Le plan saoudien Vision 2030  :  quelles opportunités pour les entreprises françaises ?

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Le président François Hollande recevant le vice-prince héritier de l'Arabie saoudite, Mohamed Bin Salman, lundi 27 juin, au palais de l'Élysée.
Le président François Hollande recevant le vice-prince héritier de l'Arabie saoudite, Mohamed Bin Salman, lundi 27 juin, au palais de l'Élysée. (Crédits : Reuters)
C'est en promoteur d'une Arabie saoudite résolument engagée sur la voie des réformes que le vice-prince héritier Mohamed Bin Salman, ministre de la Défense et président du Conseil des affaires économiques et de développement se trouve  à Paris ce lundi 27 juin, dans le cadre du troisième comité conjoint franco-saoudien. Une occasion de souligner que « notre diplomatie économique dans le Golfe a ses limites », mais aussi d'évoquer « l'excellente opportunité pour les entreprises françaises » que représente le plan de diversification et de privatisations Vision 2030. Une analyse de François-Aïssa Touazi, cofondateur du cercle de réflexion CapMena.

Cette visite intervient au lendemain d'un long périple de deux semaines aux États-Unis, au cours duquel le vice-prince héritier a pu présenter aux principaux décideurs politiques et économiques son ambitieux plan de réformes baptisé « Vision 2030 », destiné à diversifier l'économie du Royaume et à préparer l'après-pétrole.

En effet, après avoir longtemps profité de la rente pétrolière, le Royaume, confronté à la chute du prix du baril qu'il a pourtant en partie initié pour préserver ses parts de marché,  a enregistré un déficit record de près de 100 milliards de dollars en 2015 (21 % de son PIB).

Réduire la « dépendance maladive » au pétrole en diversifiant l'activité économique

Cet électrochoc a conduit le gouvernement saoudien à repenser son modèle économique en adoptant des mesures d'austérité inédites et à  réduire « sa dépendance maladive » au pétrole, comme aime le répéter le jeune prince. Ce plan de transformation nationale prévoit notamment d'améliorer la compétitivité du secteur de l'énergie en développant les énergies renouvelables et le secteur minier, de doubler la production de gaz naturel, d'augmenter les exportations de produits non pétroliers de 43 milliards d'euros à 70,4 milliards en 2030, de créer 450 000 emplois dans le secteur privé en 2020, et d'exploiter de nouveaux secteurs d'activité, comme les loisirs ou le numérique.

Ce plan de diversification, l'Arabie saoudite ne peut le réussir seule. Elle a besoin du soutien de ses principaux partenaires pour développer de nouvelles capacités industrielles en co-production, dynamiser son secteur privé en créant des nouveaux pôles de développement et investir à l'étranger dans des secteurs stratégiques pour diversifier ses sources de revenus. Pour ce faire, le gouvernement saoudien espère multiplier par dix le volume des investissements étrangers en Arabie saoudite et ouvrir aux capitaux locaux et étrangers plusieurs entreprises publiques - dont 5% de la puissante compagnie pétrolière Aramco - pour financer le plus important fonds souverain au monde, le Public Investment Fund, qui serait doté d'une force de frappe de 2 000 milliards de dollars.
Celui-ci devrait permettre à l'investissement de devenir la source de revenu principal du Royaume et de le substituer au pétrole. L'annonce de l'investissement de 3,5 milliards de dollars dans Uber, la récente visite de Mohamed bin Salman à la Silicon Valley, sa rencontre avec Marc Zuckerberg, le fondateur de Facebook et les perspectives de partenariat avec Microsoft ou Cisco, sont tout à fait symboliques de leur souhait d'inscrire la nouvelle économie comme un axe majeur de leur plan.

Mohamed Bin Salman reçu par Barack Obama

En dépit de divergences politiques réelles, la relation entre Washington et Ryad demeure particulièrement forte. Preuve en est le traitement digne d'un chef d'État, reçu par Mohamed Bin Salman lors de sa tournée aux États-Unis, marquée par son entretien dans le bureau ovale avec le Président Obama. Durant son séjour américain, Mohamed Bin Salman a multiplié les initiatives pour convaincre l'establisment américain de sa détermination à réformer son pays et de la pertinence de son plan, auxquels ont été associés de nombreux cabinets américains. Par ailleurs, les États-Unis occupent toujours une position dominante dans certains secteurs, notamment celui de l'armement, où ils demeurent de loin le premier fournisseur. L'année 2015 a même marqué un nouveau record pour les exportations américaines vers le Royaume (plus de 20 milliards de dollars).

