Loi Pacte  : ajoutons 2 mesures pour aider les entrepreneurs à s'inscrire dans le moyen terme

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Isabelle Saladin.
Isabelle Saladin. (Crédits : DR)
Le projet de loi gagnerait encore en efficacité par rapport à son objectif d'aider les entreprises à grandir s'il comprenait deux mesures additionnelles : privilégier l'alternance pour les formations à l'entrepreneuriat ; instaurer un « crédit d'impôt accompagnement » pour que les entrepreneurs n'hésitent plus à se faire épauler dans l'exercice de leur métier. Par Isabelle Saladin, présidente d'I&S Adviser.

Le projet de loi Pacte est attendu en conseil des ministres pour le 3 mai prochain. En tant qu'entrepreneuse, alors que plusieurs des mesures commencent à être dévoilées, je vois dans ce projet de loi trois points très positifs pour faire grandir nos entreprises, qu'il s'agisse de PME ou de startups.

Un projet de loi triplement pertinent

Tout d'abord, il a été élaboré par ses commissions comptant des « have it done » - autrement dit des entrepreneurs qui parlent et agissent sur la base de leur expérience terrain. Or rien ne vaut l'avis et le retour de ceux qui l'ont déjà fait. Ensuite, ses mesures d'allègement de charges, de simplification administrative et de « droit à l'erreur » (dont la suppression des fameux fichages 050 et 060 à la Banque de France) lèvent des freins majeurs à la création et au développement des entreprises. Enfin, 10 mesures portent sur les aspects financiers, soit pour faciliter l'accès aux capitaux et préserver sa trésorerie, soit pour partager les fruits de cette croissance avec les collaborateurs - et tout entrepreneur sait combien ce sujet est vital pour beaucoup faire grandir leur PME ou startup.

Néanmoins, au-delà de ces mesures techniques et juridiques, il serait intéressant de prévoir des moyens pour soutenir les fondamentaux du métier d'entrepreneur. L'idée est sous-jacente dans le texte de loi, notamment avec la mesure visant à « ouvrir le collège et le lycée à la connaissance des entreprises », mais osons aller un cran plus loin.

Former à l'entrepreneuriat, oui, mais par l'alternance

Être entrepreneur est un métier, celui de créer puis de faire grandir une entreprise. Autrement dit, un entrepreneur pense « développement » et non « revente », contrairement à un manager, un directeur, un ingénieur, etc. qui réfléchit à faire du business avec une idée ou une innovation. Ce sont ces spécificités qui devraient être mises en avant et être transmises aux jeunes (et aux moins jeunes).

Pour cela, deux pistes : que tous les dispositifs d'apprentissage à l'entrepreneuriat se montent avec ceux qui ont déjà créé une entreprise et non par des théoriciens de l'entrepreuneuriat ; et qu'il soit dispensé en alternance. Un chirurgien n'irait pas faire une opération sans avoir pratiqué avant. De même, un entrepreneur saura mieux comment faire grandir une entreprise après avoir expérimenté sur le terrain ce que cela induit concrètement.

Il ne s'agit pas juste de diriger mais de développer une entreprise

Ensuite, outre l'idée d'un produit ou service qui constituerait l'offre à commercialiser, pour réussir, un entrepreneur doit avoir une vision de ce que serait sa société dans le futur et de sa taille potentielle au regard du marché visé. Sur ce point, il a tout intérêt à se faire épauler, à s'appuyer sur les retours d'expérience d'entrepreneurs ayant déjà confrontés un projet d'entreprise à la réalité d'un marché.

Sur ce point en France, contrairement aux pays anglo-saxons, la démarche n'est ni spontanée, ni naturelle. Elle l'est un peu plus dans les écosystèmes de startuppers où la culture « Silicon Valley » inspire les pratiques et où les jeunes cherchent à gagner du temps sur des marchés à cycles R&D plutôt courts (12 à 18 mois en logiciel par exemple). Mais il faut faire tomber des barrières psychologiques avant tout. Imaginerait-on un sportif sans coach ? Non. Et aujourd'hui, combien de parents font accompagner leurs enfants pour les aider à réussir (leurs études, leur orientation, etc.) ? Beaucoup...

Aider les entrepreneurs à oser se faire aider

Tout entrepreneur a lui aussi le droit de ne pas tout savoir faire et de chercher à se faire aider sur des aspects intrinsèques à son métier, par différents profils selon son besoin : efficacité personnelle, analyse stratégique de marché, structuration opérationnelle de son entreprise, définition du meilleur business model, etc. Pour faire tomber les freins, pourquoi pas mettre en place un crédit d'impôt accompagnement ? Entre autres critères pour en bénéficier, il faudrait que cet accompagnement ait un impact direct sur le chef d'entreprise lui-même ainsi que sur l'ensemble des sujets de création de valeur économique et business (business model, international, structuration de l'approche marché ...).

La loi Pacte est un pas en avant, appuyé par des mesures concrètes qui vont lui donner corps très vite. Mais n'oublions pas que faire grandir une entreprise ne dépend pas uniquement d'aspects comptables, juridiques et légaux, qu'il faut que nos entrepreneurs aient envie de faire grandir leurs sociétés, que cette démarche de croissance soit présente dès le début du projet, puis entretenue tout à long de son déploiement. Alors nos PME deviendront des ETI et nos startups auront la capacité à devenir licorne.

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Commentaires
a écrit le 25/04/2018 à 12:48 :
Et le contexte économique ?
Aider à construire, certes, par les expériences, oui , c’est cohérent
Mais comment faire que les expériences passées avec des paramètres économiques X colle avec les paramètres économiques «  de maintenant «  ?
Réponse de le 26/04/2018 à 8:24 :
En même temps ils demandent à Isabelle Saladin d'écrire des articles sur l'entrepreneuriat alors qu'elle a eu une expérience il y a 10 ans d'une société.. Regardez l'historique des gens que vous employez les gens !
Réponse de le 26/04/2018 à 21:03 :
@ Adrien

Ce que vous écrivez n’engage que vous.
Je ne me permettrais pas de juger
Ma question est une véritable question sans jugement de qui que ça soit et sans mauvaise intention.
Ayant moi même une petite expérience d’entreprise, les paramètres économiques changent trop vite et également les lois fiscales et sociales qui accompagnent les différents contextes ; d’où ma question

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