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OpinionsLes rencontres d'une étudiante à Pékin

Qu'est-ce qu'un "Pékinois errant"?

Photo de Robert Jules

Juliette Boulay

Publié le 05 novembre 2015 à 08:44 - Mis à jour le 05 novembre 2015 à 09:17

Le Quotidien Numérique

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Photo d'illustration de l'article
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Dans un pays où les grandes villes exercent encore une forte attraction sur les campagnes, l'exode rural est strictement encadré par un système de permis de résidence, ou "hukou". Pourtant, il est possible de vivre à Pékin sans ce permis. Tout dépend des priorités de chacun et, surtout, des opportunités.

Un « Pékinois errant ». C'est ainsi que Keran se décrit, un peu désespéré, à la recherche d'un emploi dans la capitale chinoise. Loin de sa province natale, ni étudiant ni salarié, ce jeune diplômé en sciences sociales se sent « sans racine » dans une métropole qui lui refuse le statut de Pékinois.

Pieds et poings liés à sa province natale

Keran est né dans une petite ville du sud-est de la Chine, enfoncée dans les montagnes. Un lieu qui lui colle à la peau. Car il a beau avoir étudié à Pékin puis aux Etats-Unis, le jeune homme ne peut pas quitter sa région natale sans renoncer à la fois à tous ses avantages sociaux. En quittant le Jiangxi de son enfance pour la capitale, il dit adieu aux infrastructures de santé et d'éducation publiques, réservées aux Pékinois.

« Ici, je ne peux même pas acheter de voiture et je dois attendre cinq ans avant de pouvoir devenir propriétaire de mon logement », déplore-t-il, enviant les Pékinois d'origine.

Comme dans toutes les grandes villes du pays, il faut hériter du permis de résidence local pour accéder en priorité aux services sociaux régionaux et autres avantages. Même si les enfants de Keran naissent et vivent à Pékin, ils devront retourner dans la province de leurs parents pour passer l'examen d'entrée à l'université. Peu importe si le programme y est différent.

Discriminations entre urbains et ruraux

« Posséder un permis de résidence rural [ou celui d'une petite ville] ne signifie pas seulement vivre à la campagne. Dans notre imaginaire, cela évoque également un mode de vie pauvre, arriéré ou même inférieur », renchérit une étudiante en sociologie interrogée sur la question. « Il existe de grandes discriminations entre les détenteurs d'un permis de résidence urbain et rural ».

A l'heure où il s'apprête à s'installer à Pékin, Keran n'a donc qu'un objectif en tête : obtenir ce précieux permis de résidence, le « hukou » de la capitale.

Plus de candidats, moins de hukou pékinois ?

Pour ce faire, le jeune diplômé doit être embauché par une entreprise qui puisse convertir son hukou natal en hukou pékinois. La tâche s'annonce difficile. Etant donné les avantages qu'il procure, ce document est le rêve de nombreux Chinois migrant vers la capitale. Surtout, le gouvernement réduirait peu à peu le nombre de permis de résidence disponibles pour ces travailleurs afin de limiter la croissance d'une ville déjà surpeuplée. Aujourd'hui, Keran remarque que seule une poignée d'entreprises le proposent à leurs salariés.

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Le coup de pouce de l'université

Le jeune homme n'aurait pourtant pas dû avoir de difficulté à décrocher un poste fournissant le hukou pékinois. En tant qu'étudiant dans la capitale, son université est chargée d'appuyer sa demande de transformation de permis de résidence. « La plupart de mes camarades ont pu transformer leur hukou sans problème », témoigne-t-il. Mais après un master aux Etats-Unis, l'ancienne université de Keran ne peut plus rien pour lui. Ses origines le rattrapent : il est devenu un « Pékinois errant », un « Beipiao » de plus.

Travailler pour le gouvernement en dernier recours

Tout n'est pourtant pas perdu. Keran vient de refuser un poste bien rémunéré chez Baïdu, le Google chinois, parce que ce dernier n'offrait pas de permis de résidence local. Le jeune homme préfère tenter sa chance à l'examen d'entrée du gouvernement. S'il y est bien classé, il pourra travailler pour l'Etat qui prendra soin de transformer son hukou dans les deux ans. « C'est ce qu'a fait l'un de mes amis à la sortie de l'université », observe-t-il. Mais l'ami en question vient de démissionner pour rejoindre une agence publicitaire où le salaire est plus élevé. Keran s'apprête à faire le même sacrifice :

« Je n'ai pas l'intention de travailler pour le gouvernement toute ma vie. Mais si je veux obtenir un hukou, je dois passer par là pendant quelques années ».

Une question de priorité

« Attention, tout le monde n'est pas dans mon cas », souligne cependant le jeune homme. « J'accorde beaucoup d'importance au hukou parce que je souhaite que mes enfants aient accès aux meilleurs écoles du pays ». D'autres étudiants qui se projettent moins dans le futur se contentent effectivement de leur hukou natal.

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« J'ai seulement 22 ans, je ne pense ni à me marier ni à avoir des enfants pour le moment, donc je ne me préoccupe pas de mon hukou », témoigne un étudiant en commerce. Ce dernier parie plutôt sur une belle carrière dans le privé et le salaire correspondant pour s'offrir un logement et une sécurité sociale correcte à Pékin. Mais encore faut-il avoir le diplôme permettant de grimper les échelons du privé. Qu'en est-il des migrants n'ayant pas eu la chance d'aller à l'université ?

Juliette Boulay

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