Opposer "startup nation" et "Gilets jaunes" est stupide

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Un rassemblement de Gilets jaunes' réunis sur l'avenue des Champs-Elysées à Paris.
Un rassemblement de "Gilets jaunes"' réunis sur l'avenue des Champs-Elysées à Paris. (Crédits : Reuters)
[EDITO] Par Philippe Mabille, directeur de la rédaction de La Tribune.

Aucun membre du gouvernement, pas même Mounir Mahjoubi, le secrétaire d'État chargé du numérique (qui y fera juste une apparition virtuelle), ne fera début janvier le voyage à Las Vegas pour y célébrer la France innovante avec les quelque 400 entreprises, principalement des startups issues de la French Tech en régions, qui y participeront, un nouveau record de présence. Le CES, Mecque de la technologie et de l'économie du futur, serait-il devenu un marqueur où il est aussi dangereux de s'afficher qu'au très libéral Forum économique mondial de Davos (qui se tiendra fin janvier dans la très chic station suisse) ? Au nom de quoi faudrait-il opposer d'un côté la startup nation et ses milliers d'entrepreneurs qui rêvent de faire fortune (et donc de créer de la richesse et les emplois de demain) et la France des ronds-points en révolte au nom d'une juste colère, celle du ras-le-bol fiscal et du manque de pouvoir d'achat. Comme s'il ne fallait pas, au contraire, réconcilier les deux.

L'absence des politiques français à Las Vegas, qui tranche avec les années précédentes, est tout aussi stupide que démagogique. Pourquoi se priver de donner une exposition à la France qui gagne et veut conquérir le monde ? C'est la démonstration par l'absurde de l'impact désastreux qu'a eu la crise des « yellow vests » sur l'image de la France à l'étranger depuis la mi-novembre et il est stupéfiant de voir que le gouvernement renforce ainsi le sentiment d'une France en marche arrière. Certes, la présence d'Emmanuel Macron, qui avait organisé au CES une soirée fastueuse un an avant de partir à la conquête de l'Élysée, n'y est sans doute pas indispensable. Le président de la République a bien compris que l'urgence de l'heure est plus de s'occuper des Français qui souffrent que des startups, qui ont, il est vrai, déjà été bien servies par la réduction de la fiscalité sur le capital.

De la nécessité d'un équilibre social et économique

Mais qu'aucun représentant du gouvernement ne juge bon d'aller au CES est un mauvais signal. Signe des temps, de nombreux présidents de régions seront eux du voyage et accompagneront les jeunes pousses qui cherchent à trouver une exposition, de nouveaux investisseurs et se confronter au meilleur de l'innovation mondiale. De nombreux grands groupes français seront aussi présents avec des startups qu'ils aident à se développer dans des domaines où notre pays excelle, du fait de la qualité de ses ingénieurs et de son système de formation en mathématiques. Intelligence, artificielle, voiture autonome, drones, robots industriels, télémédecine, smart city, transition énergétique : avec ou sans les politiques, c'est la France de demain qui va faire son show à Las Vegas et c'est quand même une bonne nouvelle que de constater que la très profonde crise sociale et politique traversée par le pays ne remet pas en question son dynamisme entrepreneurial.

Bien sûr, et ce fut sans aucun doute la plus grande erreur d'Emmanuel Macron, il ne faut pas s'occuper seulement de la startup nation. Par son discours, souvent clivant, et par sa politique fiscale, déséquilibrée, le président de la République a pu donner ce sentiment. Il s'en est depuis excusé. Ce que les « gilets jaunes » ont violemment rappelé au pouvoir, c'est que l'attractivité d'un pays ne peut pas reposer sur le seul pilier économique ou sur les seuls « premiers de cordée ». Un pays en marche, et qui marche, c'est un équilibre, et son attractivité est autant sociale qu'économique, sinon la paix civile est menacée. Il ne faut cependant pas accabler Emmanuel Macron : cette crise sociale vient de loin, et résulte de la lâcheté de générations d'hommes politiques qui ne se sont jamais occupés de régler les problèmes, laissant germer une colère qui a pris en cet automne une dimension insurrectionnelle.

Quand l'ancien monde revient hanter Emmanuel Macron

Les esprits semblent, un peu, en train de s'apaiser, non pas tant du fait des 10 milliards d'euros de pouvoir d'achat que le chef de l'État a forcé Bercy et Matignon à injecter, au prix d'un léger dérapage budgétaire, que grâce au Grand Débat national qui va permettre de faire remonter des « cahiers de doléances » de tous les territoires. Emmanuel Macron en avait eu l'intuition : « Ce qui bloque notre société politique, c'est qu'il y a une démocratie qui manque d'adhésion [...]. Tout est encore décidé d'en haut, par le haut, créant une frustration bien souvent légitime des acteurs de terrain », avait-il déclaré à Strasbourg en octobre 2016.

Le problème vient de ce qu'il a fait le contraire : pour aller vite, en espérant engranger des résultats rapides grâce à une conjoncture très porteuse en début de quinquennat, Emmanuel Macron a oublié ce qui avait fait son succès. Tout en promettant un nouveau monde, il a fait de la vieille politique verticale dans un monde devenu horizontal en laissant la « technocratie » diriger le pays, avec les résultats auxquels nous venons d'assister.

