Pas de grande économie sans industrie puissante !

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Agnès Pannier-Runacher, Secrétaire d'État auprès du Ministre de l'Economie et des finances.
Agnès Pannier-Runacher, Secrétaire d'État auprès du Ministre de l'Economie et des finances. (Crédits : DR)
OPINION. Le temps est venu d’une nouvelle ère de conquête industrielle. Il n’y a plus de temps à perdre : la grandeur et la solidité d’une économie se mesurent à son industrie. Par Agnès Pannier-Runacher, Secrétaire d’Etat auprès du Ministre de l’Economie et des finances.

Il y a vingt ans, il était de bon ton de parler de l'avènement d'une société post-industrielle, des chefs d'entreprise vantaient les mérites du Fabless et la disparition de centaines de milliers d'emplois industriels apparaissait comme un mal nécessaire. Cette période a coûté cher à la France car perdre des usines, c'est perdre des décennies d'un savoir-faire accumulé, de génération en génération, au cœur des territoires. Et elle a montré qu'il est illusoire de croire qu'il est possible de devenir une économie de la connaissance sans se confronter à la fabrication, qui contient en elle-même une part de cette économie de la connaissance. Comme si le cœur et le cerveau d'un créateur pouvaient se passer de sa main, fût-elle numérique.

Fort heureusement, nous sommes revenus de cette vision mortifère. L'économiste Pierre Veltz a montré que la production industrielle française a continué à croître en dépit des restructurations. La réalité a démenti la chronique du déclin industriel annoncé. Contrairement à certains de ses voisins, comme le Royaume-Uni, la France n'a pas abandonné ses ambitions industrielles ; elle a même dans certains secteurs, dans certaines usines, mené des modernisations profondes que beaucoup ne soupçonnent pas. Ces transformations ont souvent été masquées par chacun des cas particuliers d'entreprises en difficulté et par notre responsabilité particulière vis-à-vis des salariés concernés et de leur famille. Mais l'industrie française a pris le virage de la modernisation. Les décisions prises par le gouvernement au cours de ces 16 derniers mois pour faciliter l'investissement, la création d'emplois et la croissance des entreprises portent de premiers résultats visibles. En 2017, le nombre de sites industriels créés a dépassé le nombre de sites fermés. Pour la première fois depuis 2000, l'industrie crée de l'emploi.

Les défis de la transformation industrielle

La France doit maintenant reprendre en mains son destin industriel. Elle doit se souvenir qu'un emploi industriel crée 4 à 5 emplois indirects. Elle doit reconnaître que les emplois industriels sont en moyenne plus durables et mieux payés que dans les services. Elle doit se réjouir que l'industrie n'a pas été la dernière à prendre le virage écologique et qu'elle en est le principal instrument. Elle doit se rappeler que 70% de nos sites industriels sont situés au cœur des territoires, en dehors des agglomérations : le Lot se flatte ainsi d'avoir 16% d'emplois industriels, soit un taux 25% plus élevé que la moyenne française ! La France n'a pas à rougir de son industrie, elle doit en être fière !

Nous devons désormais nous atteler aux défis de la transformation industrielle de la France. La modernisation de notre industrie se fait sous nos yeux, mais elle ne se fait pas au même rythme pour toutes les entreprises. Nous ne pouvons pas nous satisfaire d'une modernisation à double vitesse. L'octroi d'un suramortissement pour l'investissement dans les machines de l'industrie du futur doit agir en 2019 comme un déclencheur pour la modernisation de l'appareil productif de toutes les entreprises.

L'innovation comme fer de lance

Pour que la France devienne une pionnière, l'Etat s'engage aux côtés des entrepreneurs et des collectivités locales. Il contractualise avec dix-huit filières industrielles stratégiques pour initier des projets concrets avec les grandes et petites entreprises de chaque filière : des projets de R&D, la création de formations inter-entreprises pour recruter les quelque 250.000 emplois industriels aujourd'hui vacants (un scandale dans un pays où le chômage représente plus de 9% de la population active !), des accélérateurs pour PME. L'Etat souhaite également venir en appui des collectivités - les régions au premier chef - dans une centaine de « territoires d'industrie », ces territoires souvent ruraux qui ont une histoire industrielle et qui ont besoin de disposer des mêmes facilités que les grandes agglomérations pour se développer (du très haut débit, des formations « sur mesure », du portage de murs industriels, de l'ingénierie de projets...).

