prendre conscience de la présence du vivant.

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Comment imaginez-vous la ville de demain ?

J'espère qu'elles ressembleront à des patchworks de quartiers imbriqués, où les tours côtoieront des quartiers à échelle humaine et où il sera encore possible de se promener à pied. Nous aurons toujours besoin de murs et de béton pour nous protéger et nous sécuriser, mais la nature rend la ville plus vivable. À Kuala Lumpur, j'ai végétalisé la tour de l'architecte Jean Nouvel : normalement une tour de verre de 180 mètres de haut ne donne pas une image de vie normale, mais là les végétaux rassurent et ancrent l'édifice dans la terre. Les villes de demain ne m'inquiètent pas, elles continueront à évoluer dans la bonne direction...

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