L’hydrogène renouvelable : une opportunité stratégique pour verdir la relance mondiale

 |  | 957 mots
Lecture 5 min.
(Crédits : Reuters)
OPINIONS. L'hydrogène peut servir de carburant pour les bus, les trains et les camions et peut-être, dans le futur, pour les navires et les avions. Quel cadre faut-il mettre en place pour maximiser ce potentiel ? (*) Par Kadri Simson, Commissaire européenne chargée de l’énergie et Francesco La Camera, directeur général de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA).

La Commission européenne vient d'adopter sa première stratégie pour l'hydrogène. Elle expose comment l'hydrogène propre peut être une solution viable pour une économie neutre en carbone et comment mettre en place une chaîne de valeur de l'hydrogène en Europe au cours des cinq prochaines années.

L'investissement de l'Europe dans l'hydrogène renouvelable s'inscrit dans le cadre du pacte vert pour l'Europe et de son engagement à atteindre zéro émissions nettes d'ici à 2050. L'UE est déjà en train d'accélérer le développement de sa capacité de production d'électricité renouvelable, notamment à partir de l'énergie éolienne en mer. Elle a proposé une législation en matière de climat qui apporte une sécurité stratégique aux gouvernements et au secteur privé. Elle a également placé les investissements verts, notamment dans les électrolyseurs pour la production d'hydrogène, les piles à combustible et les technologies de stockage, au centre de son plan de relance de 750 milliards d'euros intitulé « Next Generation EU ».

Notre stratégie pour l'hydrogène constitue une étape importante pour la politique énergétique européenne, mais elle revêt également une portée plus large : l'hydrogène représente une opportunité stratégique et doit constituer une priorité commune au niveau mondial pour que la reprise ne se fasse pas au détriment du climat.

Pour atteindre notre objectif de zéro émission nette en 2050, nous avons besoin d'électricité produite à partir de sources d'énergie renouvelables, mais aussi de combustibles décarbonés dans les secteurs où l'électrification n'est pas possible, comme l'industrie lourde ou certains secteurs du transport. Dans un monde où la part des énergies renouvelables va croissant, les questions de stockage et d'équilibrage deviennent de plus en plus cruciales. L'hydrogène peut apporter une réponse à un grand nombre de ces questions.

L'hydrogène peut ainsi être utilisé comme matière première dans l'industrie de l'acier et dans les raffineries, comme dans la production d'ammoniac et dans l'industrie chimique. Il peut servir de carburant pour les bus, les trains et les camions et peut-être, dans le futur, pour les navires et les avions. Il permet d'équilibrer un système énergétique fondé sur les renouvelables en convertissant l'électricité en hydrogène, lorsque le vent souffle ou que le soleil brille, et en stockant des volumes importants de cette énergie pour une utilisation ultérieure.

Cependant, pour pouvoir exploiter le potentiel de l'hydrogène, il faut que celui-ci soit propre, rentable, abondant et transportable.

Quel cadre règlementaire ?

Nous avons besoin de politiques bien conçues pour rendre l'hydrogène renouvelable moins cher, afin qu'il puisse remplacer l'hydrogène actuellement produit à partir de combustibles fossiles. Il est possible d'y parvenir. Les énergies renouvelables sont de plus en plus compétitives, et les prix de l'électricité, notamment pour l'énergie solaire et l'énergie éolienne, devraient encore baisser. Selon les calculs de l'IRENA, les coûts des électrolyseurs sont déjà cinq fois moins élevés qu'il y a cinq ans et devraient continuer à diminuer au cours de la prochaine décennie. Des subventions bien ciblées, des politiques de recherche et d'innovation, une réduction des risques d'investissement peuvent soutenir cette tendance.

Au fur et à mesure que l'hydrogène sera utilisé dans de nouvelles applications, les capacités de production devront augmenter. Selon les perspectives mondiales des énergies renouvelables de l'IRENA, au moins 1.700 gigawatts d'électrolyseurs seront nécessaires dans le monde d'ici le milieu de ce siècle pour assurer la transition énergétique , alors que la capacité actuellement en exploitation n'est que de 300 mégawatts. En Europe, l'hydrogène représente actuellement moins de 2% du bouquet énergétique — il pourrait représenter de 13 à 14% d'ici à 2050.

