Salauds de cadres  !

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(Crédits : Charles Platiau)
EDITO. La réforme de l’assurance chômage concoctée par Muriel Pénicaud, qui touche particulièrement les « cadres à haut revenu », pointe une nécessité : l'État et le secteur privé doivent agir ensemble pour inventer le modèle social du XXie siècle. Au risque de voir cette catégorie de salariés, qui, à partir de 50 ans, sont eux aussi souvent victimes de l’ajustement de l’emploi, réclamer à leur employeur une protection complémentaire sous la forme d’une assurance privée face au risque de se retrouver à la porte... Par Philippe Mabille, directeur de la rédaction.

Emmanuel Macron prend peu de risques à taper comme un sourd sur les « cadres à haut revenu », dont une grande majorité sont ses électeurs. Après tout, n'ont-ils pas le choix entre lui... et le chaos populiste ? Eux qui sont les principaux contributeurs au régime d'assurance chômage concentrent l'essentiel des contributions à un impôt sur le revenu de plus en plus resserré, pourquoi faudrait-il s'en préoccuper puisqu'ils sont quasiment au plein-emploi ? Les cadres supérieurs, on ne les voit pas dans les manifestations. Et, après neuf mois de crise des « gilets jaunes », ce n'est pas la grosse colère de François Hommeril, le patron de la CFE-CGC, le syndicat des cadres, qui va impressionner l'Élysée.

Pour autant, la réforme de l'assurance chômage concoctée par Muriel Pénicaud ne coche aucune des cases de l'acte II du macronisme : nul débat participatif n'a accompagné ce coup de massue qui vise à économiser 3,4 milliards d'euros à l'horizon 2021. Il s'agit ni plus ni moins d'une nationalisation de l'assurance chômage, puisque le gouvernement a fiscalisé son financement. Le projet Pénicaud est le fruit de la faillite du paritarisme à la française, incapable de trouver un accord pour réaliser des économies. Les partenaires sociaux sont bien mal placés pour venir se plaindre que le gouvernement fasse ce qu'il avait dit pour mettre fin à un système qui a accumulé plus de 30 milliards d'euros de dette depuis la crise de 2008.

L'État et le secteur privé doivent agir de concert

Après tout,pourquoi pas ? Mais alors, il faudrait qu'Emmanuel Macron, qui s'apprête à faire de même avec le régime des retraites à travers sa transformation en un système à points, aille au bout de sa logique. Si c'est, comme l'a reconnu le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, auteur de Salauds de patrons ! en 2007, la fin d'une logique assurantielle publique pour le chômage, si Emmanuel Macron veut inventer un modèle social du XXIe siècle mieux adapté aux réalités économiques et sociales que feu les ordonnances de 1945, allons-y vraiment. À l'État, la responsabilité du « socle de solidarité ». Au privé, la possibilité d'apporter un complément d'assurance aux grands risques sociaux. L'injustice faite aux cadres n'est pas de réduire leurs droits ou leur durée d'indemnisation : ils restent beaucoup moins au chômage que les autres catégories de salariés.

Mais, si le financement du chômage est désormais fiscalisé, il n'est pas normal de maintenir des cotisations patronales car, dans cette logique, les cadres paient en quelque sorte deux fois pour la solidarité du régime. En détruisant le paritarisme de gestion, Emmanuel Macron ne peut pas en conserver en même temps les reliques. Les cadres, qui, à partir de 50 ans, sont eux aussi souvent victimes de l'ajustement de l'emploi, seront légitimes à réclamer à leur employeur une protection complémentaire sous la forme d'une assurance privée face au risque de se retrouver à la porte avec, pour seule perspective, un revenu divisé par plus de deux au bout de six mois.

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a écrit le 20/06/2019 à 10:41 :
l'Etat imposait déjà avant la réforme le statut et règles d'indemnisation des intermittents du spectacle ( surcoût supérieur à 1 milliard d'euros annuel ) ainsi que financement partiel de Pôle Emploi ( 3,3 milliards d'euros par an à la charge de l'UNEDIC )
ceci explique le déficit des comptes de l'UNEDIC .
a écrit le 20/06/2019 à 9:37 :
vidéo:Sur les lapsus du gouvernement LREM il y en a 10 par jour on n'a que l'embarra du choix hein...

