Pourquoi il est urgent de lancer des assises du New Space français !

Pierre-José Billotte, président de 3i3s-Europa & fondateur du New Space Club, préconise la création d'un fond d'investissement abondé par des financiers, des industriels, la défense, dédié principalement au New Space français.

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L'avenir de l'industrie spatiale française n'ira pas sans une coopération réellement stratégique avec des Spacetech (Pierre-José Billotte)
"L'avenir de l'industrie spatiale française n'ira pas sans une coopération réellement stratégique avec des Spacetech" (Pierre-José Billotte) (Crédits : DR)

Parmi les leçons que nous pouvons tirer de la pandémie, il en est une qui intéresse le spatial et qui saute aux yeux : l'innovation vitale pour trouver les vaccins s'est faite dans les biotech. Et non pas dans les grands groupes de santé quels qu'ils soient. Les Français, à cette occasion, ont découvert les Moderna et autres BioNtech. L'innovation qui réclame liberté d'esprit et indépendance d'action pour porter des approches disruptives - comme l'ARN messager - ne peut se faire qu'à l'abri des grandes structures industrielles et de leurs procédures, de leur lenteur structurelle, parfois de leurs conflits internes, des stratégies financières connectées aux cours de bourse et de leur résultats de fin de trimestre qui les rendent allergiques au risque.

Mais la leçon est aussi que sans les capacités des grands groupes industriels à produire en masse, à négocier avec les agences de santé ou les clients gouvernementaux, les biotech ne peuvent pas, elles aussi, se passer de ces partenariats. En réalité, ces enseignements, nous les avons déjà tirés dans le secteur du numérique où l'innovation se produit dans les startups et non pas chez les grands éditeurs, qui les rachètent - ou pas - le moment venu, ou coopèrent avec. Cette leçon, de facto, vaut aussi pour l'industrie spatiale française. Son avenir n'ira pas sans une coopération réellement stratégique avec des Spacetech qui portent déjà, et le feront plus que jamais, l'innovation spatiale qui change tout.

L'avenir du spatial passera par le New Space

Or, aujourd'hui, en France, et alors que le mouvement du New Space s'est amorcé il y a déjà presque 20 ans, et qu'en 2020, près de 20 milliards de dollars de capital s'y sont investis, que près d'une dizaine de licornes existe déjà, il y a encore trop d'acteurs pour soit ignorer l'enjeu du New Space français - dont la réalité elle-même déjà sérieuse est constituée de vingt, trente, peut-être plus, entreprises innovantes, qui le sait ? - soit le minorer en s'interrogeant sur l'existence d'un possible mirage... Comment, en 2021, peut-on encore se poser la question ? Comment ce constat n'est-il pas encore partagé ?

Les industries qui ignoreront cette réalité, pensant que leur puissance actuelle protège leur avenir, finiront dans les cimetières industriels plein de grandes entreprises qui se croyaient immuables ; le cas Alcatel résonne encore dans ma mémoire. Il est donc clair que l'avenir du spatial français passera par une ambition New Space française d'envergure mondiale en quantité et en qualité qui prenne comme référentiel celui américain. Mais alors que la France dispose parmi les meilleurs ingénieurs mondiaux, quelles sont alors les conditions pour atteindre un tel objectif ?

Des assises du New Space

Aussi, les acteurs de l'écosystème spatial français doivent, ensemble, organiser des Assises du New Space qui auront pour objectif tout d'abord de faire le constat de sa réalité française : combien de divisions précisément ? Personne sans doute ne le sait complètement. Combien d'entreprises ? Quel volume d'investissement en 2020 ? Puis il faudra s'atteler à définir un objectif à moyen terme. Comme par exemple de savoir combien de Spacetech voulons-nous en France dans les cinq prochaines années ? Combien de licornes parmi elles ? Quel volume d'investissement ?

Enfin, ces assises devront définir les moyens d'y arriver. 3i3s Europa fera des propositions structurantes comme par exemple la création d'un fond d'investissement abondé par des financiers, des industriels, la défense, indépendant, puissant, rapide, pouvant intervenir à toutes les étapes - du projet à la série C -, et dédié principalement au New Space Français, ou sur la gouvernance. Car comment est-il possible que la première puissance spatiale européenne ne dispose pas d'un tel fond quand d'autres pays européens en sont déjà dotés ?

Nous appelons tous les acteurs du spatial qui partagent cette vision et cette ambition à se rassembler rapidement pour travailler à notre futur et à l'organisation de ces Assises. Il faut maintenant passer à la vitesse supérieure, car cette univers n'est régi que par une seule règle : seuls ceux qui vont vite et fort gagneront ! Le voulons-nous ?

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Commentaires 5
à écrit le 02/06/2021 à 23:07
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Entièrement d'accord avec cette tribune. Monsieur Pierre-José Billotte a tout compris et soulève qu'une fois encore, l'europe et la france vont regarder le train passer sans rien faire. Inspirons nous des politiques américaines et russes en ce doma...

à écrit le 01/06/2021 à 20:32
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En ce moment, dans le métier, quand tu ne sais pas quoi dire, tu balances quelques new space, un peu d'IA et bien sûr du disruptive technology. Ca meuble la conversation. Après, quand il faut faire quelque chose qui marche il y a beaucoup moins de jo...

à écrit le 01/06/2021 à 16:27
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On sent bien que chacun tire la couverture a soi, en faisant abstraction de l'intérêt public! Merci pour le global english employé, on se sent bien motivé pour être français!

à écrit le 01/06/2021 à 13:16
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New space ... new space ... on parle bien d'un nouveau courant musical psychédélique, non ??

à écrit le 01/06/2021 à 8:40
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Parce que notre pays a du mal à se tenir debout ?

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