Il faudra également agrandir les capacités de transport et de stockage pour pouvoir utiliser progressivement l'hydrogène dans les zones où il n'est pas produit. Cela signifie qu'il faut aller au-delà des connexions locales, mettre à niveau les conduites de gaz naturel existantes, les stations de ravitaillement, les installations de stockage et le transport.

Un cadre réglementaire favorable, y compris en matière de certification, devrait permettre de faciliter les échanges transfrontaliers. Nous devons œuvrer à l'harmonisation, au niveau mondial, des codes et des normes pour faciliter le commerce de l'hydrogène renouvelable et de ses dérivés.

Les plans de relance pour l'après Covid-19 offrent aujourd'hui l'occasion de relever ces défis, d'investir dans l'hydrogène renouvelable, notamment en ce qui concerne les infrastructures d'approvisionnement et le déploiement. En Europe, les investissements dans les électrolyseurs pourraient osciller entre 13 et 15 milliards d'euros d'ici à 2030 et entre 120 et 130 milliards d'euros pour le transport, la distribution et le stockage de l'hydrogène, ainsi que les stations de ravitaillement.

La collaboration au niveau mondial peut constituer un facteur multiplicateur des stratégies nationales. L'IRENA joue un rôle de premier plan lorsqu'il s'agit de soutenir les pays et de faciliter le discours mondial sur le rôle de l'hydrogène renouvelable dans les stratégies nationales de transition énergétique. À la suite de la dernière table ronde ministérielle sur l'hydrogène vert qui s'est tenue en janvier 2020, l'IRENA a mis en place un cadre de collaboration sur l'hydrogène renouvelable, afin d'encourager l'échange de connaissances et la coopération internationale. L'UE participera à cet effort.

L'hydrogène n'apporte pas une réponse à toutes les questions sur le système d'énergie propre de l'avenir, mais il peut répondre à certains des défis les plus ardus. Il peut stimuler l'innovation, l'emploi et la croissance, en vue de la relance. Il mérite que le monde fasse un effort de coopération afin de tirer parti de tout son potentiel.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 16/07/2020 à 12:35 :
- On n’ignore pas la réalité, on sait que l’hydrogène peut être dangereux, on doit pouvoir l’utiliser en sécurité. On ne le veut pas seulement l'hydrogène « propre, rentable, abondant & transportable ».
- On prend en compte les limitations en ressources. Il ne s’agit pas seulement de « d'accélérer le développement de sa capacité de production d'électricité renouvelable ».
- On produit là où on consomme. On ne veut pas «faciliter le commerce de l’hydrogène ».
- On ose défendre ses intérêts & sa souveraineté. On ne se contente pas de dire que «l’hydrogène représente une opportunité stratégique ».
- On empêche la spéculation sur les ressources de première nécessité comme l’énergie. On ne se satisfait pas « des subventions bien ciblées, des politiques de recherche et d'innovation, [d’] une réduction des risques d'investissement ».
a écrit le 16/07/2020 à 10:43 :
Autre affirmation fantaisiste des producteurs éoliens, avec la complicité opportuniste des fournisseurs d'hydrogène :les premiers affirment pouvoir résoudre de l'intermittence de production de leur électricité en la stockant sous forme d'hydrogène quand il n'y a pas de besoin de la consommer, puis en réutilisant cet hydrogène dans une turbine/alternateur quand le besoin d'électricité se fait sentir à nouveau.
Or les études sérieuses (que je peux fournir aux personnes intéressées) conduisent aux conclusions suivantes :
- le stockage d'électricité sous forme d'hydrogène (H2) et son déstockage présentent un rendement de l'ordre de 30 à 40 %
- le même stockage sous forme gazeuse mais avec une transformation de l'H2 en méthane (gaz naturel CH4), qui a l'avantage de pouvoir utiliser les installations de gaz existantes, a un rendement de 20 à 30 %.
Concrètement, les pertes issues de ce procédé dit "power to gaz to power" conduisent à multiplier le coût du kWh produit (par des éoliennes en l'occurrence) par 2,5 à 5. Cela n'est évidemment pas économiquement ni socialement acceptable pour les consommateurs.
Sans compter les risques (explosion) liés à des installations de stockage massif d'H2 ou de CH4 - et l'investissement qu'elles représenteraient.