C'est surtout que de paupériser toute la population afin que nous ayons un méga milliardaire dans le trio mondiale est d'une aberration et d'une inutilité totalement générant chômage de masse, baisse du pouvoir d'achat et donc de la croissance imposant de financer directement les mégas riches avec l'argent public pour qu'ils neutralisent cet argent dans les paradis fiscaux.

Comment sans rire personne ne voit l'hérésie d'un tel mode de fonctionnement et de sa capacité hautement destructrice si ce n'est pas profonde bêtise qui nous dirige donc ?

-_-
a écrit le 20/06/2019 à 9:08 :
Cela ressemble à l'impôt sur le revenu: les contributeurs ne sont pas les bénéficiaires On s'éloigne de la question lancinante depuis un demi siècle: comment réduire le chômage?
a écrit le 20/06/2019 à 8:40 :
L auteur a raison. On devrait passer a un Systeme ou l Etat fournit un minimum pour tous (finance par l impot) et une partie complementaire paye par le salairé mais de facon volontaire. Comme ca plus de Probleme pour savoir si on doit faire du degressif ou non. la partie complementaire etant pirvee et ne pouvant etre en deficit, chacun choisira ce qu il souhaite.


PS: raler pour que des gens puissent rester chez eux en touchant plus de 4000 €/mois me semble delirant !
Réponse de le 20/06/2019 à 11:21 :
Sur le fond je suis plutôt d'accord...
Cependant, alors, il faut plafonner les cotisations des cadres au même niveau que les cotisation des non-cadres. N'oubliez pas que le chômage est une assurance, pas un impôt. Mais je pense qu'alors les non-cadres seraient plutôt perdants.
Jetez aussi un œil sur le pourcentage des jeunes diplômés des grandes écoles qui s'expatrient à l'étranger dès leur premier emploi... c'est édifiant et s'explique par le titre même de l'article que nous commentons.
a écrit le 20/06/2019 à 7:31 :
Ce n'est pas Macron qui détruit le paritarisme de gestion; mais l'irresponsabilité des syndicats qu'on prive d'un jouet qu'ils ont cassé. Voilà les vrais coupables! Mais en dehors de leurs postures politiciennes se préoccupent ils des cadres et des salariés ?
a écrit le 20/06/2019 à 7:22 :
Les cadres ont voté massivement pour Macron en 2017 et son parti aux européennes. Ils ne peuvent s'en prendre qu'à eux même.
a écrit le 19/06/2019 à 23:57 :
Que reste-t-il aux cadres ? Ils badgent et ne sont plus libres de s'organiser, voire d'aller à un rendez-vous médical dans la journée. Ils occupent des "open space" au lieu de bureaux individuels. Ils vont payer davantage pour leur couverture sociale afin de recevoir moins quand ils en auront besoin. Et l'Université, qui reçoit 80% d'une classe d'âge puisque celle-ci a le bac, en forme tellement que ce sont désormais pour une large part des déclassés dès le départ... Un nouveau "Lumpen proletariat" qui s'ignore, en plus chic et techno-compatible ? Trop de cadres tue les cadres...
a écrit le 19/06/2019 à 22:04 :
La dégressivité doit concerner TOUT LE MONDE au même rythme et pas les seuls cadres à haut revenu dont les cotisations financent bien plus que ce qu'ils coûtent à l'assurance chômage.
a écrit le 19/06/2019 à 21:14 :
Nous avons aussi nos salauds de retraités, de vieux, de jeunes, de chômeurs, de possesseurs de voitures etc...un vrai pays de salauds en somme ...
a écrit le 19/06/2019 à 19:08 :
Partez de France.
Macron n'a aucune vision cohérente de l'avenir et encore moins du présent.
Il est juste là pour ajuster le niveau de vie des français à la compétition mondiale sans se poser la question de la qualité de ce modèle économique ou de sa durabilité.
Il ne s'agit pas de construire mais de détruire.
C'est un comptable avec un égo sur-dimensionné.
Que les non cadres ne se réjouissent pas trop vite, d'autres déficits sont en attente de traitement.
Quant à ce qui reste des spécificités ou pépites françaises, elles seront vendues à la sauvette aussi vite que possible : ALSTOM et l'aéroport de toulouse, sont des exemples de l'absence totale de vision stratégique et économique.
Avec Macron c'est la grande braderie et c'est la France qu'on brade.
a écrit le 19/06/2019 à 18:59 :
Macron a tapé deux fois plus fort sur les fonctionnaires, pour les mêmes raisons et dans le même Etat d'esprit.
a écrit le 19/06/2019 à 18:07 :
Ne faites plus d'études en France. Rester en bas de l'échelle et vous aurez même droit aux maisons de retraites gratos (c'est quand même prés de 2600 EUROS de gagner par mois)
a écrit le 19/06/2019 à 17:52 :
Dégressivité = Hold Up ! Spoliation !