L'Etat veut faire infuser l'innovation aussi largement que possible dans les territoires français. L'innovation et la recherche d'aujourd'hui sont les emplois de demain. Elles sont notre première assurance pour garantir un avenir économique et industriel à nos enfants. Elles sont aussi, avec la réduction du coût du travail et la flexisécurité à la française, le meilleur moyen d'attirer durablement les investissements étrangers dans l'hexagone. La France peut devenir une des deux plateformes industrielles de référence en Europe.

Depuis le XVIIIème siècle, l'héritage de Saint-Simon nous souffle que la société entière repose sur l'industrie. Aujourd'hui, l'économie de la France s'écrit plus que jamais avec une grammaire industrielle. Le leadership de la France se mesure déjà à nos ambitions industrielles. Le temps d'une union sacrée industrielle est arrivé !

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Commentaires
a écrit le 24/11/2018 à 20:59 :
C'est pas gagné car après le collège, ce sont les cancres, les rejetés de la société qui remplissent les lycées techniques avec des profs du même acabit pour sortir avec des bacs techniques farfelus totalement inutilisables en industrie, alors faire grandir des boîtes avec du personnel qui n'existe pas une belle gageure!
Bien sur certaines régions s'en sortent très bien, c'est oublier l'impact de l'école privée et collèges privés qui changent la donne comme en pays de la Loire, le plus marquant La Vendée, 4,5% de chômage, belle industrialisation (je ne dis pas re, car l'industrie n'existait pas années 50, ils sont partis de zéro), mais aussi les cantons d'Ancenis, de Sablé, de la ferté-bernard tout ceux qui loin du centre des départements ont trouvé des situations idéales de développement.
a écrit le 22/11/2018 à 19:36 :
La ré-industrialisation ne se décrète pas fusse-t-elle au prix d'un sourire.
Le mépris de la classe socialiste dirigeante à l'égard de ceux qui risquent reste prégnant ne vous en déplaise (yaka, yreska, yfokon)
L'état ne peut tout à la fois prélever des sommes pharaoniques pour payer ses fonctionnaires au nombre pléthorique et ficher la paix à l'industrie sur le plan fiscal, ceci est si vrai que l'état n'a jamais rien compris à l'industrie, ne comprend pas et ne comprendra jamais.
a écrit le 22/11/2018 à 18:46 :
Tout en se réindustrialiser, il faut aussi et surtout penser à se réapproprier l'industrie Française existante. Nos grandes entreprises et beaucoup de PME sont la propriété de capitaux étrangers. Nous ne sommes que dans l'illusion d'en être les maîtres. Quand tout va bien, les bénéfices vont dans la poche des propriétaires (pour en citer un parmi d'autres qui est présent dans les capitaux de toutes les boîtes du CAC40-Blackrock ) et quand ça va mal, l'arbitrage est très souvent décidé en notre défaveur).Pendant ce temps une majeure partie de l'épargne des Français qui représente la bagatelle de 14000 Milliards d'Euros se trouve dans la pierre, les caisses d'épargne... bref hors des circuits productifs.
Réponse de le 22/11/2018 à 19:47 :
Pessimistes ? non! réalistes ! les dirigeants sont épuisés par les manœuvres fiscales et administratives de l’État qui ne cesse de les harceler. A tout le moins, se brûler les mains pour rôtir les marrons dans le feu puis les poser dans une assiette derrière soi et au bout d'un moment se retourner et voir le rictus de contentement de l’État qui a tout subtilisé sans aucune fatigue ni risque ni douleur, ne les encourage pas à continuer ainsi ad vitam . . .
a écrit le 22/11/2018 à 17:52 :
L'Union sacrée est le nom qu'a reçu le mouvement général d'unité des français lors du déclenchement de la première guerre mondiale. Ce terme fut utilisé pour la première fois à La Chambre des députés le 04 Août 1914. Peut-être donner une définition à l’union sacrée industrielle. Un « Qui Quoi Où Quand Combien Pourquoi » pour se poser les 7 questions essentielles pour bien cerner la situation et tenter de bien la définir. L’origine de cet outil remonte à l’Empire romain il y a 20 siècles.
a écrit le 22/11/2018 à 17:16 :
Pendant ce temps :