Conclusion : n'en déplaise au lobby du gaz et des éoliennes (ce sont les mêmes !), l'intermittence de l'éolien n'est aujourd'hui pas un problème prêt d'être résolu, même avec un stockage d'électricité sous forme d'hydrogène ou de méthane.
a écrit le 16/07/2020 à 10:23 :
L'hydrogène peut en effet être une bonne solution pour électrifier les transports sans émission de CO2, pourvu qu'il soit produit sans émissions de CO2.
Mais ce qui est de sa production, il est insupportable que les industriels de l'électricité éolienne s'arrogent l'exclusivité. En effet, cette électricité est actuellement payée par les contribuables grâce à des subventions sur le MWh produit (taxe CSPE et taxe carbone qui doit la remplacer), ainsi que des taxes sur le raccordement des éoliennes en mer, qui est gratuit pour le production éolien mais qui est aussi payé par le TURPE (taxe sur le transport qui figure également sur nos factures d'électricité). Et ce n'est pas rien ! la prise en charge de l'investissement correspondant à ce raccordement correspond à un surcoût de 20 €/MWh en moyenne !!! Soit le coût actuel du MWh lui-même sur le marché !
Il existe en France deux sources d'électricité décarbonée qui ne sont pas subventionnées : l'hydraulique et le nucléaire, dont la société publique EDF est propriétaire.
Mais le lobby des "renouvelables" (qui ne le sont pas tant que ça !) essaye de tirer la couverture exclusivement dans sa direction, pour continuer à profiter des subventions : c'est un scandale.
En bref : OK pour utiliser le vecteur hydrogène pour décarboner les transports, mais la solution la plus économique et écologique pour fabriquer cet hydrogène par électrolyse c'est l'hydraulique et le nucléaire, produits par EDF société publique.

PS : je ne travaille pas pour EDF !
a écrit le 16/07/2020 à 4:56 :
Tout un article sur des histoires de cadres juridiques et financiers oufff