Point 1 : Les cadres ont des cotisations représentant 42% des recettes et ils ne coûtent que 15% des dépenses
Point 2 : On les fait cotiser jusqu'à un plafond de plus de 12000 € mensuels. Si on plafonne leur indemnités alors il faut aussi plafonner leur cotisation !
Point 3 : Bizarre que le gouvernement ne cherche pas à faire des économies sur un gros scandale qui dure depuis des décennies et coûte au régime UNEDIC plus d'1 Milliard de déficit à savoir le régime des intermittents du spectacle. Ce n'est pas aux salariés du privé à subventionner la culture à travers l'UNEDIC mais à l'Etat !!!!!!
Réponse de le 19/06/2019 à 18:23 :
Le gouvernement peut être rassuré. Les Français ne devraient pas s'émouvoir plus que cela de la réforme « la plus ambitieuse possible » de l'assurance-chômage promise par Emmanuel Macron lors de sa conférence de presse du 25 avril. C'est ce qui ressort d'un sondage Elabe réalisé pour « Les Echos », Radio Classique et l'Institut Montaigne.Une des mesures envisagées par le gouvernement, la dégressivité des allocations chômage, est approuvée par une nette majorité des Français dans le cas d'une application uniquement aux cadres. En effet, 67 % des personnes interrogées par Elabe sont pour. De façon surprenante, même les cadres soutiennent une telle décision. « Ce n'est pas une mesure rejetée par l'opinion a priori. Elle apparaît comme étant moins symbolique que d'autres », souligne Bernard Sananès.Cette perspective fait hurler la CFE-CGC, principal syndicat des cadres. Et pourtant : les cadres et professions intellectuelles supérieures s'y montrent favorables à… 60 % ! L'adhésion est encore plus forte dans les villes de plus de 20.000 habitants. « C'est logique, dès lors que les Français considèrent que le système d'indemnisation constitue un frein à la baisse du chômage », en conclut le président d'Elabe.
a écrit le 19/06/2019 à 17:46 :
Les reformes devraient être ancrées sur la «  valeur de l’argent et du travail » par rapport aux valeurs collectives ;

En clair :
1) revoir les hauts -salaires cadres
2) revoir les hauts -salaires des fonctionnaires
3)et tous les avantages annexes

...
Car ces systèmes privilégiés augmente la dette de la France et creuse trop le fossé entre les classes sociales ainsi que les injustices.
Il faudrait une régulation...

Un chef de service qui perçoit 6000 euros par mois sans production de croissance pour la collectivité est une «  charge » pour le budget collectif ( un exemple classique , il y a pire j’en suis sur dans les certains ministères )
a écrit le 19/06/2019 à 17:42 :
Dégressivité = Hold Up ! Spoliation !

Point 1 : Les cadres ont des cotisations représentant 42% des recettes et ils ne coûtent que 15% des dépenses
Point 2 : On les fait cotiser jusqu'à un plafond de plus de 12000 € mensuels. Si on plafonne leur indemnités alors il faut aussi plafonner leur cotisation !
Point 3 : Bizarre que le gouvernement ne cherche pas à faire des économies sur un gros scandale qui dure depuis des décennies et coûte au régime UNEDIC plus d'1 Milliard de déficit à savoir le régime des intermittents du spectacle. Ce n'est pas aux salariés du privé à subventionner la culture à travers l'UNEDIC mais à l'Etat !!!!!!
a écrit le 19/06/2019 à 16:58 :
Ce gouverneent se base sur la situation de l'emploi des cadres aujourd'hui où tout va bien pour faire des modifications en leur defaveur alors qu'ils en auront besoin des que la situation se degradera... ce qui pourrait arriver plus vite que ce gouvernement ne le croit. C'est comme si on payait une assurance auto pour une voiture de haut de gamme et qu'au moment de l'accident on vous dise qu'on ne rembourse que des pieces de twingo ...

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