Un massif abandon de poste. À la mi-journée du mercredi 14 novembre, pas moins de 250 salariés ont discrètement abandonné leur poste, sur le chantier naval deSaint-Nazaire, en Loire-Atlantique, l’un des plus grands du monde. Tous sont employés d’une entreprise sous-traitante : Litana, spécialisée dans la construction de bâtiments navals. Ils participent au pré-montage de deux paquebots, le Celebrity Apex et le MSC Virtuosa, tous deux censées être achevés en 2020. Alors que les employés sont réapparus 48 heures plus tard, Ouest France, qui rapporte l’information, précise que la direction des Chantiers de l'Atlantique n’avait même pas été prévenue de ces désertions.cette disparition inattendue est en fait liée à une enquête réalisée par l’Office central de lutte contre le travail illégal (OCLTI). Ce service de la Gendarmerie nationale chasse les infractions au travail illégal, comme l’exploitation et les fraudes aux prestations sociales. Sont principalement traquées les heures supplémentaires non payées et les cotisations sociales non reversées. Et justement, l’entreprise Litana n’y est pas tout à fait étrangère. En 2009, 11 de ses salariés avaient organisé une grève de deux mois pour des problèmes de congés payés, de prise en charge de leurs voyages et d’ajustement de leurs salaire, vis-à-vis de leurs qualifications.

Litana, qui est basée en Lituanie, intervient sur la plupart des navires en construction à Saint-Nazaire depuis 2007, avec ses 1.300 salariés en Europe, principalement Lituaniens et Bulgares.Pour la CGT, la direction des Chantiers de l'Atlantique fait appel à des sous-traitants comme Litana et aux travailleurs détachés afin de “baisser les coûts à tout prix”. “Elle se met en situation de fragilité, comme le montre la défaillance de cette entreprise”, dénonce le syndicat. De son côté, la direction du siège français de Litana à Paris n’a pas souhaité répondre aux sollicitations des médias.
a écrit le 22/11/2018 à 15:36 :
renouer avec le rendement créatif de la masse populaire
par le statut universel
a écrit le 22/11/2018 à 14:42 :
comme le souligne "citoyen blasé" le gouvernement Macron ne fait que bavarder et "oublie" que la France est la championne des taxes et impôts qui plombent les PME (les grosses délocalisent). La France a 5 millions de fonctionnaires (masse salariale 300 milliards) contre 2 en Allemagne (+ autoroutes gratuites et sans radars) et vaporise 700 milliards en "aides sociales" supposées, soit déjà 50% du PIB. Au lieu de bavarder, ce gouvernement devrait d'abord s'attaquer à son obésité, les PME qui survivent avec ce boulet (un exploit) n'ont pas de leçons à recevoir.
Réponse de le 22/11/2018 à 17:22 :
les (bleu) de cette politique obtiennent le cachet de la médiocrité
Réponse de le 22/11/2018 à 17:22 :
les (bleu) de cette politique obtiennent le cachet de la médiocrité
a écrit le 22/11/2018 à 13:19 :
Yes we can.
En partie, d'un autre coté il ne faut pas contrarier les élans optimistes, ils sont rares en ce moment et il faut au moins essayer des solutions diverses et variées. Déployer un spectre le plus large possible de l’industrie, du métier de chaudronnier à ceux de l’ingénierie financière.
Dans quel but ? à contre courant, par volontarisme, ou en connaissance de cause ?
Parce-que on part de loin dans certains secteurs.
Il y a un côté "old scool" qui malgré tout m’inquiète, l’intérêt n’étant pas d’avoir une industrie, mais d’avoir une industrie compétitive. Puisque cela fait longtemps que les pays occidentaux sont passés à autre chose. Les divers graphiques et statistiques le montrent.
Par chronologie :
- Où il est question de compétitivité et de marges : https://journals.openedition.org/rei/5267
- « Le phénomène de désindustrialisation… touche la France comme l’ensemble des économies développées » : rapport sur la « désindustrialisation en France » de la DGTPE 2010
Gagnants et perdants - Revue d'économie industrielle : https://journals.openedition.org/rei/5267
OCDE : https://data.oecd.org/fr/industry/production-industrielle.htm
L’état mondial actuel : https://www.indexmundi.com/map/?v=78&l=fr

Une analyse qui résume très bien la situation : https://www.forbes.fr/business/la-nouvelle-geographie-de-la-production-mondiale/?cn-reloaded=1

Certes on peut faire mieux que le très bas niveau actuel, encore faut il raisonner à la dimension mondiale pour garder des possibilités d’export et ne pas se recroqueviller sur un hypothétique marché national. Airbus est l’exemple que l’on peut développer un leader mondial, en collaboration avec d'autres pays aussi experts dans leurs domaines.