Il faut revenir sur terre
95% de l hydrogène est produite avec du pétrole ou charbon (avec un mauvais rendement )
On doit mettre le paquet sur la recherche
L électrolyse semble être la solution mais pas avec 75% de perte en conversion solaire éolien vers hydrogène
a écrit le 15/07/2020 à 23:57 :
Ca ne marchera jamais! , le gaz et les Français c'est une vraie psychose, j'ai eu 3 véhicules au gpl, ça marche bien, c'est économe, c'est silencieux à côté d'une mazoutière puante et fumante, la carte grise est gratuite, en occasion sur 100 véhicules 90 diesels, 9 essences 1 gpl!
Alors que ça devrait être l'inverse, alors de l'hydrogène encore plus explosif!
personne ne va en vouloir et surtout pas en occasion.
a écrit le 15/07/2020 à 23:08 :
On ne parle que des énergies renouvelables mais il y a le thorium mis de côté dans les années 50 par les militaires car non compatible avec la fabrication de la bombe.
Revenons aux propositions des scientifiques de l'époque et regardons sereinement l'énergie atomique au thorium. Dans les années 90, Carlos Rubbia (Nobel) a essayé de promouvoir cette technologie. Qui permet de brûler les déchets actuels, le plutonium, il est aussi possible de rendre ses réacteurs sous critiques, déchet de 300 ans et c'est non proliférant...
Les incidents des centrales de tree miles island à Fukushima ne peuvent avoir lieu.
C'est le bon moment de reprendre le développement du thorium.
a écrit le 15/07/2020 à 14:32 :
Une fois de plus l'UE est en retard d'une guerre. Ce qui se joue aujourd'hui avec l'hydrogène n'est pas exactement celà. Ce que font les pays asiatiques et chinois en particulier dans l'hydrogène c'est développer des réseaux et des applications aux transports.La Chine ne subventionne plus les véhicules électriques, il faut en prendre acte ! Aujourd'hui on peut produire en abondance et avec des rendements de près de 100% l'hydrogène à partir des combustibles fossiles et donc à très faible coût et séquestrer le CO2 coproduit. On résoud ainsi bien avant 2050 le problème des gaz à effet de serre. Pour ce qui est de l'hydrogène produit par électrolyse allez donc visiter une salle d'électrolyse vous serez surpris. La production d'hydrogène par électrolyse sera une nécessité quand les combustibles fossiles se raréfieront ( donc leur prix s'envoleront) et rendront économique cette solution technologique.
a écrit le 15/07/2020 à 13:13 :
Et avec quelle énergie on produit de l'hydrogène?
a écrit le 15/07/2020 à 12:54 :
fichtre, les gens decouvrent que le tout electrique c'est pas si vert que ca et que ca pose d'autres pbs?
a écrit le 15/07/2020 à 12:37 :
Les gens doivent comprendre qu'à l'avenir, leurs déplacements individuels vont beaucoup beaucoup diminuer, et de fait l'énergie disponible pour chacun. Le rêve (de certains) de la voiture électrique (autonome ?) pour tous alimenté en hydrogène, le tout lui même alimenté par du renouvelable est une utopie technologique.
a écrit le 15/07/2020 à 12:36 :
Pour les transports routiers, l'hydrogène est LA solution.
La mobilité électrique sur batteries est une transition. Trop de problèmes liés aux batterie, composants, coûts de fabrication, coût du recyclage, temps de recharge. L'hydrogène, produit à partir d'énergies renouvelables, largement distribué, à un prix accessible ET pour des réservoirs de capacité identique aux véhicules terrestres thermiques pour des distances parcourues équivalentes est sans doute une bonne solution. Je ne pense pas qu'il soit raisonnable de faire voler des avions avec un tel type de carburant, ni naviguer des bateaux, compte tenu des quantités embarquées, sans le risque de les voir se transformer en Zeppelin.!
Nb: Le pétrole aura une fin et en Europe nous n'en n'avons pas dans notre sous sol. Du vent et du soleil SI😃.
a écrit le 15/07/2020 à 11:13 :
Oui mais notre UE, désunie, sans puissance politique pour la guider, à la technologie à la ramasse vis à vis des puissances de ce monde, avec des caisses publiques pillées par son oligarchie financière, bref en naufrage total, a t'elle encore de quelconques moyens pour imposer un modèle au monde tandis que les chinois en sortiront certainement un dix ans avant le notre ?

Elle investi par ailleurs sur des usines à gaz de batteries pour véhicules électriques, quel sens donner à tout cela voyant bien que tout par dans tous les sens sans cesse sous financiarisé ressemblant comme ce qu'elle nous a toujours donné cette UE à la ramasse à savoir belles paroles, promesses et autres chimères ?

Le potentiel européen que nous ont vendu les emplois fictifs européens n'existe pas nous ne pouvons le constater qu'un peu plus chaque jour, comment financer une innovation sachant que les 9/10 de ce financement termineront dans les paradis fiscaux de la finance européenne ?

Hé les gars vous avez pas l'impression que nous ne pouvons plus nous permettre de continuer à nous la raconter et qu'il serait temps de faire enfin un bilan de cette UE sur lequel nous pourrions enfin avancer ?

Plutôt que votre éternel "Tout va bien, petit, tout va bien...", alors même si pour vous autres, arrosé par l'UE tout va bien c'est sûr hein, mais pas pour les 450 millions d'européens que nous sommes et dont vous n'incarnez plus rien si ce n'est un virus peut-être, une maladie qui devient particulièrement grave.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :