L'interdiction des frais de cartes de crédits nous coûtera cher

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(Crédits : Reuters)
Qu'il s'agisse de frais de carte de crédit ou de frais supplémentaires pour les vols, les politiciens tentent de sévir contre les frais au nom de la protection des consommateurs. En réalité, ils font tout le contraire. Par Bill Wirtz, analyste de politiques pour le Consumer Choice Center.

Depuis le mois de janvier de cette année, les frais de carte de crédit sont interdits par une directive de l'Union européenne (UE). C'est du moins ce qu'on pouvait lire dans les journaux, mais la véritable histoire est un peu plus compliquée. L'UE a rendu illégal pour les détaillants de facturer des frais supplémentaires lorsque les clients achètent avec une carte de crédit ou de débit, tout en ne faisant rien pour empêcher les banques de facturer des frais aux vendeurs. Avant cette directive, les vendeurs ne faisaient que répercuter les frais bancaires sur le consommateur, mais ils sont maintenant coincés avec les factures. Une bonne nouvelle pour le consommateur ? Pas tout à fait.

Ceux qui font des achats en ligne (comme les billets d'avion) remarqueront que les entreprises facturent toujours des frais d'administration généraux, frais qu'elles sont autorisées à faire tant qu'ils ne sont pas directement associés au mode de paiement. Ils peuvent englober les frais de carte de crédit et de débit que les entreprises doivent payer aux banques, simplement, avec cette interdiction, tout le monde doit payer les frais, peu importe le mode de paiement choisi. Désormais, l'alternative est la suivante : soit cette option, soit l'inclusion générale des frais dans des prix plus élevés de biens et services. Ceux qui essayaient auparavant d'éviter les frais en utilisant les services de paiement associés à l'entreprise (par exemple quand une entreprise d'aviation a un accord avec une banque spécifique), ou ceux qui payaient en espèces dans le magasin, se verront globalement facturer davantage.

Personne n'y gagne à part les banques

Et pourtant, même ceux qui ont toujours payé par carte de crédit ne devraient pas croire trop vite qu'ils seront mieux lotis à chaque achat. Si la présente directive généralise le coût de chaque paiement, les cartes de crédit deviendront probablement l'option privilégiée, car elles offrent une meilleure protection des achats. L'utilisation accrue des cartes de crédit entraînerait également une hausse globale des prix et une répartition plus généralisée des coûts. En gros, personne n'y gagne à part les banques qui percevraient les frais.

Au niveau de l'aviation, des sénateurs américain essaient en ce moment d'interdire les coûts supplémentaires au moment de l'achat des tickets d'avion, puisqu'ils en seront donc exploiteurs. Mais est-ce vraiment un problème quand les entreprises demandent plus pour des services supplémentaires, comme des bagages, des boissons ou la wifi?

On pourrait penser aux frais de transport aérien de cette façon : ce ne sont pas des frais, ce sont des options de retrait. Lorsque l'on prend l'avion sur un vol de courte distance pour rendre visite à un ami pendant la fin de semaine, nous pourrions choisir de ne prendre qu'un bagage de cabine, pas de wifi, pas de repas ou de boissons sur le vol. Au lieu de nous facturer des produits que nous n'avons pas demandés dès le départ, nous serions exempté de tous ces frais. En réalité, le fast-track (le check sécurité rapide) et les loges sont aussi des services pour lesquels les compagnies aériennes et les aéroports nous facturent des frais, et pourtant on ne s'opposerait  jamais à payer pour un service supplémentaire comme celui-ci, n'est-ce pas ? La raison pour laquelle ces sénateurs pourraient obtenir de l'appui pour tel projet de loi, c'est que certains croiront qu'il réduirait leurs coûts de transport alors qu'en fait, il est susceptible de faire exactement le contraire.

Le nom d'un projet de loi qui est le contraire de ce qu'il contient

Comme d'habitude, il semble que le nom du projet de loi - FAIR Fees Act (loi pour des frais équitables) - soit presque le contraire de ce qu'il contient. Interdire aux compagnies aériennes de facturer tout type de frais supplémentaires les amènera à réincorporer tous les frais dans le prix moyen des billets. Les passagers qui ne les auraient pas utilisés de toute façon devront maintenant les payer et auront droit aux bagages, à la wifi ou à des boissons.

De plus, si tous les tarifs sont entièrement remboursables, les compagnies aériennes recevront de nombreuses annulations de dernière minute par les passagers et nous verrions de nombreux sièges vides dans les avions. L'impossibilité d'obtenir une bonne estimation du nombre de passagers qui vont effectivement prendre l'avion (et payer) conduira les compagnies aériennes à augmenter le prix moyen des billets pour couvrir les pertes inévitables.

Considérez ceci : les tarifs aériens ont diminué de moitié depuis 1978. Cette tendance a rendu le transport aérien abordable et donc accessible à de nombreux consommateurs aux  revenus modestes pour qui voyager était un luxe. Unique en leur genre, ces sénateurs, et tous les politiciens aussi favorables à la réglementation, ont maintenant trouvé un moyen de renverser cet énorme succès.

Même pour ceux conscients des conséquences de l'interdiction des frais, le mot "frais" en soi ne sonne pas bien. Nous le constatons dans notre vie de tous les jours : payer 3 euros pour le Wi-Fi n'importe où serait considéré comme une grave erreur entrepreneuriale, mais une fois généralisé dans le prix des biens et services, cela ne semble pas nous déranger. Nous devons nous rendre compte que chaque option qui nous est offerte est en fait un choix de consommer ou de ne pas consommer. Formule indispensable qui nous rend plus libres et plus sages pour déterminer ce que nous voulons et ce dont nous avons réellement besoin.

En fin de compte, ceux qui ont toujours été en mesure de se payer tous les services supplémentaires - comme les bureaucrates et les politiciens qui font ces lois - bénéficieront maintenant encore plus de la répartition des coûts supplémentaires entre tous les consommateurs.

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a écrit le 15/11/2018 à 9:17 :
Typiquement "européen avec un texte qui une fois de plus ne prend en compte que l'intérêt des entreprises et des banques et non l'intérêt des citoyens. Marre de cette Europe réglementaire de la Finance et des multinationales!
a écrit le 14/11/2018 à 10:21 :
Merci beaucoup pour cette analyse.

Mais c'est dans la stratégie nihiliste de l'union européenne, on régule le plus possible mais on laisse les régulés passer outre les régulations, permettant ainsi de remplir les paradis fiscaux européens.

On fait semblant de se préoccuper des intérêts des citoyens pendant qu'on les escroque encore un peu plus.

Ben oui, vite un frexit, sortons du consortium mortifère financier européen.
Réponse de le 14/11/2018 à 16:55 :
Pour le coup, un Frexit, c'est le meilleur moyen de se cramer financierement.

L'Anglettere, l'Allemagne et la France sont les grands gagnant de la finance Européenne.

La quitter, ca veut dire non seulement la perte de ces avantages, mais en plus des amendes et des pénalités monstrueuses.

Donc toujours dans l'idée, si on est pret au mur qui s'accompagne d'un Frexit, pourquoi pas, on repartirait plus saint/indépendant, mais si on se prépare pas au mur financier, on va prendre très très cher.
Réponse de le 15/11/2018 à 9:40 :
"L'Anglettere, l'Allemagne et la France sont les grands gagnant de la finance Européenne."

Non financiers allemands et français sont les grands gagnant de l'union européenne sinon chômage de masse dans l'un et 1.2 millions de sdf dans l'autre, affirmer dans ces conditions que les français et les allemands seraient gagnants, non bien au contraire.

Quand la finance gagne les consommateurs perdent.

Soyez précis svp, cela vous rendra plus crédible, merci.
a écrit le 14/11/2018 à 10:21 :
Merci beaucoup pour cette analyse.

Mais c'est dans la stratégie nihiliste de l'union européenne, on régule le plus possible mais on laisse les régulés passer outre les régulations, permettant ainsi de remplir les paradis fiscaux européens.

On fait semblant de se préoccuper des intérêts des citoyens pendant qu'on les escroque encore un peu plus.

Ben oui, vite un frexit, sortons du consortium mortifère financier européen.
Réponse de le 14/11/2018 à 12:24 :
Confiez à quelqu'un une responsabilité de rédiger et d'établir des réglementations, c'est sûr, il va réglementer.
C'est la mission qui lui a été confiée. “IL FAUT REGLEMENTER !”. Cela devient sa raison d'être.
C'est la même chose que ceux qui sont chargés de la gestion des vitesses de circulation. Ils REGLEMENT. Les panneaux de fin de limitation interviennent souvent bien plus tard que l'obstacle qu'ils ont pour but de protéger. Les créneaux de dépassement se raccourcissent d'année en année. Les créneaux de travaux sur les autoroutes s'étendent sur des kilomètres alors qu'ils travaillent sur 350 m !. Les réglementeurs réglementent. Sinon, ils pensent qu'ils ne servent plus à rien.
Réponse de le 15/11/2018 à 9:42 :
"Les réglementeurs réglementent. Sinon, ils pensent qu'ils ne servent plus à rien. "

C'est bien plus pernicieux que ça, c'est le réflexe de la corruption, plus il y a de lois et de règlements et plus la corruption s'étend. Logique.

L'UE, à l'image de Junker, n'étant plus que ça.
a écrit le 14/11/2018 à 9:41 :
Mouai, pas du tout convaincu par le coté "anti" de cet article.

Les frais ou tout le monde participe, on en a plein et c'est ce qui permet aussi de standardiser, les coûts nottament, en évitant les abus et en imposant des standards minimums de qualité.

Pouvoir trier, c'est un peu comme si demain on pouvait retirer le prix du ramassage de nos déchets par ce qu'on pouvait s'en passer avant, etc.

Cette loi permet surtout d'éviter que les banques soient abusivent sur les clients, ces dernières années, elles se font régulierement taper sur les doigts pour abus. Si elles reportent leurs frais sur les commerçants, alors que de nombreuses banques étrangères cassent les prix, elle ne feront que perdre (encore) du terrain/des parts de marché.

Pour moi ce genre de loi permet d'empêcher les abus justement, parce qu'entre les frais bancaires annuels, les frais de dossier, les frais à la moindre opération et le gel voir rabaissement des intérets, il faut pas se faire d'illusion, les banques ne facturent plus des services, mais leur train de vie/actionnaires.

Les banques qui joueront le jeu auront certe moins de revenu dans un premier temps, mais tout les mastodontes d'aujourd'hui, on commencés par proposer des services intéressants, nottament coté prix. Services qu'ils ne proposent plus qu'a grand prix en ne comprenant pas pourquoi la concurence fait comme eux à leurs débuts ...
a écrit le 14/11/2018 à 7:20 :
there is no free lunch; ca sera paye par tous les consommateurs
a écrit le 13/11/2018 à 21:17 :
Excellent article, je ne voyais pas les choses ainsi.

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