La CDC veut réconcilier économie et biodiversité

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La Caisse des Dépôts confie à sa filiale la Société forestière une «mission économie de la biodiversité» pour imaginer et expérimenter concrètement des pistes rendant économiquement intéressantes non seulement la préservation, mais aussi les initiatives créatrices de biodiversité.

«Des années-outardes». C'est l'étrange unité utilisée par Laurent Piermont, président directeur général de la Société forestière, la filiale de la Caisse des Dépôts chargée de piloter la mission «Economie de la biodiversité» dont le lancement a été donné hier, mercredi. Ces outardes illustrent en effet l'opération menée dans la plaine de la Crau par CDC Biodiversité.

Première réserve d'actifs naturels en France

Le premier opérateur privé de compensation écologique en Europe avait vu le jour en 2008 dans la foulée du Grenelle de l'Environnement, pour permettre aux opérateurs concernés de compenser la destruction d'écosystèmes liée à leur activité en finançant la réhabilitation d'autres éco-systèmes équivalents ailleurs. CDC Biodiversité avait créé la première réserve d'actifs naturels en France, en achetant pour les réhabiliter 357 hectares de vergers laissés à l'abandon à la lisière de la Camargue, recréant ainsi un écosystème favorable à la reproduction d'outardes.

Ne pas attribuer de prix aux hectares détruits

«Années-outardes», cela permet d'introduire la notion de temps, car un écosystème qui prend 10 ans à être recréé, ou 300 ans, ne compensent pas la même chose. Autre avantage des «années-poulardes»: elles permettent aussi et surtout d'éviter toute équivalence financière. Il ne s'agit pas d'attribuer un prix à chaque hectare détruit, pas même sur la base d'une valorisation des services écologiques rendus. Cela permet notamment d'éviter les dérives connues par exemple par le marché carbone, dont une autre filiale de la CDC, CDC Climat, a d'ailleurs essuyé les plâtres. Mais à la différence du carbone, la biodiversité est territorialisée et visible. En outre, à l'inverse de ce qui se passe avec les crédits carbone, les entreprises ne peuvent se vendre entre elles leur responsabilité.

4.000 hectares de biodiversité recréés en 4 ans

Laurent Piermont ne précisera donc pas le montant correspondant à la douzaine d'opérations de compensation montées en 4 ans, qui portent sur un total de 4.000 hectares. Car le principe essentiel qui préside aux actions de la CDC Biodiversité, et dorénavant à celles de la mission économie de la biodiversité, c'est l'équivalence écologique, et non financière. A chaque cas particulier, un devis différent chiffrant le coût de reconstitution d'un écosystème «équivalent».

Des opérations à "biodiversité positive"

Mais, tandis que la CDC Biodiversité s'était surtout concentrée sur la compensation, la mission lancée ce mercredi est plus ambitieuse. En s'inscrivant dans des projets de territoire et en se positionnant comme un investisseur de long terme et un tiers de confiance, la Société forestière a pour vocation de favoriser à la fois l'exploitation durable des ressources renouvelables, la compensation sur le principe de l'équivalence écologique et des opérations «à biodiversité positive», c'est-à-dire qui créent de la biodiversité là où il n'y en avait pas, ou plus de biodiversité qu'il n'en a été détruit. Par exemple, dans des habitats marins artificiels. Le financement de ces installations pourrait être proposé à des équipements touristiques proches, dont la qualité du service touristique proposé à leurs clients s'en trouverait améliorée.

Trois millions pour de la recherche et des expérimentations

Autre projet de recherche au programme de la mission, dotée de 3 millions d'euros pour 3 ans, les toitures d'immeubles «écosystémisées», c'est-à-dire végétalisées intelligemment. A l'inverse de ce qui se fait aujourd'hui, des systèmes bien étudiés cumuleraient des propriétés d'isolation thermique et phonique, éviteraient les îlots de chaleurs et le ruissellement d'eau de pluie, et contribueraient à préserver la biodiversité en ville. La mission y travaillera en partenariat avec le laboratoire Bioemco et la Ville de Paris.

Les trames vertes et bleues (ces corridors écologiques prévus par le Grenelle) pourraient, elles, être financées par la contribution de plusieurs acteurs locaux, une zone d'activité, des agriculteurs, un opérateur d'infrastructure...

Mesurer l'impact d'un investissement sur la biodiversité

Au-delà de ces expérimentations, la mission doit permettre d'identifier les indicateurs adéquats et d'élaborer un langage commun permettant aux investisseurs de mesurer l'impact de leurs actifs sur la biodiversité. A terme, ces outils pourraient s'inscrire dans les référentiels utilisés par Novethic, autre filiale de la CDC qui labellise les investissements socialement responsables.

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a écrit le 29/11/2012 à 16:51 :
Que la CDC fasse la promotion d'une telle initiative en dit long sur la déconnexion de nos élite avec le réel. Il n'est pas besoin d'être dans les salons qui glosent pour comprendre qu'on nous prépare à une nouvelle attaque en règle contre la propriété privée et une nouvelle couche d'impôts et de règlementation (ou de dépenses obligatoires et financements obligés à destination d'experts recyclés et autres associations ou ONGs) au nom de ce nouveau combat... Ce pays est foutu.
a écrit le 29/11/2012 à 16:09 :
ARDEOTIS KORI étant la plus répandue, mais en réalités il y a 26 espèces différetnes !
a écrit le 29/11/2012 à 14:54 :
Il ne s'agirait pas plutôt des outardes .
Réponse de le 29/11/2012 à 15:47 :
Oui, Mère Poularde n'a rien à voir ici...
Réponse de le 29/11/2012 à 15:55 :
+ 1
En effet cela parait bien plus logique... les poulardes étant des jeunes poules n'ayant pas encore pondu :)
Réponse de le 29/11/2012 à 16:58 :
merci de vos remarques, vous avez raison, ce sont des outardes, bien sûr !

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