« Nous ne reprendrons pas le cours normal de nos vies, comme trop souvent par le passé dans des crises semblables, sans que rien n'ait été vraiment compris et sans que rien n'ait changé. Nous sommes à un moment historique pour notre pays : par le dialogue, le respect, l'engagement, nous réussirons » ; de toutes les paroles prononcées par le président de la République lors de son allocution du 10 décembre écoutée par 27 millions de Français, ce sont celles-ci, beaucoup plus que le chèque de 100 euros pour les smicards, qui décideront de la suite de son quinquennat.

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Commentaires
a écrit le 11/01/2019 à 20:02 :
Ben perso j'ai pris l'arrivée de mr Macron avec joie, mais quand j'ai vu son équipe de vieux chevaux de retour, je me suis dit qu'il s'était planté gràve, un an et quelques après j'ai vu sans surprise l'échec de ce jeune président.
C'est pourtant pas difficile de virer le premier ministre et tout son gouvernement et repartir de zéro, ce qu'aurait fait tous les autres présidents avant, Macron ne leur doit rien, c'était de la malgouvernance, on ne garde pas une équipe reloue.
Et vive la nouvelle première ministre!
a écrit le 08/01/2019 à 16:12 :
Les tech françaises aux USA espèrent trouver des investisseurs sur place et y rester. L'esprit entrepreneur est tué en France. En effet si tu te plante ne serait-ce qu'une fois, tu es cuit, terminé, lessivé et tu disparait purement et simplement. Il n'y a pas de 2 ème chance, alors qu'au USA, si tu te plante une fois, l'investisseur qui te soutient va penser, il a appris à ne pas faire la même erreur et généralement te donne une deuxième voire une troisième chance. Ça veut dire que certains européens sont surpris de voir que des entreprises géantes qui n'ont jamais gagné un seul $ continuent à recevoir des fonds de nouveaux investisseurs. Car ces investisseurs US, voient le long terme et savent que d'ici qq années, son entreprise aura éliminé tous les concurrents. Les yankees savent attendre ils ont la même qualité que les asiatiques la célérité. Ce dont manquent totalement les françasis.
a écrit le 08/01/2019 à 9:39 :
La majorité des startups *mondiales* meurent avant 3 ans ... c'est le propre des startups. On essaie, on échoue, on essaie encore, on re-échoue ... et au 3eme essai on réussit.
Ne stigmatisons pas l'échec, et au contraire encourageons ces entrepreneurs qui osent se mettre en risque !
Réponse de le 08/01/2019 à 19:15 :
20/20
a écrit le 08/01/2019 à 4:10 :
La plate forme du grand débat, n est qu un outil d espionnage massif des orientations politiques permettant en même temps a lrem de récupérer les individus les plus productif d idées au détriment des autres partis.Juste un vol en fait.le débat il doit avoir lieu au parlement et nos députés remonté nos opinions, si c est pas le cas, changeons le parlement a la proportionnelle
a écrit le 08/01/2019 à 1:17 :
La France n’est pas et ne sera jamais une startup Nation. Il faut arrêter de vous la raconter. Le CES c’est de la poudre aux yeux. La majeure partie des start up françaises meurent avant leur trois ans d’existence.
a écrit le 08/01/2019 à 0:56 :
Des manifestations pacifiques grandi La fait combien des morts ? La syrie des manifestants finis part une guerre civile Afrique du Sud des manifestations des morts mexico des manifestations des morts la Chine 1989 des manifestations des morts leS manifestation c est pas un jeux d enfant
Réponse de le 08/01/2019 à 9:13 :
Bonne résolution 2019 de barbosa : tenter de s'exprimer en français. La logique on verra ça vers 2030. Allez, courage ! :)
a écrit le 07/01/2019 à 18:25 :
Je crois que en dépit d'une analyse subtile vous n'avez pas compris que la France est entrée dans un psychodrame collectif qui se contrefiche de la Raison.
Parlez donc émotions et non rationalité
a écrit le 07/01/2019 à 17:40 :
difficile de donner des leçons à la terre entière pour nos élus en ce moment , autant éviter les manifestations internationales , et en plus ça fait des économies au pays qui en a bien besoin
a écrit le 07/01/2019 à 17:26 :
L'ancien et le nouveau monde les gars il va falloir me les expliquer car moi qui devrait avoir l'age de pouvoir les distinguer parfaitement, là je ne vois pas du tout de quoi vous parlez sachant qu'il y a autant d'anciens et de nouveaux mondes que d'habitants.

Par exemple on peut être pour la limitation de vitesse à 80km/h et être contre la politique de Macron, vous pouvez arriver à l'envisager ça quand même hein ?

Par ailleurs notre président étant le serviteur de l'oligarchie par définition représente l'ancien monde, si vous voulez on peut faire un historique de toutes les familles régnantes sur notre continent mais à mon avis ça passerait pas la censure tellement tout devient clair et net dès qu'on le fait, et ça sent fortement la naphtaline, l'eau de Cologne et l'odeur des siècles passés hein.

Par ailleurs nous voyons parfaitement que nos lrem ne sont que des bavards impénitents disant tout et son contraire, bavardage qu'ils nous imposent à chacune de leur sortie donc citer notre président pour en tirer une quelconque conclusion c'est bel et bien faire parti du "vieux" monde qui pour moi est celui d'avant internet, d'avant que l'on ne sache et voit à quel point nous sommes en danger du fait de la vénalité de nos possédants dont nos politiciens sont aussi les propriétés.
Réponse de le 08/01/2019 à 0:44 :
Pourquoi cela sonne-t’il si juste?

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