Nettoyage d’été à LREM

SÉRIE D'ÉTÉ POLITIQUE-FICTION - ÉPISODE 4/8. Dans un "House of Cards", version Macron, La Tribune raconte chaque vendredi sous la plume de Marc Endeweld (*), les secrets du quinquennat sous la forme d’un récit mêlant la fiction et la réalité pour montrer comment le président de la République, élu sur la volonté d’un renouvellement de la vie politique et d’un « dépassement » des clivages, se prépare malgré son impopularité à rééditer le « coup » de 2017 en étouffant à petit feu ses adversaires, droite, gauche et écolos... Aujourd'hui, récit notamment avec Sibeth Ndiaye, Porte-parole du gouvernement jusqu'en juillet 2020.

6 mn

(Crédits : dr La Tribune)

« C'est un peu un cul de sac, ce parti ! », lance un ancien d'En Marche en ce début d'été. À la rue Saint-Anne, où est situé le siège de LREM, la seule sortie de secours donne d'ailleurs sur l'entrée principale : il n'est pas possible de s'enfuir autrement... À « En Marche », ils sont pourtant nombreux à vouloir quitter le navire. À l'Assemblée, les réunions et autres déjeuners se transforment vite en bureaux des pleurs. Après la bérézina des municipales, les « marcheurs » ont vraiment le moral en berne. Le patron du mouvement, Stanislas Guerini, a décidé de se mettre en stand by : « on a vraiment l'impression que l'Elysée s'en fout royalement », expose-t-il à des amis. À l'Elysée, Alexis Kohler savoure : le secrétaire général n'a jamais été un chaud partisan de la sauvegarde d'un parti présidentiel. Son opinion était faite dès 2017. Le président lui-même ne croit plus qu'En Marche peut lui servir à quelque chose. « J'ai comme l'impression que Macron leur dit : les gars, continuez à foncer droit dans le mur... » se marre un ex-macroniste.

>> ÉPISODE 3 : La République des initiés

Alors ce matin, ça ne va décidément pas fort rue Saint-Anne. Sibeth Ndiaye vient pourtant d'arriver pour la première réunion de la « Commission nationale des talents » dont elle fait désormais partie. Sa mission est donc de trouver de nouveaux talents pour renflouer les forces vives d'En Marche. C'est pourtant loin de ses préoccupations actuelles. « J'ai déjeuné il y a quelques jours avec Cédric, il n'en pouvait plus d'attendre, c'est totalement inhumain ce que l'Elysée a fait subir aux secrétaires d'Etat ! », lance-t-elle, encore en mode post-trauma. À l'autre bout de la table, l'un des pontes de LREM, Jean-Marc Borello, patron du groupe SOS, et ami du couple présidentiel, la regarde avec amusement. Lui qui a commencé la politique au cabinet de Gaston Defferre à Marseille au début des années 1980, en a vu d'autre. « C'est la Vème République ma chère Sibeth », répond-il, un brin goguenard.

La frustration de Sibeth Ndiaye est pourtant ressentie par nombre de ses anciens collègues de la « bande de la Planche ». Ceux que l'on présentait comme les plus fidèles d'Emmanuel Macron se retrouvent bien esseulés depuis quelques mois. Leur « chef », Ismaël Emelien, est parti de l'Elysée début 2019. Et leur champion de substitution, Benjamin Griveaux, qui devait ravir la mairie de Paris, s'est retrouvé éjecté de l'arène parisienne après l'épisode peu glorieux de sa porn video dévoilée sur Internet. « Emmanuel n'est plus le même », raconte Sibeth à un ancien conseiller d'Arnaud Montebourg, qui opine : On dirait qu'il s'est fait gouroutiser par Patrick Buisson comme durant la seconde partie du mandat Sarkozy ». Sibeth et son ancien camarade s'étaient retrouvés l'été dernier lors d'un week-end organisé par l'ancien ministre du Redressement productif qui s'était amusé à rassembler ses anciens collaborateurs. Sibeth, devenue Porte-parole du gouvernement, avait passé une tête au cours de ce week-end champêtre. Le temps de faire une photo avec Arnaud... et de se rappeler les bons souvenir du quinquennat Hollande, quand le PS existait encore, vraiment.

Sibeth a le vague à l'âme. Comme tous les bébés de la Planche, elle comme Emelien se cherchent un nouveau patron. Via une boucle Telegram, chacun y est d'ailleurs allé de son commentaire quand, en cours de confinement, leur ancien mentor Dominique Strauss-Kahn a publié un long texte sur l'épidémie de Covid-19 et ses conséquences économiques. « Quel souffle ! ». « Dominique est vraiment un grand homme ». « Lui a une stratégie, une vision ». « Et puis, il est crédible ». Ces derniers jours, le clan de la Planche s'est également amusé de voir que l'ex-socialiste Didier Guillaume s'est fait sortir du gouvernement alors qu'il avait accepté de renoncer à concourir aux municipales à Biarritz. « Encore un qui s'est fait avoir par le patron... », soupire un. « Vous vous rendez compte, Brigitte aura eu raison de nous ! » s'emporte un autre. Quand Telegram devient une thérapie de groupe... Pourtant, quand le président Macron leur envoie encore un message par ce même canal, tous répondent au garde à vous. « Comment tu vois les choses Ismaël ? ». « Tu peux me faire un mémo d'ici lundi ? ». « Faites-moi vos propositions ». Comme l'illusion de peser encore. Mais au fond d'eux, tous savent que le quinquennat n'est déjà plus le leur.

D'autres y croient encore. Leurs rivaux historiques dans la macronie, les jeunes de la « bande de Poitiers », ces anciens du MJS canal Cambadélis. À leur tête, l'ancien conseiller politique d'Emmanuel Macron à l'Elysée, Stéphane Séjourné, mais également les députés Pierre Pierson et Sacha Houlié. Quelques jours avant le remaniement, ceux-là espéraient encore pouvoir mettre la main sur En Marche. Ils multipliaient les réunions pour peaufiner leur OPA, se répartissaient déjà les postes, imaginaient encore un tournant social au quinquennat. Et puis, rien. Leur opération échoua avant même d'être lancée. À l'Elysée, un allié s'en est allé, le conseiller spécial Philippe Grangeon, annoncé sur le départ depuis de nombreux mois. Leur ancien camarade Aurélien Taché, qui a préféré partir d'En Marche avec quelques autres pour fonder un nouveau groupe à l'Assemblée, dénommé « écologie, démocratie, et solidarité », n'a pourtant cessé de leur répéter : « Je vous avais prévenu, il n'y a plus rien à attendre d'En Marche ». C'est l'avis du reste d'un autre député, l'entrepreneur lyonnais Bruno Bonnell qui avait rêvé, au tout début du quinquennat, de diriger ce nouveau parti mouvement. Depuis, lui comme d'autres tentent de tracer leur route sans se préoccuper du président. L'heure du grand déballage n'est pourtant pas encore venu.

>> Lire les épisodes précédents

(*) Auteur de « L'ambigu Monsieur Macron » puis de « Le grand manipulateur, les réseaux secrets de Macron », Marc Endeweld tient depuis 2019 chaque semaine dans La Tribune une chronique Politiscope.

Retrouvez vendredi 14 août, l'épisode 5/8 de notre fiction d'été : « L'Elysée entre chiens et loups ».

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Commentaires 5
à écrit le 10/08/2020 à 16:36
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En parlant de nettoyage : Voilà une nouvelle affaire qui embarrasse un poids lourd de la majorité. Dans un rapport du 21 juillet dernier, la chambre régionale des comptes de la région PACA (Provence-Alpes-Côte d'Azur) s'en prend à la gestion de la...

à écrit le 09/08/2020 à 14:37
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Il y a un pas de la fiction a la réalité : Tous ce qui se passe est pour préparer les élections à venir : Macron , Philippe , Sarkozy ou Lepen ? Ils quittent le navire pour baratiner les Français. Ils sont tous pareils.

à écrit le 07/08/2020 à 15:15
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sont ils pas crédibles en paroles ? le retour de l établissement de cet insecticide tueur des abeilles pour les cérealiers laisse perplexe

à écrit le 07/08/2020 à 11:40
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Les ras quitte le navire. Ils se rendent compte que maintenant qu'ils sont tous nul chez en marche. Entre lobby féministe, des grands patron, pesticide et compagnie, comment avoir encore des avis dans l’intérêt des Français. En attendant ils ont tous...

à écrit le 07/08/2020 à 10:05
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"la seule sortie de secours donne d'ailleurs sur l'entrée principale " De là à dire que c'est un parti qui tourne en rond il n'y a qu'un pas facile à franchir.

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