François Hollande a misé sur l'Arabie saoudite

Malgré tout, la France espérait tirer profit des tensions entre Washington et Ryad, dû notamment à la normalisation des relations avec son grand rival iranien et au désengagement progressif américain de la région. Dès le début de son quinquennat, François Hollande a misé sur l'Arabie saoudite, faisant de Ryad son partenaire stratégique dans la région. Paris s'est notamment distingué par son alignement et son soutien constant aux positions saoudiennes sur les grandes crises régionales, que ce soit sur le Yémen, sur la montée en puissance de Daesh en Syrie et en Iraq, sur le soutien à l'opposition syrienne ou encore lors des négociations sur le nucléaire iranien, au cours desquelles la position française s'était caractérisée par sa fermeté.

La participation du Président français, hôte d'honneur de la réunion du Conseil de coopération des États arabes du Golfe, le 5 mai dernier à Ryad, illustrait clairement cette proximité, tout comme le fait que Mohamed Bin Salman choisisse la France comme seconde étape de sa tournée internationale.

Les limites de la diplomatie économique de la France

Toutefois, malgré l'excellence de ses relations politiques, la France peine à s'imposer sur le plan économique, même si elle a sensiblement renforcé sa position ces dernières années. Les échanges dépassent les 8,4 milliards d'euros mais ils demeurent déficitaires, le montant de nos exportations françaises s'élevant à 3,1 milliards. Car, contrairement aux idées reçues, l'Arabie saoudite n'est pas un marché où l'influence et la rhétorique suffisent : c'est avant tout un marché de prix. Dans un environnement très concurrentiel, la coproduction ou le développement d'alliances stratégiques avec des partenaires locaux ou issus de pays émergents tend à s'imposer comme une nécessite.

Il est important de souligner que notre diplomatie économique dans le Golfe a ses limites, notamment sur le long terme.  Nos relations commerciales ne peuvent se résumer à des renvois d'ascenseur. Cette approche fait peser un risque majeur à nos entreprises en les incitant à une certaine passivité, dans la mesure où c'est l'État qui fait le travail, ou en instrumentalisant leurs succès commerciaux comme des contreparties de prises de positions diplomatiques.  Il en va de la crédibilité de nos entreprises et de nos relations commerciales. D'autres grandes puissances ont su éviter cet écueil : c'est le cas de la Chine, premier partenaire commercial du Royaume avec près de 15% de partS de marché, ou de l'Allemagne, quatrième.

Une excellente opportunité pour les entreprises françaises

À un moment où le Royaume est à la recherche de partenaires stratégiques, crédibles et fiables pour assurer le succès de la diversification de son économie, le plan Vision 2030, même si il n'est appliqué qu'en partie, offre indéniablement une excellente opportunité pour les entreprises françaises de revenir en force sur le marché saoudien, et cela d'autant plus que les autorités saoudiennes sont particulièrement désireuses de les voir s'engager. Elles pourraient profiter du  programme de privatisations, du développement des énergies renouvelables, des mines et de l'industrie, des priorités accordées aux hautes technologies, au secteur de l'éducation, de la santé, des loisirs ou de l'art, sans oublier leur nouvelle stratégie d'investissement à l'étranger, qui devrait considérablement se renforcer et intéresser nos entreprises.

Pour y parvenir, elles devront s'adapter au nouveau contexte saoudien et comprendre que nous entrons dans une nouvelle ère de notre relation. Ryad souhaite dorénavant coproduire localement une grande partie de ses besoins, notamment dans le domaine industriel et militaire. Le savoir-faire industriel et technologique de nos entreprises constitue un atout considérable. La diplomatie ne saurait durablement remplacer la présence d'entreprises compétitives et audacieuses. Ce sont elles qui, alliées à des partenaires locaux, contribueront à la réussite de la diversification. Mohamed Bin Salman devra, pour sa part, s'atteler à rassurer les  investisseurs sur l'exécution de son plan et de son ouverture au capital étranger, mais aussi sur sa capacité à faire face aux défis internes et externes auxquels le Royaume est confronté.

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