Côté emploi, le pire serait à venir ?
Puisque la phase de déconstruction industrielle fut compensée par une hausse de l’emploi dans les services au sens large et plus particulièrement aux services marchands (https://www.tresor.economie.gouv.fr/Articles/40bd46a0-80ec-45ca-a6eb-8188b4511e54/files/607b4417-04f7-4095-a295-4dfab49fc167)
Services marchands qui eux-mêmes sont actuellement soumis à la concurrence de modes de distributions différents.
Heureusement la France regagne des parts de marché dans des domaines essentiels pour l’avenir, dont les Fintech : https://home.kpmg.com/fr/fr/home/media/press-releases/2017/11/classement-fintech-100-6-francais-dans-le-palmares-2017.html

Quand aux guéguerres entre La France des uns et des autres et autres contradictions contreproductives, car clivantes et qui génèrent malheureusement des déchirures aussi profondes qu’inutiles. Puisque toutes les ressources et toutes les compétences sont utiles pour faire société. On peut aussi discuter indéfiniment de qui nourrit l’autre, quid de l’œuf ou de la poule, mais pour rappel, même si elle a actuellement mauvaise presse, la finance aussi est une industrie : https://www.aef.asso.fr/publications/revue-d-economie-financiere/118-les-mutations-de-l-industrie-financiere.
a écrit le 22/11/2018 à 12:22 :
Que de bonnes intentions qu'il faudrait traduire par des décisions concrètes.
1) La fiscalité : Taxe foncière, CFE et CVAE. Réformons ces impôts pour que la charge soit transférée principalement sur les distributeurs qui pullulent aux abords de nos villes et qui ne font que de distribuer des produits fabriqués ailleurs.
2) Réglementation : Simplifions vraiment
3) Coût du travail : Arrêtons de concentrer la baisse du coût du travail uniquement sur les bas salaires, et changeons d'assiette (les salaires) pour financer notre protection sociale.
a écrit le 22/11/2018 à 11:47 :
Beaucoup, beaucoup, beaucoup, énormément même de déclaration d'intentions positives de la part des lrem mais rien dans les faits.

Oui les gars vous avez les médias à votre botte mais à un moment on ne peut que constater que vous ne faites que parler.

Vous allez encore nous prendre pour des andouilles pendant longtemps ?
a écrit le 22/11/2018 à 11:14 :
la recherche de profit à court terme de ces dernières années par des délocalisations a conduit au chomage et à la perte de compétences que l'on connait aujourd'hui ; les allemands ont beaucoup mieux géré leur industrie , la comparaison est facile
a écrit le 22/11/2018 à 11:02 :
Il faut comprendre aussi une chose : la France n’arrive plus à attirer des talents car le cout de la vie avec toutes les taxes est beaucoup trop cher par rapport aux salaires proposés. Et il ne faut plus se comparer aux Etats Unis, à l’Angleterre ou à l’Allemagne mais aux pays émergements pas loin.
Exemple : en Roumanie, les femmes de ménage sont mal payées mais le salaire d’un ingénieur expérimenté, entre 3 000 et 4 000 € par mois net d’impôts, avec un salaire moyen dans le pays à 500 € (et tous les prix, y compris ceux de l’immobilier sont au moins 4 fois moins chers); en parité de pouvoir d’achat, c’est l’équivalent de 12 000 à 16 000 € / mois en France ! Dans ces conditions, pourquoi aller travailler dans un pays occidental pour un même salaire avec une vie 4 fois plus chère et des taxes dans tous les sens ?
Non seulement la France n’attire plus les talents, mais elle devra faire beaucoup d’efforts pour garder les siens, qui ne réalisent pas encore à quel point ils sont exploités et mal payés (mais ça ne saura tarder).
Les pays d’Europe centrale vont bien au niveau industriel aussi parce que ces pays sont dirigés par des ingénieurs au plus haut niveau de l’état, contrairement à la France ou ce sont les littéraires qui dirigent au plus haut niveau.
a écrit le 22/11/2018 à 9:47 :
Une vérité de Monsieur de la Palice à laquelle il faut rajouter un état fort.
a écrit le 22/11/2018 à 9:43 :
Madame, tout cela est bel et bon, mais c'est dans les têtes qu'il faut que ça change : on apprend à l'école que l'industrie, c'est le monde de Zola, de Germinal et de l'Assommoir, qui n'est que saleté, exploitation/oppression/pauvreté, alcoolisme, j'en passe et des meilleures.
Et puis il y a aussi le mépris discret du petit bourgeois pour le prolo travailleur manuel.
Sans parler du tropisme bien ancré que les robots détruisent des emplois industriels.
Bref : vous avez du boulot. Beaucoup de boulot.
Surtout chez les intellos parisiens.

Surtout chez les intellos parisiens.

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