Transformer la réalité virtuelle en argent sonnant et trébuchant

En une quinzaine d'années, ImmersIon est devenu un des leaders européens des systèmes de simulation visuelle et de réalité virtuelle sur mesure. Cette société bordelaise vient de décrocher un important contrat en Russie et s'attaque désormais aux marchés américain et canadien.
Copyright Reuters
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C'est une petite entreprise qui ne connaît pas la crise. En 2012, Immersion affichera une croissance de 20 % avec un chiffre d'affaires à 6,4 millions d'euros ! Et, le meilleur est encore à venir. Cette société, basée à Bordeaux, championne européenne des solutions de simulation visuelle et de réalité virtuelle clés en main sur mesure, part à la conquête du monde. Elle vient de livrer à Transmash holding, principal fabricant de matériel ferroviaire en Russie, une salle de revue de maquette numérique pour fabriquer le futur tramway russe. Mais surtout, cette PME innovante s'apprête à ouvrir des agences aux États-Unis, avec 3D California, et au Canada avec Optimumarc. « L'idée est que ces partenaires soient les relais et distributeurs de nos solutions dans ces pays », explique le PDG, Christophe Chartier.

Une technologie qui plaît aux industriels

De fait, le marché est en pleine expansion. Et si, à 45 ans, le dirigeant d'Immersion a aujourd'hui une longueur d'avance sur ses concurrents, c'est qu'il a compris très tôt que la conception virtuelle 3D allait décoller dans l'industrie. Lorsqu'en 1994, après des études de marketing à Bordeaux, il crée sa société, le concept de réalité virtuelle n'en est qu'à ses prémices. « Les applications industrielles étaient encore quasi inexistantes », rappelle-t-il. Dès la fin des années 1990, il signe son premier « gros coup » en réalisant pour le groupe PSA le lancement virtuel de la Xsara Picasso dans 66 concessions.« Les industriels ont alors mesuré tous les bénéfices de cette technologie : raccourcissement des délais de conception par rapport à une maquette physique, visualisation à l'échelle réelle, facilitation du travail en équipe pluridisciplinaire et à distance, accélération du processus de décision », détaille Christophe Chartier. Depuis, il enchaîne les contrats. Aujourd'hui, Immersion a séduit les plus grands : LVMH, PSA, Renault, l'armée de l'air française, EADS, Airbus, Eurocopter, Areva... L'aéronautique est son premier client. Récemment, l'entreprise a réalisé un simulateur de tour de contrôle à 360 ° pour l'Enac (École nationale de l'aviation civile) Toulouse.
Pour croître, Christophe Chartier a toujours misé sur l'innovation. Autour de ses salles immersives, ce PDG visionnaire a su développer des applications uniques, brevetées comme la table tactile multipoint et le Cube 3D, « Cubtile », qui permettent de manipuler intuitivement les objets avec un réalisme et une praticité à couper le souffle. L'enjeu de demain est justement d'imaginer des applications améliorant l'usage et la simplicité de ces salles 3D. « En 2010, nous étions les premiers au monde à présenter, à la grande conférence Siggraph aux États-Unis, une table offrant à la fois une visualisation en 3D des éléments et une interaction tactile avec plusieurs personnes », souligne Jean-Baptiste de la Rivière, directeur recherche et développement chez Immersion.

Une salle 3D coûte jusqu'à 800.000 euros

Autre avantage concurrentiel, la maîtrise totale du processus de fabrication. « Nous concevons aussi bien les logiciels, la mécanique, que l'électronique de ces salles. Il n'y a que les écrans, les projecteurs, les PC, que nous ne fabriquons pas, mais que nous choisissons et intégrons », précise-t-il. « On a su innover et se remettre en cause continuellement », met en avant le PDG pour expliquer son succès. Ici, pas moins d'un tiers de l'effectif est dédié à l'activité de recherche et développement, un tiers aux solutions clés en main, et le reste au négoce et à l'administratif. Depuis sa création, l'entreprise, qui emploie actuellement 32 collaborateurs, a déjà livré près de 100 salles immersives. Des salles qui coûtent entre 300.000 et 800.000 euros.
L'avenir s'annonce sous les meilleurs auspices. « Même les sous-traitants des grands donneurs d'ordre commencent à s'équiper », observe, plein d'ambitions Christophe Chartier. Mieux, l'usage de la 3D se répand au-delà de l'industrie, notamment dans le juteux marché de la sécurité. Actuellement, Immersion travaille sur un important projet européen, Total airport security system. L'objectif est d'optimiser les bureaux des opérateurs des centres de contrôle dans les aéroports pour lutter contre le terrorisme. Il s'agit de fusionner, d'intégrer des données jusque-là éparpillées sur plusieurs écrans, de différents types de capteurs en temps réel et sous-systèmes dans une variété de modes, y compris fixe et mobile. Un outil précieux qui peut servir aux pompiers et aux sociétés de sécurité... Pour Christophe Chartier, c'est une évidence, le marché va « exploser » dans les prochaines années. La crise n'a fait que retarder le décollage, mais la demande est là.

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Repères :

LES CHIFFRES
20 millions d'euros. C'est, pour l'heure, ce que ce marché émergent représente dans l'Hexagone, activités civiles et militaires confondues.60 millions d'euros. Ce sera, dans cinq ans, le CA du secteur en France, selon les estimations d'Indira Thouvenin, présidente de l'Association française de réalité virtuelle, augmentée, mixte et d'interaction 3D (AFRV, 250 membres).

LES ACTEURS
Cent. C'est, environ, le nombre d'entreprises françaises du secteur. Ce sont souvent des TPE, mais à la pointe de la technologie, comme (outre Immersion) Total Immersion, 3Dvia Studio ou Reviatech, mais aussi des laboratoires et universités : CNRS, Inria, École des mines, etc. « La France, troisième acteur mondial du secteur, a tous les atouts pour profiter de l'éclosion de ce marché », selon Indira Thouvenin.

LA TENDANCE
La 3D et la réalité augmentée se généralisent à grande vitesse : conception de produits en salles 3D dans l'industrie, formation et assistance aux interventions médicales, réalité augmentée sur les smartphones, TV interactive 3D. Selon la présidente de l'AFRV, « c'est l'une des technologies qui va le plus se développer. Car nous devenons de plus en plus nomades et travaillons davantage à distance».

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Commentaire 1
à écrit le 25/09/2012 à 7:03
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