L'économie du partage en Chine (4/4) : Taxi-VTC : Didi évince Uber et accélère l'ubérisation

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En deux ans, Uber s'établissait dans une cinquataine de villes chinoises, alors que son concurrent local, Didi, s'implantait dans plus de 400 villes.
En deux ans, Uber s'établissait dans une cinquataine de villes chinoises, alors que son concurrent local, Didi, s'implantait dans plus de 400 villes. (Crédits : © Tyrone Siu / Reuters)
Branle-bas de combat dans le secteur du VTC en Chine. Alors que les services de véhicule de transport avec chauffeur viennent d'être légalisés et que le numéro un du secteur, Didi Chuxing, a fusionné avec son rival Uber China, "l'ubérisation" des taxis chinois avance à vitesse grand V.

Les services de VTC en Chine ne seront pas restés illégaux très longtemps. Cela fait tout juste deux ans qu'Uber y est disponible et déjà, le gouvernement a pris la décision de légaliser son activité au niveau national, alors que les décisions d'autorisation se font encore à l'échelon municipal partout ailleurs. Malgré certaines résistances de la part des chauffeurs de taxis et des interrogations sur le futur de cette profession, une grande partie des Chinois sont persuadés que le modèle du taxi est à repenser fondamentalement. Avec l'adoption des VTC, la Chine se montre radicalement en faveur de l'innovation technologique. Décryptage.

Une solution populaire

Tout commence en février 2014, quand Uber lance officiellement sa filiale chinoise. Si l'entreprise n'a pas encore de concurrents directs dans le pays, il existe déjà deux systèmes de réservation de taxi via des applications. Ce sont celles de Didi Kuaidi et Didi Dache, qui se partagent le marché avant de fusionner sous le nom de Didi Chuxing, pour mieux lutter contre le nouvel arrivant.

De leur côté, les citadins saluent l'arrivée d'une application supplémentaire pour faciliter la réservation d'une course. Dans des mégalopoles surpeuplées comme Schenzhen, Guandzhou et Shanghai où Uber s'est d'abord implanté, les taxis sont souvent pris d'assaut aux heures de pointe. Surtout, les chauffeurs refusent souvent de prendre des passagers quand le traffic est trop dense car ils risquent de rouler à perte. Au même moment, les wagons de métro sont pleins à craquer, les bus sont paralysés dans les embouteillages, et les bicyclettes depuis bien longtemps ne suffisent plus pour traverser la ville. En soirée, les seules options pour rentrer chez soi sont le taxi ou la voiture personnelle. Les  mégapoles chinoises ont donc grand besoin, en 2013 et 2014, d'une révolution dans les transports.

Croissance rapide

Cependant, si le besoin d'élargir l'offre de transport est pressant, le concept d'Uber, où des particuliers utilisent leur véhicule personnel pour des courses rémunérées, laisse d'abord les Chinois sceptiques.

"On nous a pris pour des fous, des naïfs, ou les deux", raconte Travis Kalanick, le fondateur, en évoquant les débuts d'Uber China.

Les premiers clients sont essentiellement des expatriés ou des locaux ayant connu Uber à l'étranger. Mais l'entreprise californienne finit par bénéficier de l'arrivée de son concurrent local, Didi Chuxing, qui, dès juillet 2014, popularise le concept auprès des Chinois en lançant à son tour un service de VTC.

Uber n'est donc plus seul sur le créneau. Le trublion du VTC se fait même damer le pion par Didi qui s'établit en leader incontesté du marché avec trois millions de courses par jour en juin 2015. En deux ans, ce dernier s'établit dans plus de 400 villes chinoises contre une cinquantaine pour Uber. Cela ne passe pas inaperçu.

Incohérences chez les taxis

Comme ailleurs dans le monde, la concurrence des services de VTC est vite pointée du doigt par les chauffeurs de taxi. Le Bulletin Chinois du Travail recense quelque 200 manifestations en deux ans. En janvier 2016, 13.000 chauffeurs de taxi se mettaient en grève. Mais à la différence de leurs homologues étrangers, les chauffeurs chinois en veulent particulièrement à leurs propres centrales de taxis, dont les frais sont trop élevés pour pouvoir concurrencer les VTC.

"Je dois payer l'équivalent de 830 euros par mois à mon employeur, juste pour la location de la voiture", se désole un conducteur de Shenzhen interrogé par le International Business Times.

Pour les millions de chauffeurs, dont le train de vie et les conditions de travail se sont largement dégradées ces dernières années, il y a urgence à ce que les centrales de taxis revoient leur modèle. En quelque sorte, les taxis chinois étaient déjà prêts pour la modernisation de leur activité avant l'arrivée des services de VTC. Ceux-ci empirent leur situation, mais permettent en même temps de dénoncer les incohérences au sein des centrales de taxis.

Politique de modernisation

Le gouvernement l'a vite compris, même s'il a été accusé d'inaction pendant plus d'un an. Pour le Premier ministre Li Keqiang, l'arrivée des services de VTC s'inscrit précisément dans sa politique d'innovation et de modernisation des industries traditionnelles, incarnée par le plan "Internet Plus Society". Si la balance a fini par peser en faveur des VTC, c'est peut-être parce qu'une partie du gouvernement attendait déjà ce genre de solution.

Bien sûr, nombre de chauffeurs de Didi et d'Uber se sont fait arrêter et les bureaux de la firme californienne à Canton ont été perquisitionnés. Pourtant, Travis Kalanick confie au Financial Times que les autorités chinoises se sont montrées "beaucoup plus accueillantes" qu'ailleurs dans le monde.

Didi Chuxing mène "l'ubérisation"

Enfin, les géants de l'Internet chinois étaient, eux aussi, prêts à parier sur "l'ubérisation" des taxis et la victoire des services de VTC: la concurrence féroce entre Uber et Didi s'est également menée sur le plan des levées de fonds. Didi Chuxing est soutenu, entre autres, par le numéro un du e-commerce chinois, Alibaba, celui des réseaux sociaux Tencent ainsi qu'Apple pour une valorisation à 28 milliards de dollars avant sa fusion avec Uber China. De son côté, Uber China est notamment soutenu par Baidu, l'équivalent local de Google, et était valorisé à 8 milliards de dollars en janvier 2016.

Depuis la fusion des deux entités, Didi devrait voir sa valorisation grimper à environ 36 milliards de dollars, calcule le Wall Street Journal. Les diverses levées de fonds de l'entreprise sont destinées à servir son expansion en passant par la fidélisation des chauffeurs, là où Uber a échoué. Didi Chuxing reste ainsi le principal acteur dans la course à "l'ubérisation" des taxis chinois.

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Commentaires
a écrit le 25/08/2016 à 17:21 :
Innovation technologique? Non, destruction des normes et tous les regles sur lesquelles une societe civilisee est fondee pour ne permettre que l'anarchie.
a écrit le 22/08/2016 à 8:27 :
Uber n'a pas fait le poids face aux Chinois avec 1milliards de perte par an il a fait out. Bientôt quand il rentrera en bourse les gens verront que UBER ne vaut rien comme c'est chauffeur qui sont perdus sans waze

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